Le cycle du Renard peut faire pencher la balance

Votations du 24 novembreEn 2024, il y aura 1490 élèves de plus au Cycle d’orientation. Or, la construction d’un nouveau bâtiment est conditionnée au déclassement du terrain du Pré-du-Stand.

Construit en 1968, le cycle d’orientation du Renard est aujourd’hui vétuste.

Construit en 1968, le cycle d’orientation du Renard est aujourd’hui vétuste. Image: ENRICO GASTALDELLO

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Le 24 novembre, le peuple devra se prononcer sur le déclassement du terrain agricole du Pré-du-Stand, au Grand-Saconnex. But de la manœuvre: accueillir un centre d’entraînement pour le Servette FC, cinq terrains de football ainsi que des bureaux. Le débat se cristallise sur la sauvegarde de terres arables versus le développement d’infrastructures sportives. Mais un troisième élément a été introduit dans l’équation et pourrait bien faire pencher la balance: les bâtiments scolaires.

Le déplacement du centre du Servette libérera un espace à Balexert, sur lequel on construira un établissement scolaire pour remplacer le vétuste cycle du Renard, situé à Aïre-Le Lignon. Une fois détruite, l’école pourrait faire place à des logements. Alors que dans cinq ans, les prévisions annoncent 1500 élèves de plus au Cycle d’orientation (CO), et que les bâtiments accusent déjà des sureffectifs, ce nouvel établissement se révèle indispensable. Or, sa sortie de terre est conditionnée au déclassement.

Rénover ou reconstruire?

Le Renard, construit en 1968, est vétuste. Depuis près de dix ans, ses usagers et les politiques dénoncent son état de délabrement. Pourquoi ne pas simplement le rénover au lieu de le détruire et de rebâtir? Pierre-Antoine Preti, porte-parole du Département de l’instruction publique (DIP), explique qu’une rénovation complète «entraînerait de lourdes interventions de remise aux normes et en particulier sur la structure, qui n’est pas dimensionnée pour une éventuelle surélévation augmentant la capacité d’accueil».

Avant d’indiquer que le coût de rénovation globale avec surélévation est comparable à celui du projet neuf, ce que confirme le Département des infrastructures, en ajoutant que les coûts se situent «dans une fourchette de 70 à 90 millions».

Le DIP relève encore que «l’État a fait un choix orienté vers le projet neuf en considérant, entre autres, que la durée de vie d’un nouveau bâtiment est bien supérieure à celle d’un bâtiment rénové. De plus, il apparaît impossible de mettre en œuvre un tel chantier [de rénovation] sans impacter le fonctionnement du Cycle pendant plusieurs années.»

Hausse d’élèves dès 2021

On prend donc le parti de construire du neuf. Mais rien ne sortira de terre avant 2024, au mieux. Or, le service de recherche du DIP prévoit de fortes hausses du nombre d’élèves au Cycle en 2021 (+310) et en 2022 (autour de +500 élèves). D’ici à 2024, date de mise en fonction du futur nouveau Renard, il y aura donc 1490 élèves supplémentaires par rapport à la rentrée 2019. Cela alors que les cycles sont déjà bien remplis – 14 établissements sur 19 dépassent les 650 élèves, une limite d’effectifs qu’avait imposée le précédent chef de l’École, Charles Beer.

Que prévoit le DIP en attendant la construction d’un nouvel établissement? «Aujourd’hui, nous ne disons pas que les CO sont pleins, mais par contre, demain ils le seront, précise Pierre-Antoine Preti. La balise pédagogique des bâtiments a été fixée à 650, mais elle peut être franchie, en fonction de la typologie des établissements.» Alors le DIP repousse les murs. Plusieurs chantiers vont être lancés, comme l’agrandissement du CO des Coudriers, avec la transformation du 4e étage et la construction de salles d’éducation physique (en cours), la pose de pavillons scolaires sur les sites du CO Florence, du CO de Vuillonnex et du CO des Voirets.

Remplir davantage, voilà qui inquiète la Fédération des associations de maîtres du cycle (Famco). «Techniquement, on arrivera certes à entasser encore les élèves, pointe Julien Nicolet, membre du bureau du syndicat et également membre du comité des Verts. Mais on crée des cocottes-minute, avec des effets boule de neige, où les incidents deviennent récurrents. Le risque qu’un petit groupe d’élèves problématiques trouve des complices est plus grand dans un établissement en surnombre.»

Le DIP le reconnaît, les agrandissements et les transformations ne sont pas la panacée; ils permettent de résorber l’augmentation prévue dans les prochaines années «mais pas au-delà. D’où l’importance de disposer du nouveau bâtiment en 2024 au plus tard.»

Encore faut-il que le peuple accepte le déclassement. En cas de rejet, quelle est la solution de secours? «À ce jour, il n’y a aucun plan B, il n’y a pas d’autre terrain pouvant accueillir le nouveau cycle», répond le DIP. De quoi faire bondir Pierre Eckert, député Vert et membre du comité référendaire. «On nous prend en otage, la construction de ce cycle d’orientation devient un objet de chantage!» accuse cet ancien élu saconnésien. Julien Nicolet renchérit: «Il faut extraire la question du Renard, ce n’est pas l’enjeu de cette votation. C’est regrettable qu’on utilise un bâtiment scolaire comme objet de pression.»

«La construction de ce cycle devient un objet de chantage» Pierre Eckert, Député Vert et du comité référendaire

La Famco ne nie pas que des éléments objectifs, comme la difficulté de trouver des terrains, rendent la construction d’une école difficile. «Sachant cela, on s’attendrait à ce que le Conseil d’État soit uni dans sa volonté de prioriser la construction d’écoles, comme il l’est sur d’autres projets, pour ne citer que la construction de la patinoire du Trèfle-Blanc. Or, ce n’est pas le cas, regrette Julien Nicolet. La création d’une école n’est pas une priorité politique.»

La Famco pointe aussi une «planification déficiente». «Depuis huit ans, nous tirons la sonnette d’alarme. Au lieu de gagner un cycle, nous en avons perdu un ( ndlr: en 2016, le DIP a réaffecté le bâtiment du cycle de la Seymaz au secondaire II en sureffectif )!»

Construire malgré tout

Famco comme comité référendaire demandent que la construction du cycle soit garantie, peu importe le résultat du vote. Ce comité, composé des Verts, d’Ensemble à Gauche et de diverses associations, va d’ailleurs déposer une motion dans ce sens. Mais où construire le nouveau bâtiment? Pierre Eckert soutient qu’on peut bâtir à Balexert et répartir ailleurs les besoins du Servette FC, «en mutualisant mieux les terrains de foot existants, par exemple. Et en réétudiant l’option de la parcelle au chemin de la Crotte-au-Loup, écartée trop vite.»

Cette parcelle située à Vernier, en partie propriété de l’État, avait un temps été envisagée pour accueillir le centre sportif et les terrains de foot. Le Département du territoire explique que pour des raisons de maîtrises foncières (dispositions parcellaires, état de propriétés complexes), «le site de Crotte-au-Loup aurait ralenti la faisabilité du projet alors que les besoins en effectifs scolaires sont urgents».

Martin Staub, maire socialiste de Vernier, admet que ce terrain aurait représenté «une bonne solution». Mais l’État a abandonné ce projet, ajoute-t-il, «et nous avons maintenant prévu, en concertation avec les riverains, d’y installer des jardins familiaux et des espaces arborés. Il faut désormais aller de l’avant avec l’option présentée à Pré-du-Stand car ce nouveau cycle est une nécessité.»


Balexert, «un site logique» pour le cycle

La localisation du nouveau cycle d’orientation du Renard fait aussi débat. En effet, il ne sera pas construit dans le périmètre occupé par le Renard actuel, à Aïre-Le Lignon, mais à trois kilomètres de là, sur l’actuel centre sportif de Balexert, à l’avenue du Pailly.

Qu’a-t-on prévu en termes de mobilité pour que les élèves du périmètre du Lignon puissent rejoindre Balexert? Le DIP répond que les TPG sont impliqués dans le projet «et certaines de leurs lignes devraient être ajustées». François Mutter, porte-parole de la régie publique, confirme qu’une réflexion est engagée pour plusieurs projets à Châtelaine, dont le nouveau cycle du Renard, mais qu’aucune décision n’a été prise à ce stade. «Une nouvelle desserte est notamment envisagée sous le viaduc de l’Écu, à proximité de la future gare de Châtelaine. Le nouveau bus à haut niveau de service ( ndlr: une ligne de bus particulièrement performante ) qui est planifié sur la Rive droite serait appelé à desservir le quartier. Enfin, plusieurs pistes sont examinées à propos de la desserte fine, soit l’itinéraire des élèves jusqu’au nouveau cycle du Renard.»

Pour Martin Staub, maire socialiste de Vernier, le site de Balexert est «logique» car le périmètre de Châtelaine est en pleine expansion. «Le centre de population de la commune va se déplacer. À l’horizon 2030, il faut s’attendre à environ 10 000 habitants de plus dans cette zone, entre, notamment, la construction du quartier de l’Étang, des démolitions-reconstructions à la Concorde et à la route de Vernier. Enfin, Châtelaine est amené à devenir un pôle d’échange multimodal, avec une halte RER à terme.»

A.T.

Créé: 16.11.2019, 08h53

900 places au nouveau Renard

Le Conseil d’État a déjà organisé un concours d’architecture pour
la construction du nouveau cycle du Renard. Les résultats ont été présentés en avril 2018. C’est le projet «Ésope» des bureaux genevois CLR architectes et Perreten et Milleret ingénieurs civils qui a convaincu.

Il prévoit un bâtiment avec quatre ailes pouvant accueillir quelque 900 élèves, et comprend 4 salles de gymnastique, 50 classes, une médiathèque et un auditoire de 300 places. Le coût total du projet est estimé à 88 millions de francs. L’ouverture du chantier est planifiée pour 2021 – sous réserve du résultat du vote – avec une mise à disposition pour 2024.
A.T.

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