Les cyclistes dans le collimateur: 143 amendes en deux heures

MobilitéL’opération de la police genevoise s’est poursuivie mercredi matin, entre feux brûlés et critique acerbe des aménagements.

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Feu rouge grillé, 60 francs. Rouler sur un trottoir, 40 francs. Un mercredi matin comme un autre sur les routes genevoises, mais avec des groupes de policiers postés aux carrefours, gilet jaune, carnet en main, prêts à verbaliser le cycliste en infraction. «On a communiqué sur cette campagne, ce n’est pas pour les prendre en traître», lance à ses équipes Yann Oppeliguer, adjudant et officier opérationnel de la police routière, au moment de la prise d’ordre de 7 h au quartier général.

Lire aussi notre éditorial: Stops et civilité à Genève

Lundi, la campagne a débuté avec 88 amendes d’ordre, «dont 60% pour des feux rouges», complète l’adjudant. Hier matin, les proportions étaient les mêmes, mais la liste était bien plus grande: 143 verbalisations.

Lundi, on recommence?

Il ne fallait pas s’attendre à un changement de comportement entre le premier et le deuxième jour de l’opération. Postée dans les secteurs clés — Rues-Basses, Hôpital, rond-point de Plainpalais, boulevard James-Fazy et son arrivée sur le pont de la Coulouvrenière — la vingtaine d’agents cantonaux et municipaux stoppe la course des cyclistes et distribue ses PV à la chaîne.

Il n’est pas encore 8 heures et la journée commence mal pour certains. «C’est le jeu, je m’octroie des libertés, alors j’accepte la sanction. Reste que la signalisation n’a pas été réfléchie pour nous», note un ancien coursier à vélo passé au rouge sur James-Fazy. Dépourvue de freins à l’arrière, sa monture est scrutée par l’agent. Voilà qui aurait pu alourdir l’addition; pas pour cette fois.

En route pour l’Université, un chercheur s’en veut d’être sanctionné – «J’avais pourtant lu dans la presse qu’il y aurait ces contrôles!» – mais profite de l’action coup-de-poing pour se poser de bonnes questions. «Je me demande quel sera le suivi de cette campagne. Toutes ces ressources mobilisées: à quoi bon si on peut reprendre nos mauvaises habitudes dès lundi? C’est une question politique…» En attendant, la réponse des agents est tranchante: «Les effectifs sont insuffisants, voilà pourquoi nos actions restent ponctuelles.»

Panneaux passés inaperçus

A l’heure de pointe, on peut aussi écouter les cyclistes. Ils dressent la liste des incohérences que la ville peut produire. A l’entrée du pont de la Coulouvrenière, où piétons et vélos partagent la même bande de bitume, un homme met le pied à terre et profite de la présence policière pour tenter de se faire entendre. Il est de grande taille. «Le panneau là-bas, il est placé trop bas. On se cogne la tête en passant. J’ai écrit des dizaines de courriers à la Ville.» La police n’étant pas le bureau de réclamation des aménagements, le cycliste géant repart sans l’attention qu’il était venu chercher.

Un autre panneau attire l’attention. Ou plutôt, pas assez. Dans les Rues-Basses, il indique l’interdiction faite aux vélos de poursuivre en direction de Rive (à la hauteur de Confédération Centre). Petit, fondu dans le décor et recouvert d’une crasse noirâtre, il passe aisément inaperçu. Aux agents d’expliquer le parcours tortueux pour dégager l’artère commerciale. A l’heure des livraisons, les coursiers à vélo n’échappent pas à la mesure quand bien même les trottoirs se transforment chaque matin en parking à ciel ouvert pour… les véhicules de livraison.

Restent les autres cyclistes de l’hypercentre, rarement au fait de l’interdiction de rouler sur la rue du Marché et celle de la Croix-d’Or. «Je ne savais pas»; «Quel panneau? Il est où?» Un infirmier n’en revient pas de recevoir 40 francs d’amende, lui qui emprunte le même itinéraire tous les matins. «J’ai vu les policiers, mais j’étais sûr que je n’avais rien à me reprocher», dit-il. Sous la signalisation passée inaperçue à la rue Robert-Céard, un agent soupire: «Ne pas regarder les panneaux est entré dans les mœurs des cyclistes. Et dire que certains passent entre les trams…»

Torpédos et téléphones

Après plus de deux heures de répression intensive, l’heure est au bilan. Parmi les 143 amendes d’ordre du jour, 92 ont été infligées pour avoir brûlé un feu rouge, 35 pour des accès interdits et 13 visaient des cyclistes pédalant sur les trottoirs. A deux reprises, les propriétaires de vélos avec frein à rétropédalage (dits aussi torpédos) sont repartis avec une amende d’ordre, tout comme les trois qui ont lâché leur guidon, trop occupés avec leur téléphone portable. Six doubles lignes coupées n’ont pas échappé au dispositif.

Vendredi, troisième et dernier jour de l’opération. (TDG)

Créé: 02.11.2016, 18h52

Echanges fleuris

La rencontre entre policiers et cyclistes a beau être placée sous le signe de la répression, elle donne lieu à des échanges singuliers. On y décèle la colère, la bonne ou la mauvaise foi et même de la compréhension.

«Au moins, l’agent m’a souhaité une bonne journée», sourit un cycliste, PV en main.

Dans son manteau élégant, une quadragénaire peste près du Seujet: «60 balles, ça fait mal. Ils viennent nous emmerder alors que les voitures passent au rouge ici chaque matin.»

Changement de ton chez un brûleur de feu rouge: «Si c’est pour notre survie que la police fait ces campagnes, j’accepte. Mais franchement, pourquoi continuer à prendre le vélo si je ne peux plus gagner de temps?»

Un coursier a évité la bûche et regarde de loin. «De toute façon, la semaine prochaine il n’y a plus personne.»

Dernier mot, qui était en réalité la première phrase du matin, à Yann Oppeliguer, adjudant et officier opérationnel de la police routière: «En 2015, il y a eu 230 accidents impliquant des vélos à Genève, 80% ont provoqué des blessures légères ou graves.»

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