Le demi-frère d’Oussama ben Laden vend un hôtel particulier en Vieille-Ville

ImmobilierYeslam ben Laden entend se séparer d’une maison classée du XIXe siècle. Retour sur son passé genevois.

La maison aux volets gris à la rue François-Le-Fort, 600 m2, est proposée au prix de 23 millions de francs.

La maison aux volets gris à la rue François-Le-Fort, 600 m2, est proposée au prix de 23 millions de francs. Image: Georges Cabrera

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le demi-frère d’Oussama ben Laden, Yeslam ben Laden, vend un immeuble aux portes de la Vieille-Ville. Une belle demeure carrée aux volets gris, de quelque 600 m2, à la rue François-Le-Fort, proposée pour 23 millions de francs, petit jardin inclus. Une maison classée, aux plafonds élevés, qui aurait été construite un peu avant 1875.

Difficile d’en savoir davantage sur l’histoire de cet hôtel particulier du quartier des Tranchées car il est inclus dans le périmètre protégé de la zone sud de la ville et des anciennes fortifications. «Il est de fait protégé et il n’a pas fait l’objet d’une étude individuelle approfondie», selon une documentaliste de l’Office du patrimoine et des sites.

Sur la boîte aux lettres de l’entrée, quelques traces évoquent le passé genevois du demi-frère du terroriste le plus célèbre de la planète: «Senses Ltd - SICO», peut-on lire sur une étiquette.

Vingt-quatre frères

Senses est une société créée par Yeslam ben Laden en 2004 pour commercialiser notamment des produits de beauté et des parfums. «Yeslam» était même une marque dans ce cadre, une griffe qui décore de nombreuses affiches dans les étages de la maison des Tranchées, selon les images divulguées par l’agence en charge de la vente.

SICO est un acronyme pour Saudi Investment Company, la branche genevoise, et financière, créée en 1988 du Saudi Binladin Group (SBG), un conglomérat géant appartenant à la famille Ben Laden en Arabie saoudite. SICO, basée dans la maison de la rue François-Le-Fort, serait toujours active, selon le Registre du commerce.

Yeslam ben Laden, lui, n’habite plus Genève depuis longtemps. Il vivrait à Djeddah, une cité portuaire saoudienne le long de la mer Rouge, où nous n’avons pas réussi à le contacter. Pas moyen de savoir pourquoi il vend son hôtel particulier, après tant d’années. Difficile également de cerner son rôle précis dans SBG, propriété historique de la famille.

En Arabie saoudite, les Ben Laden sont l’équivalent des Kennedy outre-Atlantique: une famille richissime, nombreuse et réputée, mais pas épargnée par les drames et les intrigues. Le cheikh Mohammed ben Laden, le père de Yeslam et d’Oussama, qui aurait eu 54 enfants de 22 épouses différentes, a fait fortune à la suite de la création de SBG en 1931. Il est décédé dans un accident d’avion en 1967. Yeslam était son dixième fils.

Parmi ses 25 garçons, c’est Yeslam qui aurait eu le plus de talent d’entrepreneur, selon Carmen ben Laden, son ex-femme qui a consacré un livre à ses années à ses côtés («Le voile déchiré», 2003, Éditions De La Loupe). La Genevoise rencontre le Saoudien, en vacances dans le canton, en 1973. Ils se marient un an plus tard et auront trois enfants.

Acquise en 1985

Carmen estime la fortune de son mari à quelque 300 millions de dollars en 1980, ce qui en ferait l’un des plus riches de la fratrie. La famille vit alors à Djeddah, mais elle passe régulièrement ses étés à Genève, où elle s’installe en 1981. Yeslam achète la maison du quartier des Tranchées le 10 avril 1985. Il aurait également acquis un manoir dans un petit village des environs.

Yeslam et Carmen se séparent en 1988. S’ensuit un divorce long et compliqué, une décennie de procédures en justice médiatisées après les attentats du 11 septembre 2001. Yeslam obtient la nationalité suisse au début du siècle. Carmen possède une somptueuse villa à Genthod, vide depuis qu’elle réside à Monaco.

Pourquoi Yeslam vend-il la maison des Tranchées aujourd’hui? Certains y voient un lien avec les difficultés actuelles du SBG, qui a moins les faveurs de Riyad, la capitale saoudienne, que jadis. Le prince héritier actuel, Mohammed ben Salman (dit MBS), qui n’aurait pas obtenu de part dans le capital de SBG, favoriserait les concurrents de SBG, selon l’agence Reuters.

Plusieurs frères de la famille Ben Laden ont même été emprisonnés dans le cadre d’une gigantesque purge à la fin de 2017 dans un hôtel de luxe, et remis en liberté uniquement après avoir cédé à l’État leur part dans SBG. (TDG)

Créé: 15.04.2019, 17h02

Articles en relation

«On lui a lavé le cerveau», estime la mère de Ben Laden

Monde À quelques jours de la commémoration des attentats d’Al-Qaida en Afrique, la mère de Ben Laden sort de son silence. Plus...

Les révélations d’Abou Hafs, ex-numéro 3 d’Al-Qaida et ami personnel de Ben Laden

Extraits du livre «L’histoire secrète du djihad» L’un des acteurs majeurs de l’histoire du djihadisme, ex-conseiller religieux d’Al-Qaida, livre des secrets de la nébuleuse terroriste. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Grève: le congé accordé aux femmes par la Ville fait débat
Plus...