Un détenu décelé positif au coronavirus à Genève

DétentionDeux centres de détention administrative ont été fermés. Un autre détenu, transféré à Champ-Dollon, attend le résultat du test. Six membres du personnel testés positifs.

Les cinq détenus ont été transférés à Champ-Dollon.

Les cinq détenus ont été transférés à Champ-Dollon. Image: Laurent Guiraud

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Le coronavirus fait son entrée en prison. Selon nos renseignements, un détenu a été testé positif. Il se trouve actuellement en isolement médical dans une zone spécifique à Champ-Dollon.

Une information que nous confirme Laurent Paoliello, porte-parole du Département de la sécurité, de l’emploi et de la santé (DSES): «La semaine dernière, nous avons eu des doutes sur l’état de santé de cet homme et de quatre autres personnes qui étaient, comme lui, en détention administrative à Frambois et devaient être expulsées.»

Cet homme a été testé positif vendredi et une deuxième personne, testée dimanche, est en attente du résultat: «Le premier a été mis en isolement à Champ-Dollon. Le second est en confinement également dans cet établissement. Les trois autres hommes, qui ne présentent pas de symptômes, se trouvent aussi dans une zone isolée à Champ-Dollon. Aucun d’entre eux n’est en contact avec des détenus de l’établissement de Puplinge.»

À ce stade, Favra et Frambois, des établissements destinés à la détention administrative, ont donc été fermés, confirme le DSES. «Un gardien de Frambois a été testé positif, poursuit Laurent Paoliello. Tout comme quatre membres du personnel médical de Curabilis et un agent du Service d’applications des peines et des mesures (SAPEM).»

La semaine dernière, les juristes progressistes, la ligue suisse des droits de l’homme et l’organisation mondiale contre la torture ont demandé aux autorités d’intervenir pour protéger la santé du personnel et des détenus.

«Après les premières mesures exceptionnelles et urgentes ordonnées par le Conseil d’État contre la diffusion du COVID-19, la prison de Champ-Dollon demeure largement surpeuplée, avec quelques 600 personnes détenues pour 398 places, relèvent les trois associations.

Les organisations ont invité l’Office cantonal de la détention (OCD) à ordonner la libération conditionnelle de tout détenu qui a subi la moitié de sa peine, à retarder toute nouvelle exécution d’une peine privative de liberté , à procéder à un dépistage auprès des détenus et du personnel.

L’Office fédéral de la santé publique invite à éviter au maximum tout contact social, d’éviter les rassemblements de plus de cinq personnes ainsi que de maintenir une distance d’au moins deux mètres entre les individus : «Toute personne malade ou ayant été en contact étroit avec une personne infectée doit se placer en auto-isolement et éviter tout contact, rappellent les associations. La Cour européenne des droits de l’Homme a déjà reconnu que l’État se doit de protéger la santé des personnes privées de liberté. »

Les trois associations invitent l’OCD à éloigner immédiatement les personnes contaminées, en leur assurant une surveillance médicale et des conditions conformes à la dignité humaine et à assurer la mise à disposition du matériel sanitaire (masques, gants, savon) nécessaire à l’ensemble des personnes concernées (personnes détenues, avocat-e-s, fonctionnaires). Laurent Paoliello tient à préciser qu'il n'y a pas de rupture de stock, pas plus que de liste d'attente pour ces produits: «Les établissement pénitentiaires disposent de secteurs médicaux, sous la houlette des HUG, qui assurent une prise en charge adéquate des personnes détenues. Il existe en outre une unité carcérale hospitalière (UCH), au sein de l’Hôpital cantonal, dotée de 10 lits. »

Enfin, les organisations ont demandé au Ministère public et au Tribunal des mesures de contraintes de renoncer à ordonner toute nouvelle détention provisoire, sauf risque accru de réitération de crimes ou délits graves. La semaine dernière, le Parquet genevois a déclaré à la RTS que «le Procureur général avait validé les propositions faites par le directeur général de l'OCD visant à limiter les incarcérations en exécution de peine, en renonçant à convoquer les personnes concernées par des conversions d'amendes ou de peines pécuniaires, ainsi que les personnes devant purger une peine qui ne sont pas aujourd'hui détenues ».

Les trois associations prient enfin le Parlement fédéral de voter en urgence une loi d’amnistie notamment pour les infractions d’entrée, sortie et séjour illégal, ce qui permettra de réduire drastiquement le surpeuplement des prisons genevoises.

Créé: 23.03.2020, 10h53

«Nous mettons tout en oeuvre»

Réagissant aux différentes critiques, Laurent Paoliello assure que le secteur pénitentiaire met tout en œuvre pour résister au virus «même si nous sommes conscients qu'il n'y a pas de solution miracle. Si tel était le cas, cette solution serait mise en œuvre à l'extérieur.»

Sur les visites aux détenus, le porte-parole précise qu'elles sont maintenues: «Des mesures d'hygiène sont appliquées (désinfection des mains à l'entrée pour les visites, absence de contact physique dans le parloir, désinfection des mains à la sortie du parloir pour les détenus). Des séparations en plexiglas, ainsi que des interphones à fils, sont en cours de commande et de fabrication dans les ateliers pour les parloirs visiteurs, individuels et avocats, qui devraient en être équipés dès la semaine prochaine. En cohérence avec l'interdiction de regrouper plus de 5 enfants, les parloirs familiaux qui regroupent jusqu'à 12 enfants sont annulés, les jeux et les contacts entre visiteurs ainsi qu'avec les détenus n'étant plus envisageables à ce stade.»
Et de conclure: «D'autres situations, certes moins aiguës, s'étaient présentées par le passé (H5N1, varicelle), de sorte que nous ne découvrons pas une situation nouvelle.» F.M.

Eviter les émeutes

Avocat et membre de la commission pénale de l’ordre des avocats, Me Robert Assaël se dit inquier : «Il faut tout faire pour ériger un rempart au virus.»

Actuellement à l’entrée de la prison, un gardien prend la température des personnes qui rendent visite aux détenus et des avocats, avec un appareil placé à environ 5 centimètres du front : «Ce n’est pas suffisamment fiable. Par exemple, si une personne, à vélo, arrive en début d’après midi, transpirante, sa température sera plus élevée que si elle vient en scooter à 8h du matin.»

L’avocat brandit une solution : un infirmier prend la température dans l’oreille avec des embouts jetables. «De plus, poursuit le pénaliste, à leur arrivée à Champ-Dollon, tous les détenus, pas seulement ceux qui viennent des pays les plus atteints, devraient subir le test de diagnostic du coronavirus»

Et de citer une autre urgence: «Il y a des cellules de 3 places où il y a 6 détenus; c’est intolérable. Il est indispensable de diminuer les arrestations, surtout des personnes qui n’ont rien à faire en détention : infractions peu graves, conversions d’amende, bracelet électronique.»

L’avocat rappelle que «la surpopulation carcérale, qui avait été stigmatisée il y a 6 ans déjà par le Tribunal fédéral, impose pour la très grande majorité un confinement en cellule 23h sur 24h. Dans ce contexte, les visites, auxquelles on doit imposer la distance sociale et l’absence de contacts physiques, sont essentielles. Elles représentent la seule véritable respiration pour les détenus. Il est impératif de les maintenir, sauf à prendre un risque d’émeutes et d’évasion, avec issues dramatiques, comme récemment en Italie.»
F.M.




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