Le débat budgétaire du canton de Genève s'ouvre sous tension

Grand ConseilLe parlement a refusé de suivre le Conseil d’État dans sa volonté de suspendre l'annuité de la fonction publique. Décryptage d'une soirée qui donne le ton du budget 2020.

Le Cartel avait organisé une manifestation jeudi pour accueillir les députés avant le débat budgétaire.

Le Cartel avait organisé une manifestation jeudi pour accueillir les députés avant le débat budgétaire. Image: Frank Mentha

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Le budget 2020 du Canton de Genève devrait ressembler davantage au projet sorti de la Commission des finances du Grand Conseil qu’à celui du Conseil d’État. C’est en tous les cas ce que laissent penser les décisions prises lors de la première journée du débat budgétaire, jeudi, du parlement. C’est en effet à une très large majorité (73 non, 15 oui et 2 abstentions) que les députés ont refusé de suspendre l’annuité due à la fonction publique comme le souhaitait le gouvernement. Ils ont donc suivi l’avis de la commission parlementaire.

Or, cette première décision sera lourde de conséquence pour la suite. Le coût qu’implique l’augmentation des traitements par l’annuité est de 53 millions de francs. Un montant à peu près équivalent à celui «économisé» par la majorité de la Commission des finances (l’Entente et le MCG) en refusant les 412 nouveaux postes demandés et en biffant 24 millions sur la ligne dite «biens et services». Et comme le Grand Conseil ne peut alourdir un déficit, sauf à trouver une compensation (nouvelle recette ou économie ailleurs), il a les mains liées.

Essai des Verts

Si la gauche n’est pas dupe du piège tendu par le PLR et le PDC, elle ne parvient pas à l’éviter. «Je déplore le chantage mis en œuvre qui veut nous contraindre à choisir entre application des mécanismes salariaux et nouveaux postes», tonne Jean Burgermeister, d’Ensemble à Gauche (EàG).

Le socialiste Thomas Wenger abonde: «Nous refusons de choisir entre la peste et le choléra.» Le Vert Mathias Buschbeck n’en pense pas moins, mais son groupe a fait un autre choix: «Les fonctionnaires ont besoin de nouveaux collègues davantage que de l’annuité», estime-t-il. Pour lui, les difficultés que rencontreront certains services l’année prochaine sans renforts sont trop importantes pour hésiter.

Le PLR Yvan Zweifel n’a aucune peine à reconnaître que son groupe est opposé au système des annuités car il ne valorise pas les plus méritants. «Mais puisque l’annuité existe, alors il faut respecter les règles», explique-t-il.

Fort bien, mais pourquoi biffer tous les nouveaux postes? «Le Conseil d’État n’a pas fait son travail en termes de réformes structurelles, poursuit-il. C’est par conséquent la Commission des finances qui l’a fait à sa place en refusant la totalité des postes demandés.»

Nathalie Fontanet plaide

Bien que consciente qu’elle avait peu de chance d’être entendue, Nathalie Fontanet, la ministre des Finances, a tenté d’expliquer le choix du Conseil d’État: «Lorsque l’État en a les moyens, nous ne demandons pas la suspension de l’annuité, a-t-elle assuré. C’était du reste le cas l’année dernière. Pour 2020, avec un déficit de 590 millions de francs et le besoin en nouveaux collaborateurs, ce n’était pas possible.»

Nathalie Fontanet insiste également sur le fait que la fonction publique a reçu cette année 238 millions supplémentaires grâce notamment au paiement de l’annuité 2016 et à ses effets sur les années suivantes. «Les représentants de la fonction publique étaient prêts à discuter de l’annuité», affirme-t-elle.

On l’aura compris, tout cela n’aura pas fait bouger les lignes d’un millimètre. À l’exception des Verts qui ont voté pour la suspension et de quelques PLR qui ont fait de même par conviction.

C’est parti pour le budget

Le dossier de l’annuité clos, le Grand Conseil s’est attaqué au budget proprement dit. Un débat qui se poursuivra toute la journée de vendredi. Les premières prises de position, les premiers votes sur les amendements du Conseil d’État et de la gauche sont toutefois éclairants: rien ne devrait bouger puisque la majorité qui s’est formée en Commission des finances ne tient qu’à ce prix (PLR, PDC et MCG). Sans compter qu’il lui faudra encore quelques voix UDC pour atteindre les 51 oui indispensables pour adopter un budget déficitaire.

Si tel est le cas – en dépit des plus de 200 amendements discutés – le budget 2020 affichera un déficit de 585 millions pour des charges se montant à 9,13 milliards. Ce résultat ne sera toutefois pas exactement le reflet de la réalité de 2020. En effet, les conseillers d’État auront la possibilité, l’année qui vient, de solliciter des crédits supplémentaires auprès de la Commission des finances pour engager des collaborateurs. Un procédé que Nathalie Fontanet ne s’est pas privée de rappeler jeudi.

Créé: 12.12.2019, 22h31

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