Des décisions politiques font chuter le nombre de détenus

PénitentiaireA Champ-Dollon, le nombre de  pensionnaires chuté de 18% en cinq mois. Explications.

Une cellule de la prison de Champ-Dollon (image d'archives)

Une cellule de la prison de Champ-Dollon (image d'archives) Image: Laurent Guiraud

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Champ-Dollon, la surpeuplée, a vu soudainement chuter le nombre de ses détenus juste après l’inquiétant record de 903 personnes pour 387 places, atteint à la mi-août. Cinq mois plus tard, la tendance se confirme. Le 6 janvier, on comptait 734 pensionnaires. Des chiffres semblables à décembre 2012, année du lancement du pacte entre le procureur général Olivier Jornot et le conseiller d’Etat chargé de la sécurité Pierre Maudet. Cette diminution de 18%, exceptionnelle, résulte de choix politico-judiciaires.

Le facteur le plus déterminant concerne l’application systématique des ordres d’écrou, à savoir signifier l’exécution d’une peine à une personne condamnée, qui ne se rend pas forcément d’elle-même en prison… «Grâce aux contrôles de police, nous avons purgé massivement les ordres d’écrou restés en rade pendant des années. Cela a été fait entre 2012 et 2013, déclare Olivier Jornot. Les personnes concernées sont arrivées en fin de peine.» Après l’afflux d’entrées à Champ-Dollon, on assiste donc à celui des sorties.

100 sorties en plus

L’Office cantonal de la détention (OCD) l’atteste: «Nous avons constaté 100 sorties supplémentaires entre le premier et de deuxième semestre 2014, dont 91 sont des fins de peine», livre sa directrice générale, Michèle Righetti.

Autre élément significatif: «La baisse du nombre d’arrestations en flagrant délit de délinquants de rue», selon le procureur général. La question est de savoir si les voleurs à la tire ont délaissé leur terrain de prédilection ou si la traque a faibli. «On ne sait pas ce que ces personnes très mobiles sont devenues. On ne peut pas les suivre au GPS, ironise le procureur général. Nous constatons en tout cas que les contrôles sont moins fructueux.» La police n’a en tout cas «absolument pas relâché ses efforts», si l’on en croit le porte-parole de la maison, Silvain Guillaume-Gentil.

Enfin, police et justice ont assoupli la traque aux personnes en situation irrégulière. «Dès le début de l’année 2014, j’ai demandé aux officiers de police de mieux cibler les personnes mises à disposition du Ministère public en élevant les exigences», révèle Olivier Jornot. Une décision qui n’a pas déplu à Pierre Maudet, selon son département. Fini la pression sur les petits dealers souvent en situation irrégulière? «Nous continuons à harceler les délinquants de rue, et moins les personnes qui ne violent que la loi sur les étrangers», poursuit le procureur général. Résultat, le nombre de mises à disposition au Ministère public est passé de 500 par mois en 2013 à 400/450 par mois en 2014, ce qui a influencé en partie le nombre d’incarcérations.

Au final, Champ-Dollon a enregistré 24 entrées en moins entre le premier et le deuxième semestre 2014, selon l’OCD.

La démarche a été complétée par une modification d’une directive du Ministère public, longtemps décriée par la gauche et pléthore d’avocats. Les peines privatives de liberté ne sont plus prononcées depuis le mois de septembre pour des personnes en situation irrégulière qui n’ont jamais commis d’autres infractions que celle sur la loi sur les étrangers. Cela correspondait à moins d’une dizaine de détenus de Champ-Dollon, selon le pouvoir judiciaire.

«Le pire est passé»

A-t-on donné un coup de frein à la politique de sécurité? «Pas du tout, rectifie Olivier Jornot. Nous avons fait des réglages en fonction des besoins. En 2012, nous étions en situation d’urgence absolue. Grâce à un assainissement, la situation s’est améliorée.» Champ-Dollon a atteint un «pic», «le pire est passé à mon avis». Toujours est-il que «le nombre de détenus a augmenté en moyenne de 5% entre 2013 et 2014, précise la directrice générale de l’OCD. La tendance est aussi à la hausse au niveau suisse.» Dans ce contexte, et vu le manque de places en exécution de peine à Genève, «la création de nouvelles places garde tout son sens», rappelle-t-elle.

Cette «évolution positive» de la situation réjouit Robert Assaël, président de la commission de droit pénal du Barreau genevois. «C’est la démonstration que le flux des détenus n’est pas dû au hasard, comme on a voulu nous le faire croire. Des décisions politico-judiciaires agissent sur la population carcérale. Certaines personnes n’ont rien à faire en prison et ces décisions le montrent. Les avocats resteront vigilants, car le taux d’occupation est encore à 190%.» Me Assaël va plus loin: «J’ai le sentiment qu’un mot d’ordre très clair a été donné au moment où l’on a atteint la barre critique des 900.» Une analyse totalement partagée par le syndicat des gardiens.

Créé: 07.01.2015, 22h35

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