Deux sœurs sont soupçonnées d’avoir financé Daech

TerrorismeArrêtées en septembre à Nyon, puis relâchées, deux Vaudoises sont poursuivies pour liens avec un groupe terroriste.

Le Ministère public de la Confédération confirme qu’une «procédure pénale a été ouverte en mars 2017 et sera menée contre trois personnes originaires de Suisse occidentale».

Le Ministère public de la Confédération confirme qu’une «procédure pénale a été ouverte en mars 2017 et sera menée contre trois personnes originaires de Suisse occidentale». Image: PETER SCHNEIDER

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Leur profil et les faits reprochés ont de quoi surprendre. Deux sœurs vaudoises âgées de plus de quarante ans, ainsi que l’ex-compagnon de l’une d’elles, sont poursuivies par le Ministère public de la Confédération (MPC) pour des liens présumés avec une organisation terroriste. Arrêtées le 5 septembre à Nyon, les sœurs auraient financé le groupe État islamique. L’une des prévenues, Salma*, n’est autre que la mère d’un mineur, Jassim*, placé trois mois en détention provisoire l’an passé, soupçonné d’avoir voulu partir combattre en Syrie, et qui était en lien avec deux Genevois.

Cette affaire de radicalisation au sein d’une même famille vaudoise est déjà peu banale, mais il apparaît que les investigations menées en Suisse s’appuient sur une enquête des autorités américaines, et une autre de la France.

6400 dollars en Turquie

Salma est soupçonnée d’avoir versé 6400 dollars à un homme en Turquie qui contribuerait au financement du groupe État islamique, selon les éléments fournis par les Américains. Sa sœur aurait aussi procédé à deux versements en Turquie en 2014, pour un total de 627 dollars. Celle-ci disposait d’un compte YouTube contenant des vidéos d’«Osama Bin Laden» et du Hamas.

Les deux femmes se seraient en outre rendues en Syrie pendant le conflit. Une Française partie en zone de guerre en janvier 2015 assure avoir rencontré deux sœurs suisses qui parlaient l’arabe et le français. Selon ce témoin auditionné par des policiers français, «les deux femmes précitées avaient pour objet de commettre un attentat dans le pays Z, vraisemblablement en ciblant K». C’est ce qu’indique, sans plus de précision, le Tribunal pénal fédéral (TPF) dans une décision du 10 octobre – rendue publique par la NZZ am Sonntag – rejetant la demande de remise en liberté déposée par Salma. Le MPC réclamait son maintien en détention dans le but de clarifier les circonstances dans lesquelles la recourante avait entrepris des voyages à destination des territoires contrôlés par l’organisation État islamique, son rôle dans le financement de ce groupe, identifier ses éventuels complices ainsi que les dispositions prises par cette personne en vue de commettre un attentat. Le risque de collusion existait entre la recourante, sa sœur, son ex-compagnon et son fils. Le Tribunal des mesures de contrainte partageait le même point de vue.

Depuis la décision prise par le TPF, le dossier a évolué: après quelques semaines de détention provisoire, Salma et sa sœur ont été libérées au mois d’octobre, selon nos informations. «Les dernières mesures d’instruction ont permis de faire tomber le risque de collusion en cours d’enquête, qui avait justifié dans un premier temps la détention provisoire», selon l’avocate de Salma, Me Élise Deillon-Antenen. La Lausannoise relativise la portée des accusations contre sa cliente. «Il ne faut pas prendre pour argent comptant ce qui, de manière générale, figure dans les soupçons exposés par le Ministère public dans une demande de mise en détention, car nous ne sommes qu’au début de l’investigation.»

Le mineur arrêté a été jugé

Concernant la sœur de Salma, qui n’avait pas demandé sa libération, «la procureure a probablement considéré que ni la gravité des faits qui pourraient être retenus ni les besoins de l’enquête ne justifiaient son maintien en détention», explique son avocat yverdonnois, Laurent Gilliard.

L’ex-compagnon de Salma, soupçonné d’avoir versé environ 300 francs à une personne en Turquie, n’a quant à lui pas été placé en détention. «Mon client n’a rien à voir avec tout cela et je suis convaincu qu’il va très certainement être mis hors de cause dans cette affaire», réagit le Lausannois Me Amédée Kasser.

Où en est le dossier désormais? Le MPC a confirmé ce dimanche qu’une «procédure pénale a été ouverte en mars 2017 et sera menée contre trois personnes originaires de Suisse occidentale» pour violation de l’article 2 de la Loi fédérale interdisant les groupes Al-Qaida et État islamique, mais aussi pour soutien et/ou participation à une organisation criminelle. Après huit mois d’enquête, l’étau se resserre en fait autour des deux sœurs.

Quant au jeune Jassim, à la scolarité chaotique et au passé délinquant, il a récemment été jugé par le Tribunal des mineurs du canton de Vaud, selon nos informations. La décision n’est pas encore exécutoire. Sa petite amie, recherchée par la justice française pour avoir également voulu rejoindre la Syrie avait, elle, été expulsée du territoire suisse en mars dernier, manu militari.

L’affaire a des connexions jusqu’à Genève. Jassim a été en contact avec deux Genevois radicalisés, lesquels attendent leur procès.

*Identités connues de la rédaction

Créé: 26.11.2017, 20h31

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