«Une crise politique majeure s'ouvre à Genève»

Affaire MaudetLa gauche exige la démission alors que le PLR se mure dans un «no comment». Le Conseil d’État dans son ensemble est fragilisé par l’affaire.

Carole-Anne Kast,  présidente du Parti socialiste: «Il a menti sur toute la ligne, c'est inadmissible.»

Carole-Anne Kast, présidente du Parti socialiste: «Il a menti sur toute la ligne, c'est inadmissible.»

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Grave, choquant, renversant, catastrophique. Les responsables politiques genevois ne manquent pas de qualificatifs à la lecture du communiqué du Ministère public annonçant son intention de poursuivre Pierre Maudet du chef d’acceptation d’un avantage. Une information transmise jeudi après-midi alors que le Grand Conseil était réuni pour sa session de rentrée.

Le Conseil d’État s’est réuni en urgence, jeudi soir, mais aucune «décision fracassante» — selon les termes du magistrat MCG Mauro Poggia — n’a été prise. Il n’empêche, l’affaire fragilise l’Exécutif, qui avait décidé d’accorder sa confiance à Pierre Maudet au moment des premières révélations sur son voyage. Dans la foulée, le libéral-radical était élu à la présidence du collège. D’autres questions émergent et le Conseil d’État pourra difficilement s’y soustraire. Parmi celles-ci, Pierre Maudet peut-il rester à la tête du Département de la sécurité alors que la police enquête sur son magistrat de tutelle?

En attendant, les réactions politiques fusent. Si la gauche appelle à la démission de Pierre Maudet, le PDC refuse de demander le départ du président du Conseil d’État.

Au centre de la procédure ouverte par le Parquet genevois figure un fort soupçon de mensonge. Pour la présidente du Parti socialiste genevois, Carole-Anne Kast, il ne fait aucun doute: «Il a menti sur toute la ligne, c’est inadmissible. Il n’a pas été imprudent, comme il a tenté de le faire croire. Sa communication a été montée de toutes pièces. Il n’est pas digne d’être conseiller d’État.»

Si les démocrates-chrétiens refusent de demander la démission du libéral-radical, l’actuel président du PDC, Bertrand Buchs, se dit catastrophé. «Une crise politique majeure s’ouvre à Genève; notre canton n’en avait pas besoin. On se faisait une joie d’avoir un homme politique capable de résoudre les problèmes… C’est un énorme gâchis», dit-il. Sa déception est grande: «On nous a menti en commission. Rétablir la confiance? Ce sera difficile, mais je refuse de demander son départ. C’est à lui qu’il revient de prendre une décision.»

Son futur successeur à la présidence du PDC, Vincent Maitre, ne veut «pas aller trop vite en besogne. Le Ministère public ne demande à ce stade que l’autorisation de pouvoir ouvrir une procédure. Je trouverais hasardeux de tirer des conclusions alors que l’instruction ne fait que débuter.»

En revanche, Vincent Maitre, par ailleurs membre du Bureau du Grand Conseil, ne voit pas quel motif pourrait empêcher les députés de lever l’immunité du Conseiller d’État.

Également membre du Bureau, l’UDC Stéphane Florey fait savoir que son groupe votera la levée de l’immunité qui permettra à la justice de poursuivre Pierre Maudet. Mais il insiste: le président du gouvernement genevois bénéficie de la présomption d’innocence. La présidente du MCG, Ana Roch, souligne également «la présomption d’innocence à respecter. Mais il devrait être suspendu de ses fonctions, le temps que l’enquête soit close et qu’une décision de justice soit rendue.»

Le communiqué du Parquet indique que «le dénommé Saïd Bustany n’a joué aucun rôle dans le financement du voyage». Or, Pierre Maudet affirmait précisément que c’était l’homme d’affaires qui avait financé son voyage. «Le mensonge a été construit de toutes pièces par Pierre Maudet, c’est renversant», réagit le député d’Ensemble à Gauche Pierre Vanek. «La question d’éventuels faits de corruption est posée. Dans tous les cas, la confiance avec le Parlement est rompue et sa démission est à l’ordre du jour.»

Pour Nicolas Walder, président des Verts genevois, l’évolution de cette affaire met en lumière le rôle essentiel des contre-pouvoirs: «La presse, qui a révélé cette affaire, le Grand Conseil et la justice font leur travail de manière indépendante, c’est une nouvelle réjouissante», note le Carougeois. Restent des interrogations qu’il juge pesantes. «Qu’est-il allé faire à Abu Dhabi? Pourquoi a-t-il caché les raisons de ce voyage? Pourquoi a-t-il construit ce mensonge? S’il préfère ne rien dire, il devrait démissionner.»

Tard hier soir, le PLR a indiqué qu’il «souscrit à la demande» de Pierre Maudet de faire toute la lumière sur l’affaire. Le parti demande une session extraordinaire du Grand Conseil pour décider de la levée d’immunité. (TDG)

Créé: 30.08.2018, 17h32

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