Didier Détruit, «DD» pour les intimes

PortraitÀ travers sa longue carrière, l’imprimeur a vécu toutes les évolutions de son métier.

Didier détruit dans les locaux de son imprimerie Kool Print à Plainpalais.

Didier détruit dans les locaux de son imprimerie Kool Print à Plainpalais. Image: Laurent Guiraud

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Au fin fond de la rue de la Ferme, à deux pas de l’Arve, se trouve l’une des désormais rares imprimeries genevoises. Kool Print, c’est 35 m2 d’espace débordant de matériel informatique et d’impression. Il y a là un massicot, une machine à plastifier, une imprimante 3D avec les fils de plastique colorés qui vont avec, des presses et plusieurs types d’imprimantes. Car chez Kool Print, on fait de tout: personnalisation de documents, impression numérique, offset, sublimation ou 3D. Ici, le maître de céans s’appelle Didier Détruit, «DD» pour les intimes. Deux lettres qui figurent d’ailleurs dos à dos sur le logo de son entreprise. «Didier, c’est imprononçable pour les anglophones. Invariablement, ils m’appellent «Didi», explique l’imprimeur, qui a appris la langue de Shakespeare très jeune. Si «DD» navigue dans le monde de l’impression depuis une trentaine d’années, il n’en a pas toujours été ainsi. Mais son intérêt marqué pour les nouvelles technologies et les ordinateurs l’a suivi durant toute sa carrière.

Didier Détruit est un Français, né à Neufchâtel-en-Bray, dans le pays des fromages. Mais il se dit très helvétisé. Sa maîtrise parfaite du phrasé genevois en atteste. Les septante et autres nonante n’ont plus aucun secret pour lui. Mais revenons à Shakespeare. Entre l’âge de 3 et 8 ans, «DD» a vécu à Londres. «Dans les années 60, il n’y avait pas de casinos là-bas, seulement des cercles de jeux qui appartenaient à la royauté. Mon père, croupier et formateur, a été recruté afin de leur enseigner son métier. Et ma mère, tout naturellement, s’est retrouvée à enseigner la cuisine française à Londres. Nous habitions près de Hyde Park, quelques étages au-dessus d’un appartement où répétaient les futurs Rolling Stones.» Quelques années plus tard, la famille retourne en France, à Antibes, où s’engage la première carrière de Didier Détruit. «Mon père avait un contact à l’Hôtel Royal et il m’y a envoyé. J’y ai fait la saison puis suivi des formations. Je suis ensuite passé de restaurant en restaurant, pour finalement arriver à Genève», dit-il. Perle du Lac, Lion d’Or, Plein Ciel, à l’aéroport, de 1981 à 1990 les enseignes se suivent et ne se ressemblent pas pour le chef de rang, mais les horaires à rallonge aussi. «Ce domaine me passionne encore, explique l’imprimeur. J’ai plus de 500 livres de cuisine chez moi et il paraît qu’on y mange plutôt bien. Mais quand on est dans ce métier, on n’a plus de vie. C’est ce qui m’a poussé à arrêter puis à changer de vocation. J’ai toujours agi en entrepreneur durant ma carrière», dit-il. Un volontarisme qui se lit sur les traits de son visage.

C’est donc dans les années 90 que la technologie prend le pas sur la restauration, avec une rencontre improbable, celle de Guy, fils du propriétaire d’une imprimerie connue des Eaux-Vives. La première à Genève à posséder un photocopieur non connecté capable de rendre une copie en couleur. «L’entreprise cherchait un technicien sur machines de copie. Et comme je maîtrisais déjà l’informatique, j’ai été engagé», explique-t-il. L’imprimerie des Eaux-Vives va rapidement entrer en révolution en passant, sur proposition de Didier Détruit, au numérique. Elle sera la première à le faire en Suisse romande. «Les ordinateurs ont remplacé la machine à écrire et dès la première imprimante connectée, nous avons ainsi imprimé les mémoires du patron de la banque Unigestion, puis on a eu comme client Reuters. Nous avons aussi réalisé la première impression PowerPoint en couleur à Genève. Et notre première impression en couleur avait pris une journée et demie, après trois mois de préparation! J’ai ensuite converti notre typographe, qui travaillait au plomb, à XPress, un logiciel de publication assisté par ordinateur.» C’est également aux Eaux-Vives que naît un des leitmotivs de Didier Détruit: les prix spéciaux pour étudiants. À l’imprimerie des Eaux-Vives, la copie couleur coûtait 3 fr. 50; «DD» propose alors à son patron de réduire son prix à 1 franc. Il s’explique: «Je me suis toujours battu pour des bons prix pour les étudiants. Je ne trouve pas normal qu’un étudiant sans le sou doive payer le même prix qu’un entrepreneur.» Une politique de prix qu’il pratique toujours à la rue de la Ferme: la copie couleur au format A4 coûte 50 centimes hors TVA, avec un rabais de 20% pour les étudiants, soit 40 centimes, et à 4 centimes pour le noir et blanc.

Après l’imprimerie des Eaux-Vives, la machine est lancée pour Didier Détruit. Il développe plusieurs entreprises d’impression, dont CopyQuick, ouvrira par la suite Full Print, à la rue de la Puiserande, avant de se lancer dans Kool Print, à la rue de la Ferme, entouré de ses dizaines de machines, calibrées au carat près pour fournir les plus belles impressions numériques sous toutes formes de supports.

Créé: 03.10.2019, 08h02

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