La dernière vidange du Rhône a été moins mortelle

Environnement L’abaissement partiel de 2016 a fait moins de victimes parmi les poissons, mais les pêcheurs restent méfiants.

Le Rhône au barrage de Verbois. La vidange partielle du niveau d'eau a été moins nuisible à la faune piscicole.

Le Rhône au barrage de Verbois. La vidange partielle du niveau d'eau a été moins nuisible à la faune piscicole. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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La vidange du Rhône dans sa nouvelle version «light», effectuée en mai 2016, a fait nettement moins de victimes chez les poissons que les opérations précédentes. C’est ce qui ressort d’une étude menée par la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture (Hepia). Mais selon les pêcheurs, cela continue pourtant de décimer les jeunes poissons.

Après le fort impact environnemental de la vidange de 2012 (disparition des trois quarts des poissons en amont du barrage de Verbois et de 90% du côté français), le Canton de Genève et la Préfecture de l’Ain s’étaient accordés pour tester une méthode plus «douce». Au lieu de vider complètement la retenue d’eau de Verbois – afin de chasser les sédiments qui s’accumulent dans le lit du Rhône et risquent de provoquer des inondations – on s’est contenté d’un abaissement partiel.

Une eau plus respirable

«Ce nouveau mode opératoire est encourageant», confie François Pasquini, directeur du Service de l’écologie de l’eau à l’Etat de Genève, après avoir fait le point ce vendredi avec tous les acteurs concernés en Suisse et en France. «Nous avons évacué à peu près autant de sédiments qu’avec l’ancienne méthode, mais il n’y a pratiquement pas eu de mortalité chez les gros poissons.»

Cela est dû à la faible concentration de matières en suspension dans l’eau. La limite avait été fixée à 15 grammes par litre, alors qu’en 2012, on avait atteint le pic de 48 g/l, ce qui avait asphyxié la plupart des poissons. «D’après les observations au sonar faites dans les retenues des barrages de Verbois et de Chancy-Pougny, la biomasse de poissons n’a presque pas varié après la vidange de 2016», explique Franck Cattaneo, professeur responsable de l’étude de l’Hepia. Il précise néanmoins que cela a eu un effet sur le comportement des poissons: «Ceux que nous avions marqués avec des radio émetteurs ou des puces électroniques ont beaucoup dévalé en aval, à peu près autant qu’en 2012.»

«La nouvelle manière d’opérer est positive, mais nous gardons un sentiment mitigé.»

Cependant, il semble que la faune piscicole a assez vite repris ses habitudes, une fois le niveau du fleuve revenu à la normale. «Seize heures après la remise en eau de la passe à poissons du barrage de Chancy-Pougny, les premiers poissons la franchissaient à nouveau», explique Damien Sidler, du bureau d’études Coréalis, qui suit par vidéo la fréquentation des échelles à poissons sur le Rhône. «Six jours plus tard, toutes les espèces présentes auparavant étaient de retour.»

Les jeunes poissons sacrifiés

Les milieux de la pêche saluent le fait que la vidange de 2016 a été moins mortelle que les précédentes, mais ils persistent à réclamer une gestion naturelle des sédiments du Rhône. «La nouvelle manière d’opérer est positive, mais nous gardons un sentiment mitigé, confie Maxime Prevedello, président de la Commission de la pêche. Si les gros poissons ont en grande partie survécu, les jeunes et les alevins sont pour la plupart lessivés. Cela anéantit la relève et le cours d’eau n’a pas le temps de récupérer entre deux vidanges.»

Franck Cattaneo relativise: «Les jeunes poissons sont peut-être plus touchés, mais comme cette dernière vidange a eu lieu au tout début de la période de reproduction, la majorité des espèces ont de nouveau pu se reproduire ensuite. D’ailleurs, nous avons recensé un grand nombre d’alevins quelques mois plus tard.»

Pour le président de la Fédération des sociétés de pêche genevoises (FSPG), Christophe Ebener, l’intérêt d’un Rhône sans vidanges reste évident: «Avec la pause de neuf ans sans vidange entre 2003 et 2012, la biomasse de poissons dans le Rhône était largement supérieure qu’aujourd’hui.»

Selon le protocole franco-suisse, la nouvelle méthode de vidange reste valable pendant dix ans. «Nous la répéterons tous les trois ou quatre ans, en fonction du niveau d’accumulation des sédiments, précise Jérôme Barras, responsable des barrages aux Services industriels de Genève (SIG). La prochaine vidange aura ainsi lieu en 2019 ou 2020.» En parallèle, on accompagnera aussi désormais les crues de l’Arve pour chasser les sédiments et on draguera le surplus.

(TDG)

Créé: 02.06.2017, 19h12

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