Pèlerinage nocturne et rencontre inattendue entre sciences et religion

PâquesOn a suivi une manifestation hors du commun. Des étoiles aux surprises de la forêt. Reportage jusqu'à l'aube

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«Et le Christ dans tout ça?» On lance la question au pasteur Jean-Michel Perret au cœur de la nuit, après la conférence scientifique et musicale à l’observatoire de Sauverny. Il est deux heures du matin dimanche et la présentation de l’astrophysicien Georges Meynet n’a pas effleuré le sujet. «On doit chercher la vie ailleurs, répond le pasteur. Pour les Anciens, elle était dans les cieux et eux se trouvaient sur la terre. Pour nous, c’est en nous-même qu’il faut la chercher.»

Puis il se met en marche, suivi d’une vingtaine de courageux qui ont décidé de cheminer jusqu’au lac pour y arriver au jour levant. Et c’est ainsi ce soir-là que se rassemble l’étrange et mouvante communauté des croyants, des «chrétiens distanciés» et des athées, qui tentent de vivre un moment commun de spiritualité.

Le point bleu pâle

Et pour cela, quoi de mieux qu’un détour par l’univers? C’est d’ailleurs le sens de la rencontre entre science et religion organisée par l’Eglise protestante pour la fête de Pâques. Avant la marche, on le parcourt en compagnie de Georges Meynet. Pour faire entendre «la musique des sphères», selon la vieille théorie pythagoricienne qui postule l’harmonie universelle, les organisateurs ont descendu, au fond de l’amphithéâtre de l’observatoire, un piano droit…

Laurent Eyer en queue-de-pie, Simon Prêcheur Llarena, lointain descendant de Saint-Saëns, ont composé un «carnaval des planètes» sur la base des notes que Kepler a associé aux planètes. Venue d’Espagne, Idoia Etxgarai enchaîne les morceaux pendant que sur un écran les corps célestes défilent, mystérieux, arides et majestueux. Sur une des dernières images, voilà le point bleu pâle de la Terre pris à 4,6 milliards d’années de distance, d’autant plus émouvant qu’il est parfaitement insignifiant. Le point commun entre l’astrophysique et la religion?

Faute de compétences scientifiques, pas question de résumer l’exposé de Georges Meynet, qui fait le tour du système solaire et ses planètes. Au vol, on saisit que «l’histoire de l’univers est décodée au travers de l’analyse de la lumière, de sa densité, de sa température». Que l’astronomie est la «seule forme de poésie subventionnée par l’État». On passe de Kepler, fort déçu d’avoir dû abandonner l’idée de révolution circulaire des astres au profit d’un mouvement en ellipse, à Rilke. On sourit un moment avec Lichtenberg, le philosophe des Lumières, ironique défenseur de la supériorité de la Lune sur le Soleil «puisqu’elle brille au moins pendant la nuit, elle». On évoque la mythologie, la température de Vénus, les cratères de Mercure nommés en l’honneur d’artistes et d’écrivains.

On aurait bien continué avec Cyrano de Bergerac et son voyage dans la lune ou Fontenelle et sa pluralité des mondes. Mais la science est vaste et le temps est court. Oserai-je conseiller aux passionnés d’histoire des sciences de se plonger dans Lucien Febvre et son «Problème de l’incroyance au XVIe siècle»?

L’aurore aux Pâquis

Peu avant sept heures du matin aux Pâquis, les marcheurs de Sauverny arrivent en traînant la patte. Ils ont 18 kilomètres dans les jambes! Les pèlerins nocturnes ont suivi leur berger et ont fait des détours. Les applications informatiques ne sont pas si fiables que ça, constate Jean-Michel Perret, les traits tirés.

Cette fois une quarantaine de personnes se rassemblent devant les Bains des Pâquis. On y reconnaît l’écrivain Huguette Junod, parfaitement athée, dit-elle, mais sympathisante de l’initiative, et, hasard des choses, plusieurs voisines de mon immeuble! Bonjour, Mesdames!

L’aurore aux doigts de roses, comme dit Homère, fait une brève apparition avant de laisser la place à un ciel couleur d’étain clair. On chante. Le souffle court, un participant rend hommage à sa mère disparue deux jours plus tôt. En clôture, un invité parle des arbres. Ernst Zürcher, professeur en sciences du bois, chercheur à la HES Bernoise, chargé de cours à l’EPFL et à Zurich, évoque brièvement nos amis immobiles.

Et savez-vous la dernière? Le chant des oiseaux favoriserait leur croissance en activant leur production d’acides aminés. Si les oiseaux chantent ce n’est pas seulement pour attirer leur compagne au nid, mais c’est pour faire grandir leurs futurs logements! Décidément, le monde est bien fait.


Les activités sur www. sansleseuil.ch.

Créé: 21.04.2019, 18h10

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