Les détenteurs des billets jetés aux WC s’expliquent

Audition à GenèveUn membre de la famille propriétaire de l’argent a témoigné à la police. Il évoque des menaces de malfrats espagnols.

De l'argent a été retrouvé dans les toilettes du Molino et du café du centre à la place du Molard.

De l'argent a été retrouvé dans les toilettes du Molino et du café du centre à la place du Molard. Image: Laurent Guiraud

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L’affaire, révélée dans nos colonnes l’été dernier, a fait le tour du monde et elle n’en finit pas de rebondir: la police genevoise planche depuis des mois sur la saisie de dizaines de milliers d’euros retrouvés en mai et juin dans les toilettes de la salle des coffres d’UBS, à la Corraterie, et dans celles de trois bistrots du centre-ville. On en sait aujourd’hui davantage sur les détentrices de l’argent qui ont voulu se débarrasser ainsi d’une petite fortune: ces trois femmes, qui ont obstrué les lieux d’aisances de la banque et des cafés, appartiennent à une famille d’entrepreneurs espagnols actifs dans le tourisme. Ces fonds seraient en fait des recettes de leur commerce familial florissant en Espagne.

De l’argent du tourisme

Selon nos informations, un membre de cette famille, qui travaille dans cette société ibérique, a été entendu dans le courant du mois de décembre par la police genevoise. L’homme, «qui présentait très bien» selon une source policière, s’est rendu spontanément auprès des forces de l’ordre et dans les locaux d’UBS pour justifier l’origine des fonds contenus dans le coffre séquestré par la justice.

À cette occasion, les inspecteurs ont analysé le safe et obtenu des explications de l’intéressé. Ce dernier a même constaté sur place qu’il restait encore de l’argent dans le coffre, quelques dizaines de milliers d’euros dans des enveloppes, et un peu d’or. L’homme, tiré à quatre épingles, a d’emblée raconté que ce coffre avait une vocation collective. Une sorte d’auberge espagnole destinée à accueillir les économies de plusieurs membres de la famille (dont celles des trois femmes retraitées). Rien de criminel, assure l’entrepreneur, documents à l’appui. Pas d’évasion fiscale. Du moins en ce qui le concerne, précise-t-il.

Il y a quelques années, la famille a subi des pressions de la part d’une bande de malfrats en Espagne, raconte-t-il en substance. En raison de ces menaces, les entrepreneurs ont alors décidé de mettre l’argent à l’abri dans la quiétude feutrée et blindée d’une banque à Genève.

Mais pourquoi ces femmes ont-elles décidé de se débarrasser, avec l’aide d’un tiers, de près de 100 000 euros le printemps dernier? Sur ce point, le témoin interrogé reste encore flou mais n’exclut pas l’hypothèse «de mouvements de panique», un acte irrationnel de la part de certains de ses proches.

Ces derniers ont-ils cédé à la peur du fisc en vue de l’entrée en vigueur cette année de l’échange automatique de renseignements? Ont-ils subi de nouvelles intimidations des fameux brigands espagnols? Y a-t-il un conflit de succession? Un partage contesté des bénéfices de l’entreprise touristique? L’audition de l’entrepreneur ne permet pas de répondre à ces questions.

Quoi qu’il en soit, à ce stade, la justice semble convaincue par le fait que cet argent n’a pas d’odeur suspecte, du moins du point de vue criminel. «Les explications fournies permettent d’écarter l’hypothèse d’une origine criminelle des fonds», confirme Henri Della Casa, porte-parole du pouvoir judiciaire.

Ils paient les plombiers

«À Genève, on serait tellement riche qu’on jette les billets aux égouts», ironisait dans nos colonnes un employé d’un des trois bistrots concernés au lendemain des faits. Au Café Molino, situé sur la place du Molard, les clients ne cessent encore aujourd’hui d’interpeller le personnel en demandant s’ils peuvent aller «au petit coin et garder l’argent».

Rappelons que le soir de cette incroyable découverte en juin, les serveurs ont filmé leur découverte dans les toilettes des hommes. On y voit le sol inondé, des billets de 500 euros détrempés et découpés aux ciseaux dans la cuvette: «C’est des vrais?» demande l’un d’eux dans la vidéo que nous avons visionnée. «Noooon. Si. Si. Si. C’est bien des vrais», s’excite son collègue hilare, avec en toile de fond un air sautillant de bachata.

À noter que la famille espagnole a indemnisé les établissements qui se sont retrouvés avec des toilettes bouchées et d’importants frais de plomberie. Les cafés ont depuis lors retiré leur plainte pour le dommage subi. «Nous en avons eu pour plus de 3000 fr. de travaux de plomberie», nous confirmait l’an dernier un des trois tenanciers concerné par cette saga. (TDG)

Créé: 11.01.2018, 17h46

Argent bloqué en France

Un autre volet de l’affaire occupe le procureur Frédéric Scheidegger, en charge du dossier: le printemps dernier, le client d’un des bistrots est entré dans les toilettes bouchées manifestement avant la venue du personnel. Il a gardé quelques liasses en poche et s’est rendu dans le courant de l’été avec des billets au poste de police de Carouge. L’homme a demandé au pandore ce qu’il pouvait faire de cet argent odorant… Le fonctionnaire de service emprunté lui dit qu’il pouvait les garder. Ravi, ce dernier a traversé la frontière et s’est rendu à la Banque de France qui change en principe les billets usagés ou endommagés. L’institut bancaire a été interpellé par cette curieuse visite et a signalé les faits à la justice genevoise. Résultat: cet argent a été séquestré. Le procureur, qui compte remettre la main dessus, tranchera la question de savoir s’il appartient à l’usager des WC du restaurant ou à l’entrepreneur ibérique.

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