Dimanche, le couperet tombe. Nos scénarios

Election du Conseil d'EtatLa gauche pourrait reconquérir «son» troisième siège perdu en 2009. Mais tout reste ouvert: 2000 voix séparaient les candidats arrivés entre la 4e et la 7e place

Ce dimanche 6 mai, les Genevois vont élire six conseillers d'État, Pierre Maudet ayant déjà assuré sa réélection lors du premier tour.

Ce dimanche 6 mai, les Genevois vont élire six conseillers d'État, Pierre Maudet ayant déjà assuré sa réélection lors du premier tour. Image: Magali Girardin

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Le 15 avril, un seul candidat a été élu au Conseil d’État. Six autres le rejoindront dimanche. Pour Mauro Poggia (MCG), Serge Dal Busco (PDC) et Antonio Hodgers (Verts), arrivés nettement en tête au premier tour, la course semble bien engagée. La situation est un peu plus mouvante pour les autres. Moins de 2000 voix séparent en effet la quatrième candidate, la socialiste Anne Emery-Torracinta, suivie de près par un autre socialiste, Thierry Apothéloz, de la septième, la PLR Nathalie Fontanet. Avec 4400 voix d’avance sur le magistrat PDC Luc Barthassat, la libérale-radicale semble à l’abri d’une surprise. Mais ce sont les citoyens qui en décideront et divers scénarios sont possibles.

Hypothèse 1. L’ordre du premier tour est respecté: 3-3-1

L’ordre fixé par le premier tour est confirmé. Dans cette hypothèse, le ministre des Transports, lâché par une partie de ses troupes, plombé par la candidature paysanne «alternative» de Willy Cretegny, n’a pas réussi son opération de reconquête. Il faut dire que même le PDC n’avait pas beaucoup d’illusions. Luc Barthassat a certes refait une partie de son retard de 4400 voix sur Nathalie Fontanet, mais il n’a pas pu la dépasser. Celle-ci a profité d’un certain «effet femme» et de la crainte du PLR de perdre un siège. Les candidats de gauche n’ayant pas eu d’accès de faiblesse et Sandrine Salerno s’étant retirée sans drame, Luc Barthassat est resté très loin de Thierry Apothéloz. Le Verniolan a accru son avance, déjà considérable, du premier tour. Pourquoi cette avancée? Parce que la gauche dispose de réserves de voix plus importantes que celles de la droite. En 2013, désunie au premier tour, elle avait doublé ses suffrages au second en s’alliant. Les candidats de l’Entente, déjà unis au premier tour, n’avaient augmenté leurs suffrages que d’un tiers. Au final, gauche et droite se retrouvent avec trois sièges: Antonio Hodgers, Anne Emery-Torracinta, Thierry Apothéloz, Serge Dal Busco et Nathalie Fontanet rejoignent Pierre Maudet. Mauro Poggia (MCG), également élu, fait la balance. Cette composition correspond à celle du parlement. Plusieurs majorités différentes seraient possibles: gauche-PDC-MCG, mais aussi Verts-MCG-Entente ou encore Entente-UDC-MCG. De là à penser que cette composition augurerait d’une législature sereine, il n’y a qu’un pas. Qu’on ne franchira pas…

Hypothèse 2. Luc Barthassat sauve sa place: 3-3-1

À la fin du premier tour, le PDC et Luc Barthassat ont signalé aux électeurs que leur message avait été compris. En gage de bonne volonté, la communication du ministre a été assagie. Ce signe de contrition a fait revenir les électeurs PDC qui l’avaient boudé. Après le soutien officiel d’AgriGenève, association présidée par un PDC, Marc Favre, le chef du Département des transports et de l’agriculture a récupéré les quelque 1500 voix «paysannes» qui lui manquaient. Le reste? Les électeurs PLR, qui avaient «oublié» Luc Barthassat au premier tour, se sont fait une raison. Mais l’apport principal est venu du MCG, qui de fait n’est pas si éloigné que ça des positions du ministre des Transports: «Nous nous battons pour Mauro Poggia, explique le secrétaire général du MCG, François Baertschi. Mais il est vrai que des gens chez nous apprécient Luc Barthassat à titre personnel, notamment parce qu’il a mis en place une formation de chauffeur destinée aux chômeurs résidents.» Cerise sur le gâteau, des électeurs de l’UDC, dédaignant les consignes du parti, qui a fait du candidat Barthassat la cible de la campagne d’Yves Nidegger, l’ont ajouté au ticket de droite. Une inconnue: si le ministre PDC était réélu, sa performance pourrait se faire… au détriment de la colistière la plus proche, Nathalie Fontanet… Imaginons un instant les conséquences de ce scénario: si le PLR n’était plus représenté au Conseil d’État que par Pierre Maudet, magistrat d’origine radicale, sa députation prendrait probablement le maquis, contraignant le Conseil d’État à s’appuyer sur une majorité PDC-Verts-PS-MCG. Comme lors de la législature écoulée.

Hypothèse 3. L’Entente garde la majorité: 4-2-1

Tout va comme sur des roulettes à droite! Confrontée à la perspective d’un renforcement de la gauche, l’Entente serre les rangs. Après tout, des chantiers cruciaux attendent le Canton: l’harmonisation fiscale de l’imposition des entreprises, le rééquilibrage de la caisse de pension des fonctionnaires, la traversée du lac, la dette. On ne peut pas laisser la gauche tout gâcher! Enfin, Luc Barthassat a promis de rectifier sa communication débridée et le PDC de l’entourer vraiment… Comment résister? Les électeurs de l’Entente se mobilisent: Luc Barthassat, Serge Dal Busco et Nathalie Fontanet rejoignent Pierre Maudet. Dans cette optique, un socialiste chute. Thierry Apothéloz ou Anne Emery-Torracinta? À voir. Antonio Hodgers, nettement en avance, est réélu, comme Mauro Poggia. Déséquilibré par rapport au parlement, ce Conseil d’État aurait de la peine à dégager des majorités. Sauf si le MCG s’ancre à nouveau à droite, il lui faudra proposer des projets très centristes, quitte à gérer les frustrations du PLR. Oui, ce scénario ressemble encore une fois à celui de la dernière législature.

Hypothèse 4. Le carton de la gauche: 2-4-1

Noël en mai? L’hypothèse nous a été présentée par un membre du PLR. Pour mieux mobiliser la droite? Peut-être, mais si la participation est très basse, les scénarios les plus fous pourront avoir leurs chances. Vu son bon résultat au premier tour et en capitalisant sur les réserves des Verts et du PS, la candidate d’Ensemble à Gauche, Jocelyne Haller, fait un bond en avant spectaculaire. Elle améliore la performance de la candidate du Parti du travail, Erica Deuber-Ziegler, qui avait raté de 2000 voix son élection au Conseil d’État en 1997 et prend la septième place. C’est une autre femme, Nathalie Fontanet, qui paie les pots cassés. La cohabitation d’un Conseil d’État de gauche avec un parlement divisé mais dominé toute de même par la droite donnerait un poids sans précédent au MCG, arbitre des majorités. Elle pousserait certainement l’Entente à lancer force référendums et initiatives. Et le nombre de signatures vient justement d’être abaissé par la gauche…

Dernier scénario imaginable: un Conseil d’État avec deux représentants de gauche, trois de l’Entente, un MCG et un UDC. Dans ce cas, Luc Barthassat aurait été sacrifié par l’Entente, qui aurait choisi de pousser en avant l’UDC Yves Nidegger. Cette option droitière donnerait un poids accru au MCG au cours de la législature.

Créé: 02.05.2018, 18h46

Participation faible

À J -5, la participation au second tour s’élevait à 12,6%. Ce pourcentage extrêmement bas pourrait être lié à la livraison tardive des bulletins par la poste. Celle-ci s’explique par le délai extrêmement court (trois semaines) entre les deux tours. Mais mercredi, la Chancellerie a indiqué que les 262 714 bulletins avaient été livrés par la poste. Ceux qui n’auraient toujours pas reçu leur matériel de vote sont invités à contacter la Chancellerie au 022 546 52 00 ou par e-mail (elections-votations@etat.ge.ch).
Au premier tour, avec 38,77%, la participation était déjà faible.
En 2013, elle avait notablement augmenté entre les deux tours, passant de 41,05% à 46,40%. M.B. et L.D.S.

Fontanet, priorité du PLR

Pascal Sciarini, professeur au Département de science politique et relations internationales de l’Université de Genève, commente nos hypothèses. Selon le chercheur, la première lui semble la plus crédible. «Au-delà des animosités personnelles, dit-il, je ne crois pas à un sursaut de l’électorat assez fort permettant à Luc Barthassat de rattraper son retard. Que le PDC se rallie à lui, comme l’indiquent certains appels, c’est possible, mais que le PLR suive, c’est autre chose. Le souci du PLR, c’est d’assurer l’élection de Nathalie Fontanet. Or si la gauche progresse dans la ligne de son score au Grand Conseil, elle peut espérer un troisième siège. Face au «risque» pour le PLR de voir élus deux PDC, le non-soutien à Luc Barthassat deviendrait rationnel.» Pascal Sciarini pense que la gauche a de bonnes chances de prendre un troisième siège. «Dans l’absolu, gauche et droite étant au coude à coude, la gauche aurait même pu tenter de revendiquer un quatrième siège. Tout au moins si elle s’était unie sur une seule liste. Je ne m’explique toujours pas la stratégie de l’extrême gauche.» Écartant toute chance pour l’UDC de placer un élu, «faute de tradition d’union de la droite», le chercheur évoque enfin une inconnue: le score de Mauro Poggia. «Il sera certainement élu, mais vu le nombre de voix extérieures reçues, sa position est potentiellement plus fragile qu’on ne pense», juge-t-il. M.Bn.

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