«La débâcle s'explique bien au-delà de l'affaire Maudet»

Élections fédéralesSecoué par les résultats des élections, le président du Parti démocrate-chrétien compte organiser une réflexion au printemps prochain.

Vincent Maitre, président du PDC genevois.

Vincent Maitre, président du PDC genevois. Image: LAURENT GUIRAUD

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Les élections fédérales ont donné une cuvée très moyenne pour le PDC, tiraillé entre la recherche de nouveaux alliés, de renouveau et la fidélité aux valeurs installées. Qu’en penser? L’analyse du président du parti, Vincent Maitre.

Vincent Maitre, le PDC termine la course au Conseil des États à peine devant l’UDC. Que s’est-il passé?

Il faut voir plus large. Au Conseil national, tous les partis gouvernementaux ont perdu des plumes, du PS à l’UDC. Les Verts ont bénéficié d’un incroyable alignement d’étoiles: grèves des femmes, marches climatiques, etc. Aux États, il faut déplorer une démobilisation générale de l’électorat de droite et du centre, qui peut s’expliquer de multiples façons, allant bien au-delà de l’affaire Maudet, laquelle ne justifie vraisemblablement pas à elle seule cette débâcle. Le mal est plus profond. Même le résultat de l’UDC est mauvais! Céline Amaudruz a fait à peine 900 voix de plus qu’il y a quatre ans, alors qu’elle est conseillère nationale, vice-présidente du parti suisse et jouit d’une bien plus grande notoriété que Béatrice Hirsch.

Que proposez-vous?

Nous devons faire notre propre examen de conscience et ne pas céder à la facilité de chercher des coupables ailleurs à tout prix. Nous allons donc organiser tout prochainement des assises pour mener une réflexion de fond avec nos membres et nos sections, afin de redéfinir notre ligne et nos objectifs. Je veux mener cette discussion, en profondeur et sans tabou, avec notre base pour qu’elle puisse être partie prenante dans la redéfinition de notre identité et de notre politique.

N’avez-vous pas commis une erreur en gardant votre candidate au deuxième tour des États, plombant les chances d’Hugues Hiltpold?

Au contraire! Les chiffres démontrent qu’Hugues Hiltpold a bénéficié des voix du PDC, tout comme celles de l’UDC. S’il avait été l’unique candidat de la droite et du centre, nous aurions enregistré une démobilisation encore plus grande. Les électeurs PDC et UDC se seraient encore moins déplacés aux urnes et le résultat d’Hugues Hiltpold en aurait pâti. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé en 2015, lorsque notre candidat s’était retiré au profit de Benoît Genecand.

Au cours de la campagne, le parti a tenté de présenter de nouveaux candidats, se privant ainsi de figures connues. Une erreur?

Je suis au PDC depuis vingt ans et j’entends régulièrement qu’il faut renouveler et rajeunir nos élus et nos cadres. Notre démarche est allée en ce sens et elle était juste, j’en suis convaincu. Le triomphe des Verts et des Vert’libéraux a suivi justement cette ligne et elle s’avère gagnante. Au-delà de ses qualités propres, Lisa Mazzone est une femme jeune et porteuse d’idées nouvelles. Notre impulsion était bonne, mais le changement ne s’opère jamais du premier coup, il ne faut pas se le cacher, il y a toujours des résistances face à l’inconnu. Ma conviction, c’est qu’il faut continuer, mais ce sera aux délégués de trancher ce printemps, c’est leur rôle. Le mien, à l’instar d’un PDG face à ses actionnaires, c’est de faire des propositions: je propose et ils choisissent.

Présenter de nouveaux candidats et tenter l’alliance avec les petits partis du centre, n’était-ce pas trop ambitieux?

Au contraire! On ne peut pas constater que les préoccupations des gens portent sur des thématiques nouvelles, veulent une autre façon de faire de la politique, un renouveau dans les partis et leurs structures et donner dans la demi-mesure. C’est risquer de tout perdre et le résultat de ces élections le prouve. Je suis fier de notre liste au National, jeune, féminine, et de son programme audacieux. On ne l’a cependant pas assez bien vendue et tous les projecteurs étaient braqués sur la thématique climatique, mais je ne renie rien.

Certains vous reprochent d’avoir été personnellement très absent durant cette campagne…

Une campagne électorale ne se construit pas sur les derniers jours, cela fait un an que nous y travaillons. Et Dieu merci, elle ne repose pas sur son seul président. J’ai été absent en toute fin de campagne, c’est vrai, mais suis resté en contact tous les jours avec mes équipes pour travailler et mener la campagne. Par ailleurs, je ne conçois pas la présidence comme un exercice solitaire: la présidence, c’est six personnes sur lesquelles je peux compter, qui ont des tâches attribuées et qui comptent autant que moi dans le fonctionnement du parti.

En ville de Genève, le parti a fait un résultat synonyme d’élimination aux élections communales. Est-ce possible de remonter la pente?

J’en suis convaincu. Nous présentons deux magnifiques candidatures au Conseil administratif. Tous les partis ne peuvent pas se vanter d’avoir des personnalités aussi remarquables que Marie Barbey et Alia Chaker Mangeat. Elles seront assurément des locomotives qui permettront à notre liste de faire un bon résultat.

Vu le résultat des Vert’libéraux, des alliances municipales privilégiées avec eux sont-elles souhaitables?

On ne peut pas faire de généralités, chaque commune a son environnement politique propre. Vernier n’est pas Bardonnex et Cologny n’est pas Bernex. C’est aux sections municipales, qui sont autonomes et indépendantes, de décider de ce qui est le plus favorable pour elles, en tenant compte de leurs spécificités locales.


PDC: un parti en danger

Analyse

Les règlements de comptes hauts en couleur du PLR ne doivent pas faire ignorer les difficultés du PDC. Le sauvetage de son siège au National peut faire penser qu’il ne s’en sort pas si mal. Après tout, en un an et demi, il a géré l’éviction de Luc Barthassat, accompagné à la porte Guillaume Barazzone et subi les contrecoups de l’affaire Dal Busco… Pour sortir «par le haut» de ces difficultés, il a privilégié des audaces programmatiques et poussé des candidates d’avenir. Au passage, il s’est privé de quelques valeurs internes sûres et a raté le recrutement de Michel Matter, passé aux Vert’libéraux…

Alors que le PDC a vu justement l’intérêt de s’ouvrir aux autres petits partis du centre droit, il a mal géré le débat interne et sous-estimé l’impact de ce choix auprès de ses membres et de ses alliés. Au-delà de ces erreurs, il a probablement eu raison d’agir comme il l’a fait, mais ses électeurs sont restés à la maison. Le résultat global, c’est que bien qu’il ait sauvé son siège au National, le parti a essuyé une élimination humiliante aux États. Électoralement, il est nettement en dessous du quorum en ville de Genève et flirte avec la barre dans de nombreuses communes. Or les élections municipales approchent… Alors bien sûr, le PDC a moins perdu en pourcentage que les autres formations politiques. Certes, comme le relève son secrétaire général, les municipales sont différentes des nationales: les étrangers y votent, les listes sont moins nombreuses et le parti reste bien implanté. Mais le K.-O. menace. Si le PDC est éliminé du Conseil municipal de la Ville ce printemps, sa situation deviendra très difficile. Au PDC, c’est l’heure de sonner le tocsin pour éviter de sonner le glas.

MB

Créé: 12.11.2019, 17h29

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