Deux visions s’affrontent sur les tarifs de transports publics

Votation du 21 maiLa hausse est-elle démocratique? Est-ce à l’usager ou au contribuable de payer? Débat en vue du scrutin.

Futurs tarifs des TPG soumis au vote: un débat a opposé tenants et opposants, sous la houlette de Pierre Ruetschi.

Futurs tarifs des TPG soumis au vote: un débat a opposé tenants et opposants, sous la houlette de Pierre Ruetschi. Image: Magali Girardin

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Après avoir abaissé les tarifs des transports publics lors d’une votation en 2014, les Genevois doivent-ils les rehausser un peu? La discussion bat son plein à quelques jours du scrutin du 21 mai. Un débat a opposé tenants et opposants de la réforme mardi à Uni Dufour, sous la houlette de Pierre Ruetschi, rédacteur en chef de la Tribune de Genève.

La légitimité démocratique de la hausse est contestée par ses opposants. «Le peuple a voté les tarifs actuels, relève la socialiste Caroline Marti. On ne peut pas revenir deux ans après en lui disant qu’il s’est trompé.» Pierre Vanek, d’Ensemble à Gauche, renchérit: «Dans la brochure officielle en 2014, le Conseil d’Etat avertissait qu’il devrait augmenter la subvention pour combler le manque à gagner, ce qu’il a omis de faire. C’est donc une hausse de la subvention que le peuple a votée.»

Genève aurait déjà dit oui

Sur le banc d’en face, on juge que le débat actuel découle directement de la volonté populaire: «L’initiative que les citoyens ont avalisée inscrit les tarifs dans la loi et rend ainsi leur modification sujette à un référendum: celui qui nous appelle aux urnes aujourd’hui respecte donc l’initiative», démontre Murat Julian Alder (PLR). Mathias Buschbeck (Verts) ajoute que, depuis lors, les Genevois ont approuvé à 67% le fonds ferroviaire FAIF qui prévoit une hausse nationale des tarifs.

Christian Decorvet (MCG) reste incrédule face à la nécessité d’augmenter les prix: «Le manque à gagner ne constitue que 2% du budget total, calcule-t-il. Comment se fait-il qu’on ne trouve pas d’autre solution?» «On a atteint les limites de l’optimisation des TPG», rétorque Pierre Vanek, sur le même banc, tout en dénonçant le «chantage aux prestations» auquel se livrerait le gouvernement.

Ministre des Transports, Luc Barthassat prévient justement qu’il faudra bientôt économiser sur les heures de pointe après avoir tranché dans les heures creuses. L’élu PDC complète: «La Confédération menace en plus de couper ses subventions si on ne respecte pas le principe d’un financement paritaire où l’usager supporte la moitié des coûts, le contribuable l’autre moitié.»

Des vertus de l’impôt

Or, à Genève, on n’y est plus du tout, selon la calculette de Bernhard Riedweg: l’usager n’y couvrirait plus que 39% des frais. «Il est injuste de faire passer à la caisse des contribuables qui n’utilisent pas les TPG, comme par exemple un habitant de la ville qui fait tous ses trajets à pied», argue ce député UDC.

Secrétaire d’Unia, Jamal Al-Amine prend le contre-pied: prélevé en fonction du revenu, l’impôt lui paraît un financement plus juste qu’un tarif identique appliqué à tous. Et de plaider: «Ne bénéficiant plus de hausses de salaire régulières, les salariés subissent une pression sur leurs revenus réels et peinent à supporter le coût des transports publics, souvent nécessaires pour aller travailler.» La dégradation récente de certaines aides sociales noircit encore ce tableau, selon Caroline Marti.

Un idéal de gratuité

Pour Pierre Vanek, il serait même équitable de ne rien faire payer à l’usager des transports publics: celui-ci rend service à tous en désengorgeant les routes et en purifiant l’air. Mais, relève Luc Barthassat, transférer tous les coûts sur le contribuable revient à épargner les pendulaires qui ne paient pas ou peu d’impôt dans le canton.

L’argumentation sociale développée sur sa gauche n’ébranle pas Mathias Buschbeck. «Les perdants de la situation actuelle sont les gens qui souffrent des baisses de prestation et qui doivent attendre leur bus vingt minutes le soir, argue-t-il. Les riches, eux, prennent le taxi! On se bat aussi pour les employés des TPG, victimes des mesures d’économie.»

Et l’avenir? La mise en service du RER Léman Express en 2019 nécessitera un financement supplémentaire de quelque 40 millions de francs. Nouvelle hausse tarifaire à l’horizon? Luc Barthassat espère l’éviter grâce à une forte affluence. «On ne peut pas d’emblée exclure de faire participer les usagers», estime Murat Julian Alder. Pour Caroline Marti, le budget de l’Etat, totalisant quelque 8 milliards, doit permettre de trouver cette somme.

(TDG)

Créé: 03.05.2017, 19h16

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