Décision-choc de l’Etat: à minuit, on ferme les bars

Nuisances sonoresIls ne luttent pas assez contre le bruit: 28 bistrots ne pourront plus rester ouverts jusqu’à deux heures du matin

Les établissements sanctionnés se situent dans les points chauds du canton: Plainpalais, Eaux-Vives et Carouge.

Les établissements sanctionnés se situent dans les points chauds du canton: Plainpalais, Eaux-Vives et Carouge. Image: PIERRE ALBOUY

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C’est un coup de massue pour les 28 patrons de bar concernés: dans un courrier recommandé du Service du commerce, ils ont appris que leur demande de jouer les prolongations la semaine, mais surtout le week-end, était rejetée. Ils vont devoir mettre les clients à la porte à minuit au plus tard. «La tranquillité publique ne pourrait être respectée si l’exploitation de l’établissement concerné devait se poursuivre au-delà de minuit», écrit le Service du commerce dans un courrier dont la Tribune a pris connaissance.

Recours en justice

Les établissements «sanctionnés»? Sans surprise, ils se situent dans les points chauds du canton: Plainpalais, Eaux-Vives, Carouge. Sans surprise également, la décision, qui fera l’objet d’un recours devant la Cour de justice, provoque des réactions courroucées. «Ce serait un drame sur le plan financier et en termes d’emploi. Nous réalisons 20% de notre chiffre d’affaires mensuel entre minuit et 2 heures le week-end», confie Emilien Largeron, gérant du Lys, à la rue de l’Ecole-de-Médecine. «Cette décision tombe alors que nous sommes en pleine discussion avec les autorités pour lutter contre le vacarme», se désole Stéphane Rivolta, propriétaire du Kraken, à deux pas du Lys.

Cette décision-choc d’éteindre les lumières à minuit ne serait-elle pas politique? Magistrat de tutelle du Service du commerce, Pierre-François Unger le conteste: «Pour ouvrir en dehors des heures légales, il faut une dérogation. Et cette dérogation est délivrée s’il n’y a pas de trouble à l’ordre public. Le Service du commerce constate que les plaintes liées au bruit se multiplient, il applique donc la loi.»

Rien n’est définitif

Le magistrat affirme que «ce n’est pas de gaieté de cœur» que ces décisions sont prises. «Il y a un subtil équilibre à trouver entre le besoin des gens de se reposer et celui de s’amuser. Aujourd’hui, on n’y est pas.» Mais cette mesure n’est-elle pas radicale? Pierre-François Unger réfute cette critique. «Les dérogations sont accordées d’une année à l’autre. Rien n’est définitif. Par ailleurs, lorsque les citoyens se plaignent du bruit, les médias sont les premiers à relayer leur message. Et là, on nous reprocherait de prendre des mesures? Savez-vous que la moitié des plaintes que je reçois dans mon département concernent des nuisances sonores?» Et d’enchaîner: «Dans un premier temps, l’Etat a multiplié les discussions avec certains tenanciers. Mais cela n’a rien donné. Dans un deuxième temps, il est donc normal de refuser des prolongations d’heure d’ouverture.»

Sitôt révélée sur notre site Internet, hier après-midi, la nouvelle a suscité des réactions à la pelle. Les Jeunes socialistes, par exemple, refusent «une Genève triste et austère» et veulent une ville «vivante et festive». Ils manifesteront le samedi 2 mars, de minuit à 2 heures, sur la plaine de Plainpalais.

Pierre-François Unger ne craint-il pas d’être critiqué de toutes parts? «Mais notre but n’est pas de tuer la ville. Je ne suis pas calviniste. Pour preuve, dans le cadre de la révision de la Loi sur la restauration, nous proposons d’ouvrir les dancings plus longtemps. Mais l’Etat doit aussi garantir la tranquillité publique.»

Pagani soutient Unger

Maire de la Ville de Genève, Rémy Pagani abonde dans le sens du conseiller d’Etat. «Lorsqu’il y a des arbitrages à mener, c’est à l’Etat de jouer. Les personnes qui souhaitent obtenir des dérogations n’ont qu’à respecter le sommeil des voisins. En tant que maire, je reçois moi aussi des plaintes à la pelle. La réaction du Service du commerce me semble donc proportionnée.»

L’est-elle vraiment? Ce sera à la Cour de justice de répondre à cette question.

Zoom sur les établissements «punis»

Sur les 1860 cafés du canton, 919 ont déposé une requête pour jouer les prolongations, 799 l’ont obtenue. Selon le Service du commerce, 120 établissements ont donc essuyé un refus: 92 voulaient ouvrir jusqu’à 2 h mais devront fermer à 1 h. «Ils devaient proposer de la restauration chaude jusqu’à 2 h pour obtenir une dérogation. Or, ce n’était pas le cas», précise Jean Genolet, chef du Service du commerce. Restent 28 bars qui voulaient ouvrir jusqu’à 2 h mais qui devront fermer à minuit: 6 sont à la rue de l’Ecole-de-Médecine (Plainpalais), 6 à la rue Henri-Blanvalet (Eaux-Vives) et 4 à la rue Vautier (Carouge). Les 12 autres sont disséminés ailleurs dans le canton. «Leur demande a été rejetée suite à un préavis négatif de la gendarmerie et du Service du bruit, précise Jean Genolet. Il a été estimé que leurs efforts n’étaient pas suffisants.»

Créé: 09.02.2013, 10h48

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Pétition des riverains

Le 30 janvier 2013, les habitants de la rue de l'Ecole-de-Médecine et environ ont adressé une pétition au conseiller d'Etat Pierre Maudet, au Maire de Genève Rémy Pagani, à la cheffe de la police Monica Bonfanti et au Service du commerce pour se plaindre des nuisances sonores, dénonçant une situation devenue «intolérable». Contacté ce vendredi, l'avocat des pétitionnaires, Me Jacques Borowsky se réjouit de cette décision, tout en déplorant l'absence de lieux dédiés à la fête hors zone d'habitation. «La rue de l'Ecole-de-Médecine est devenue une Fête de la Musique permanente, déclare l'avocat. Si les établissements ferment à minuit, les fêtards partiront plus tôt, or actuellement, ils traînent jusqu'à 3 heures du matin dans le quartier.» JdW

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