Détournement de trois millions de francs chez HSBC à Genève

InterpellationsUn employé de la banque s’est servi deux ans durant dans les comptes de sa clientèle turque. Il a été licencié à la fin de 2017.

Un ex-employé de HSBC est soupçonné de s’être servi pendant environ deux ans dans les comptes de quelques clients turcs.

Un ex-employé de HSBC est soupçonné de s’être servi pendant environ deux ans dans les comptes de quelques clients turcs. Image: Keystone

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La justice genevoise enquête depuis plus de deux mois sur les agissements d’un gestionnaire de fortune qui aurait détourné des millions de francs à Genève. Selon nos renseignements, cet ancien employé de HSBC Private Bank (Suisse) SA est soupçonné de s’être servi pendant environ deux ans dans les comptes de quelques clients turcs, qu’il était censé conseiller.

Chaque mois, Akan* aurait effectué, à l’insu de son employeur et de sa clientèle, des prélèvements selon une méthode bien rodée et visiblement efficace: jamais plus de dix mille francs par saisie pour échapper aux radars plus élaborés, précise une source policière. Il aurait ainsi pu agir discrètement, régulièrement, passant entre les gouttes du contrôle interne. D’après les premiers éléments de l’enquête, l’homme, licencié et interpellé à la fin de l’année dernière, procédait de deux façons: il volait directement dans les comptes de ses clients et transférait l’argent sur celui d’un complice, un ami d’enfance établi dans le canton. Il aurait aussi pu se rendre à maintes reprises auprès du «cashdesk» de l’établissement bancaire pour demander des fonds en liquide, en prétendant aux collègues que son client était dans les bureaux de la banque ou à Genève pour retirer un peu d’argent. Pour brouiller les pistes, le prévenu aurait imité des signatures de clients.

Un joueur invétéré

Aux yeux de l’accusation, il serait parvenu à détourner, dans le dos de la banque, environ trois millions de francs. Et ce au détriment d’une quinzaine de déposants. L’un d’eux aurait perdu plus deux millions dans «l’affaire». L’établissement bancaire a remboursé la majorité des clients victimes des détournements. Très intégré en Suisse, Akan habite le canton depuis son enfance. Il y a fait toutes ses études, de l’école obligatoire au collège, dans un établissement en ville. Diplômé en commerce, le prévenu travaillait pour la banque au quai des Bergues depuis quatre ans quand il s’est fait pincer, le 17 novembre dernier. Manifestement trop confiant, il avait ce jour-là transféré sur son propre compte une somme suspecte aux yeux des enquêteurs. Le virement de trop. Celui qui a mis la puce à l’oreille à sa hiérarchie.

Le gestionnaire de fortune a été licencié sur-le-champ. Une de ses collègues ayant fait preuve de négligence lors de la validation de certains paiements a également été priée de quitter l’établissement bancaire. Elle n’aurait pas été suffisamment attentive lors de son travail, mais elle n’est pas pour autant visée par l’enquête pénale. «La banque a aussitôt alerté les autorités compétentes», indique un porte-parole, qui précise que celle-ci est une victime de la fraude et ne fait l’objet d’aucune procédure.

Pourquoi Akan a-t-il agi de la sorte? Pour s’enrichir? Pour mener la grande vie? Ou parce que son employeur entendait se séparer de sa division en charge de la clientèle turque? Les investigations en cours permettront de répondre à ces questions. Selon nos informations, l’employé est un joueur invétéré, un habitué du Casino de Meyrin. C’est plutôt de ce côté-là qu’il faut chercher une explication à ses agissements. Le jeune père de famille a déjà été entendu une fois par la police genevoise et à deux reprises par le procureur dans les locaux du Ministère public, qui a ouvert une enquête. À ce stade, le magistrat du Parquet Philippe Knupfer le soupçonne de gestion déloyale, d’abus de confiance et de faux dans les titres.

Contrôles renforcés

Les comptes d’Akan et ceux de son ami d’enfance, également prévenu dans ce dossier, ont été bloqués, mais l’argent détourné semble s’être évaporé dans les machines à sous et autres jeux de hasard. Contacté, l’avocat de HSBC, qui s’est portée partie plaignante, Me Pierre-Damien Eggly, n’a pas voulu s’exprimer. Ceux des deux prévenus, Me Hadrien Mangeat et Me Matthieu Gisin, n’ont pas souhaité commenter non plus. HSBC a depuis renforcé ses contrôles en interne, qui seraient parmi les plus stricts de la place, pour se protéger de nouvelles malversations. * Nom connu de la rédaction (TDG)

Créé: 30.01.2018, 22h14

Un cas loin d’être isolé

Les exemples de détournements au sein de banques abondent en Suisse. Un ancien gérant de Credit Suisse est ainsi accusé d’avoir volé quelque 150 millions de francs. Son procès s’est tenu au Palais de Justice la semaine dernière. Le jugement du Tribunal correctionnel doit tomber le mois prochain.

Une ancienne cadre de la banque Bordier a de son côté écopé l’an dernier d’une peine de deux ans avec sursis pour des malversations qui se sont succédé sur près d’une décennie.
À Soleure, une enquête a été ouverte en 2017 contre un employé d’UBS, qui aurait détourné un demi-million de francs. En 2013, c’était au tour d’un ex-employé d’un établissement bancaire genevois d’être condamné, pour détournement de fonds à hauteur de 134,4 millions de francs.
Cette année-là, un gérant de fortune espagnol d’une maison privée de la place aurait volé des dizaines de millions de francs. En 2000, un employé de Credit Suisse a soutiré trois millions de francs au numéro deux bancaire helvétique, avant de tout dilapider chez un marabout et au casino. Un scénario qui rappelle furieusement cette nouvelle affaire qui touche aujourd’hui HSBC à Genève.
R.ET.

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