Les éoliennes du Jura emportent le directeur général des SIG

Régie publiqueDes audits sur des projets éoliens sur les crête du Jura révèlent des investissements à risque pour 46 millions de francs.

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Les Services industriels de Genève (SIG) sont dans la tourmente. André Hurter, le directeur général de la régie, propriété du Canton, de la Ville et des communes, a présenté sa démission lors de la séance ordinaire du conseil d'administration qui s'est tenu ce jeudi matin. Plusieurs audits interne et externes sur le dossier de l'éolien jurassien «a révélé des éléments inquiétants au sujet des investissements consentis dans ce projet», ont informé les SIG dans une conférence de presse convoquée en urgence en fin de matinée.

Informé des résultats, Pierre Maudet, le magistrat de tutelle des SIG, qui a succédé à Isabel Rochat en août 2012, a, suite à une discussion avec André Hurter, commandé un second audit à un cabinet externe. En parallèle, le Conseil d'administration de la régie a ordonné deux audits complémentaires, l'un financier, l'autre technique. La Direction générale ad intérim est dès à présent assurée par Alain Zbinden, l'adjoint d'André Hurter.

Ces rapports font état de problèmes de gouvernance dans la conduite du projet de l'éolien jurassien. Ils mettent en évidence des investissements à risque, à hauteur de 46 millions de francs, dans Ennova, basée au Landeron, une société décrite sur le site internet des SIG comme un acteur majeur de l'énergie éolienne en Suisse. SIG est actionnaire de cette société présidée par un Tessinois à hauteur de 20%. Sa participation au capital s'élève à 13 millions. SIG lui a en outre prêté 33 millions.

L'ancien président du Parti socialiste, René Longet, vice-président des SIG, explique que la gestion d'Ennova a inquiété la présidence des SIG depuis décembre 2012. Il se trouve que le représentant des SIG au conseil d'administration d'Ennova est en congé maladie depuis un an. En avril, l'audit interne qui alertait la direction des risques encourus n'a pas retenu le directeur général de poursuivre les engagements dans l'éolien et dans Ennova en particulier. Le communiqué de presse diffusé jeudi matin évoque «une fuite en avant».

André Hurter a jugé préférable sur la base de ces éléments de remettre sa démission au Conseil d'administration. «Ce dernier tient à relever son important engagement durant ses six années à la tête de l'entreprise.» René Longet insiste: «Il serait injuste que cette affaire ternisse la renommée du directeur général.» Le vice-président veut croire que son départ ne remettra pas en question l'investissement des SIG dans les nouvelles énergies renouvelables. Depuis juillet, les NER font l'objet d'un réexamen pointu. «Il devrait durer jusqu'en janvier 2014», précise René Longet.

Réactions d'Eric Stauffer et de Pierre Weiss

Eric Stauffer a publié un communiqué de presse vengeur quelques minutes après la confirmation de l'information dévoilée dans la matinée par l'agence Decaprod à la suite d'une fuite d'un ou de plusieurs membres du Conseil d'administration. «Nous saluons le départ du Directeur général des SIG, grand responsable de la perte de plus de 50 millions de francs dans le dossier des éoliennes dans le Jura !» Le MCG demande une enquête administrative quant au rôle joué dans cette affaire par d’autres cadres supérieurs de la Direction générale. Eric Stauffer a été évincé du Conseil d'administration des SIG pour avoir divulgué des informations couvertes par le secret des affaires. Le MCG est aujourd'hui représenté au CA de la régie par Carlos Medeiros et Jean-Philippe Haas.

Le maire d'Onex, candidat au Conseil d'Etat, rappelle par ailleurs qu'il a, dès le 18 juin, demandé que la Cour des comptes ouvre une enquête sur le pilotage des projets éoliens par la direction des SIG.

Le député PLR Pierre Weiss estime également avoir précipité la démission du directeur général de la régie en déposant une question écrite au Grand Conseil (no 3726), le 23 juin. Dans cette dernière, il met en cause les investissements éoliens des SIG ainsi que les mandats octroyés à Isabelle Chevalley, conseillère nationale Verte libérale vaudoise: «Quels sont les mandats attribués par SIG à cette experte auto-désignée en énergies renouvelables?» Le député s'inquiète aussi du fait que les SIG disposent toujours que d'une seule éolienne en activité, près du col du Nufenen.

Isabelle Chevalley a dénoncé les accusations du député PLR: «Je conseille les SIG dans la recherche de sites de production adaptés. Je suis payée 85 francs de l'heure.» Selon le service de presse des SIG, la Vaudoise n'a actuellement plus de mandat.

Examen par la commission des finances

La gestion des SIG a également fait l'objet d'un examen par la commission des finances du Grand Conseil. Sa direction a été auditionnée le 22 mai. A la suite de cette audition, le président du conseil d'administration a répondu à deux questions dans une lettre du 4 juin. Alain Peyrot précise que les SIG sont actifs dans le domaine de l'éolien depuis 2009. La régie genevoise est présente dans les cantons de Vaud, Neuchâtel, Fribourg, Jura, Berne, Soleure, Valais et Tessin via des participations dans une quinzaine de sociétés. De 2009 à 2012, les SIG ont investi 71,15 millions de francs.

Le coup d'arrêt des Vaudois

Les projets éoliens des Services industriels ont connu un brutal coup d'arrêt début juin, avec le refus des citoyens de deux communes du Gros de Vaud, Oulens et de Daillens, d'accepter dix éoliennes de 180 mètres de haut, le long de l'autoroute A1.

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Créé: 12.09.2013, 11h19

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