La défense crie aux juges: «Résistez à l’opinion publique»

Agressions de Saint-JeanLes avocats des deux hommes de 20 ans plaident l’agression. Ils demandent des peines «porteuses d’espoir».

Me Guerric Canonica a demandé aux juges une peine «autour des dix ans».

Me Guerric Canonica a demandé aux juges une peine «autour des dix ans». Image: Patrick Tondeux

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Comment défendre deux hommes que l’opinion publique a déjà condamnés? Comment tenir compte des nuances, des incertitudes, au terme d’un procès traversé par les sentiments humains les plus douloureux?

Vendredi, la parole était à la défense dans le procès de l’agression de Saint-Jean. Une tâche périlleuse, voire impossible, attendait les trois avocats. Sur quoi s’appuyer quand la gratuité de la violence n’est jamais contestée et que, comme l’affirme Me Guerric Canonica, «le Café du Commerce veut leur mettre une balle dans la tête»? «Résistez! La vindicte populaire n’est jamais une décision de justice», lance-t-il.

«Il ne pense à rien»

L’effet de groupe, l’alcool et l’absence de préméditation: voilà les trois piliers de la défense. «Et si cette affaire était le fait de jeunes cons qui ont commis l’irréparable, sans le vouloir?» avance Me Guillaume de Candolle, avocat de l’un des prévenus. Son client, un jeune homme taiseux, dit avoir frappé pour une seule raison, la loyauté vis-à-vis du groupe.

Pour le plus costaud de la bande, celui qui s’était imposé comme le leader naturel, ses avocats disposent d’un élément supplémentaire: les conclusions de l’expertise psychiatrique. Me Guerric Canonica, son avocat, en relit les conclusions: «Compte tenu de sa maladie mentale, il y a très peu d’élaboration psychique dans la tête du sujet au moment des faits.»

En d’autres termes, «il ne pense à rien» lorsqu’il frappe le 7 janvier 2017 à coups de batte de baseball. Quand l’intelligence est en friche, comme l’a affirmé un psychiatre à la barre, la préméditation peut-elle être envisagée? À entendre son avocat, un tel projet serait trop élaboré. «Cet abruti», dit-il en montrant son client du doigt, était un «gamin» de 18 ans et deux mois au moment des faits. «Mais dans sa tête, il était un mineur.»

Le «petit» de la bande

Au-delà du psychisme du jeune prévenu, il y a le contexte. Un élément déterminant selon Me Simine Sheybani, elle aussi à la défense du prévenu à la carrure imposante. Énumérant des déclarations des membres de la bande, elle démonte l’idée d’une quelconque organisation au profit d’un goût immodéré pour l’alcool. «Ils ne boivent pas pour se battre, mais c’est quand ils ont bu qu’ils se battent.»

La défense tente de faire peser une part de la responsabilité sur les épaules du plus «sanguin» du groupe, surnommé «le petit», mineur au moment des faits et donc absent de ce procès. Malgré son jeune âge, soulignent les avocats, il provoquait la première étincelle lors des agressions en série. Ce jeune homme doit aujourd’hui également répondre du meurtre du mois de janvier aux Charmilles, pour lequel il est passé aux aveux. «Il agresse, les autres suivent», résume l’avocate.

La voix perdue des victimes

Quant au second prévenu, légèrement en retrait, il aurait été mû «par une impulsion et une fidélité absurde à ceux qu’il considérait comme sa famille» quand il a couru après sa victime et porté les coups. «Ce n’était pas organisé», répète Me Guillaume de Candolle.

Enfin, dans cette affaire où la parole des victimes n’a jamais pu être entendue – les deux trentenaires ont perdu la mémoire suite aux lésions subies – la défense détient un avantage: la reconstitution des agressions repose sur des déclarations volatiles. Alors forcément, chaque avocat peut affirmer que les coups ayant entraîné les multiples fractures crâniennes ne sont pas dus à son client. De même que les conséquences qui s’en sont suivies.

Au terme de plaidoiries réaffirmant leur respect pour les victimes, les avocats de la défense ont plaidé l’agression, rejetant toute intention de tuer. Leur dessein depuis l’ouverture de ce procès: épargner à leurs clients la charge de tentative d’assassinat, la plus grave qui soit.

Éviter l’expulsion

Après le réquisitoire du procureur de jeudi – le Parquet a réclamé des peines de 14 ans et demi et 14 ans de prison – l’essentiel consistait à alléger la peine. Ainsi, Me Guerric Canonica a demandé aux juges une sanction se situant «autour des dix ans», tout en espérant que l’arrestation ne sera pas ordonnée le jour du verdict. «Laissez-le finir son CFC d’abord!»

Me Guillaume de Candolle, lui, a invité les juges à rendre «une décision porteuse d’espoir». Sans se prononcer sur les années d’incarcération, il tente d’éviter à son client, un jeune Brésilien arrivé en Suisse durant l’enfance, l’expulsion du territoire.

Les sept juges du Tribunal criminel ont cinq jours pour délibérer avant de rendre leur verdict mercredi, à 16 h.

Créé: 08.03.2019, 18h43

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