Les critiques s’accumulent contre la maternité des HUG

Hôpital cantonalLes syndicats et des employés dénoncent des césariennes inutiles, la fatigue du personnel et une hiérarchie absente. La direction relativise.

Des «collaborateurs épuisés et en grande souffrance» à la Maternité selon le syndicaliste David Andenmatten. 

Copyright : PASCAL FRAUTSCHI

Des «collaborateurs épuisés et en grande souffrance» à la Maternité selon le syndicaliste David Andenmatten. Copyright : PASCAL FRAUTSCHI

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La plus grande maternité de Suisse bouillonne et ses collaborateurs tirent la sonnette d’alarme. Si la situation n’est pas nouvelle, les conditions de travail sont aujourd’hui fermement dénoncées par les syndicats, évoquant de «graves dysfonctionnements mettant en danger la vie» des femmes en train d’accoucher. Des accusations graves, dont certaines sont fermement contestées par le directeur général des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), Bertrand Levrat, qui reconnaît un grand malaise (lire ci-dessous) et assure vouloir rétablir la sérénité.

Dans un courrier adressé à la direction des HUG, le syndicaliste David Andenmatten évoque des «collaborateurs épuisés et en grande souffrance, par des conditions de travail minant leur moral». Il réclame, entre autres, un audit de la maternité. «On ne peut plus continuer ainsi, il va y avoir un drame», assure-t-il.

Témoignages accablants

Les témoignages sont en effet accablants. Ils mettent directement en cause la capacité d’accueillir en toute sécurité les plus de 4000 naissances annuelles et une gestion qui conduirait à des actes médicaux superflus.

«Aujourd’hui, par manque de soutien de leur hiérarchie, les médecins envoient les patientes au bloc au moindre problème, juste parce qu’on n’a pas le temps de suivre individuellement ces femmes dont l’accouchement mériterait une attention particulière et serait plus long», détaille une collaboratrice ayant quitté la maternité en raison des conditions de travail actuelles.

Le nombre de césariennes n’a pourtant pas connu un bond exceptionnel (955 pour 3963 accouchements en 2007, 1194 pour 4129 accouchements en 2014). Mais selon les professionnelles, depuis dix ans, plus de la moitié auraient pu être évitées. «Les patientes sont tellement stressées, dès leur arrivée ici, que le bébé en pâtit; et au moindre signe de faiblesse, pour ne pas prendre de risque, l’interne envoie la mère au bloc, explique une sage-femme. Alors qu’une maman accueillie en maison de naissance ou dans une maternité qui n’est pas en ébullition pourra se détendre et accoucher normalement.»

Allaitement «bâclé»

Des assertions corroborées par des parturientes, admises à la maternité ces dernières années. «Ces sages-femmes ont du mérite, ce n’est pas humain de faire travailler des gens dans un tel stress», s’indigne une jeune maman. Hélène a donné naissance à son enfant en fin d’année. Elle regrette le manque de suivi: «Durant la grossesse, on nous répète les bienfaits de l’allaitement. Mais quand le moment arrive, il n’y a plus personne pour nous soutenir. J’ai voulu voir la conseillère en allaitement, on m’a fait comprendre qu’il n’y en avait pas pendant les vacances.»

Le nombre d’absences est d’ailleurs pointé. Plus de 7,5%, un taux élevé qui perturbe les roulements de personnel. «Les collègues sont au bord du burn-out. Pourtant, les femmes n’arrêtent pas d’accoucher le week-end ou pendant les vacances, ironise une ancienne de la maison. Dès lors, l’absence d’une collègue bouscule les plannings. Et il est très mal vu de ne pas venir quand on est appelée pour remplacer, même si on est en congé.» Les syndicats réclament l’engagement de 15 postes à plein temps au minimum.

Plus de stress

La fatigue et le stress sont plus importants à la maternité que dans d’autres services surchargés des HUG. «Comme aux soins intensifs, chaque minute et chaque décision comptent, relève une sage-femme. En orthopédie, un patient attendant plus de trois heures pourra légitimement être contrarié, mais sa vie n’est pas mise en danger. Ici, une femme qu’on laisse attendre ou qu’on renvoie chez elle par mauvaise évaluation ou manque de place peut perdre son bébé ou même décéder en couche.»

Autre reproche, l’absence de soutien de la hiérarchie. «On est souvent seul à gérer des situations complexes, affirment des sages-femmes. C’est compliqué pour nous comme pour les patientes. Lors d’un décès durant les fêtes, par exemple, aucun responsable ne s’est déplacé pour soutenir la famille. Ce sont pour la plupart des intérimaires ou des assistantes en soins et santé communautaire (ASSC) qui ont dû gérer.»

Directrice autoritaire

Mauvaise organisation et absences sont aussi imputées à la directrice des soins à qui il est reproché du mobbing sur les collaboratrices récalcitrantes. «Depuis qu’elle est arrivée, il y a trois ans, les gens ont peur; dès qu’elle a une dent contre vous, c’est l’enfer assuré», relèvent plusieurs collaboratrices, souhaitant garder l’anonymat.

Autre grief, la pratique privée d’un professeur, qui contribuerait à la mauvaise organisation. «Comme chaque professeur, celui-ci a droit à une clientèle privée, note une collaboratrice. Ce ne serait pas un problème si nous avions la place et les effectifs pour les recevoir. Mais là, nous devons sortir des patientes de salles d’accouchement ou du bloc pour lui laisser la place. C’est ingérable.» (TDG)

Créé: 03.05.2015, 20h22

Levrat: «Nous ramènerons la sérénité»

Directeur général des HUG, Bertrand Levrat répond point par point aux accusations, sans pour autant minimiser les problèmes.

Les reproches sont inquiétants. La situation est-elle si grave?

Il faut faire la part des choses. Je reconnais un très grand malaise à la maternité, clairement traduit dans le questionnaire de satisfaction, le plus mauvais des HUG. Mais je conteste toute mise en danger des patientes. Je fermerais immédiatement si tel était le cas. Nous avons une maternité et du personnel de très grande qualité.

Que dire des allégations de mobbing de la part de la directrice des soins?

La direction de la maternité a notre soutien. Je ne m’exprimerai pas sur les attaques contre la directrice des soins. Cette collaboratrice a bousculé des habitudes et cela crée des tensions. Mais nous sommes entièrement satisfaits de son travail, qui va dans le sens de la politique menée aux HUG.
A savoir garantir la sécurité
des soins, un accueil de qualité et offrir les meilleures
conditions-cadres aux collaborateurs.

On semble en être loin, à en croire les plaintes de «grande souffrance» et les burn-out successifs.

Je le répète, il y a un problème et nous ramènerons la sérénité au sein des services. Nous y travaillons avec les syndicats et j’espère pouvoir rapidement doter la maternité de quelques postes supplémentaires. Mais quinze, ce ne sera pas possible. Ce d’autant qu’avec le nouveau système d’assurance français, près de 300 naissances de moins sont annoncées en 2016.

Des prestations ont été supprimées, d’autres créées, mais le personnel semble toujours en sous-effectif et le recours à des intérimaires trop fréquent…

Nous avons renoncé à un partenariat avec une association, engageant les HUG avec des sages-femmes qui ne travaillaient qu’à 8% pour la maternité. Sinon, le nombre de sages-femmes a augmenté, en lien avec le nombre d’accouchements. Mais il est vrai, de nouvelles prestations, comme la prise en charge individuelle des grossesses, nécessitent des forces et on engage parfois des intérimaires ou des assistantes en soins et santé communautaire (ASSC), diplômées et compétentes, pour pallier les congés. Quant à l’absence de responsables lors d’un décès, je n’ai pas d’information, mais si tel est le cas, ce n’est effectivement pas acceptable.

La pratique privée d’un professeur peut-elle être prioritaire?

Nous encourageons la pratique privée, importante pour la renommée de l’Hôpital. Mais elle ne devrait pas dépasser 20% du taux d’activité, ni interférer dans le fonctionnement des services. Nous accueillons les princes et les clochards, sans aucune distinction. I. J.-H.

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