«Créons un congé parental»

Elections fédéralesLe président du PDC Sébastien Desfayes réaffirme le credo de son parti: emploi et famille.

Sébastien Desfayes, président du PDC: «A Genève, une large majorité du PDC est favorable au mariage homosexuel.»

Sébastien Desfayes, président du PDC: «A Genève, une large majorité du PDC est favorable au mariage homosexuel.» Image: Steeve Iuncker-Gomez

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A l’approche des élections fédérales du 18 octobre, la Tribune de Genève reçoit les chefs des principaux partis politiques genevois. Aujourd’hui, Sébastien Desfayes, président du Parti démocrate-chrétien. Le PDC détient aujourd’hui un siège au Conseil national, occupé par Guillaume Barazzone, par ailleurs conseiller administratif en Ville de Genève.

Quel intérêt prioritaire les élus genevois à Berne doivent-ils défendre sous la Coupole?
– Pour le PDC, les deux priorités essentielles sont l’emploi et la famille. L’emploi, car il est menacé à Genève comme il ne l’a jamais été, en raison d’une part du vote du 9 février 2014 sur l’immigration de masse et, d’autre part, du franc fort. La famille, car elle reste le parent pauvre de la politique fédérale. En la soutenant, on aide la classe moyenne.

Votre parti défend la traversée du lac. Mais Doris Leuthard, conseillère fédérale PDC, la juge inutile. Comment la convaincre du contraire?
– La traversée est un projet d’importance régionale, il faut s’allier avec Vaud pour la défendre. Ensuite, il nous faut obtenir la possibilité de la financer par un partenariat public-privé. Dès lors, je suis sûr que nous trouverons des banques ou des caisses de pension intéressées à investir.

Cet ouvrage n’est-il pas dépassé?
– Je ne vois pas comment on peut développer la région sans une grande traversée. Si on veut préserver une certaine qualité de vie au centre-ville, il faut en extraire le transit et cela suppose cet ouvrage.

Le PDC va-t-il aussi se battre pour obtenir les crédits supplémentaires pour l’extension de Cornavin?
– L’extension est nécessaire et Genève doit absolument garder son unité pour défendre la variante en souterrain, la seule réaliste. Cela dit, il est vrai que, étant donné les coûts, nous ne sommes pas en état d’affronter ce chantier sereinement. Là aussi, il faut s’unir avec les Vaudois qui partagent les mêmes intérêts ferroviaires. Et nous avons une carte à jouer avec le deuxième tunnel au Gothard que réclament les Suisses alémaniques.

Genève va harmoniser son impôt sur les entreprises à 13%, ce qui représente un joli cadeau pour les sociétés locales. Quelle contrepartie voulez-vous obtenir du patronat?
– La réforme de l’imposition des entreprises (ndlr: RIE III dans le jargon fédéral) est la mère de toutes les batailles. L’enjeu, ce sont des dizaines de milliers d’emplois qui pourraient disparaître à Genève si nous ne trouvons pas une bonne solution. De la Confédération, nous devons obtenir plus de compensation pour les pertes de recettes fiscales et un système qui laisse une marge de manœuvre aux cantons. De la part des entreprises, il faut s’inspirer de l’exemple vaudois et les intégrer dans le financement des crèches. Celles-ci, des études l’ont montré, sont bénéfiques à l’économie car elles dégagent des forces de travail. Un montant est toutefois difficile à articuler. Il faut se mettre autour d’une table et discuter. Je fais confiance au partenariat social.

Votre parti s’est allié avec la gauche et les Verts pour sortir du nucléaire. Mais vos sénateurs semblent désormais faire marche arrière. Vous n’y croyez plus?
– Non, nous ne reculons pas. Le PDC veut la transition énergétique. C’est une opportunité pour le secteur suisse des énergies renouvelables qui dispose d’un bon savoir-faire. Mais il faut gérer cette sortie pour ne pas être réduit à acheter du courant sale de l’étranger.

Le PDC se dit très famille. Mais en reste-t-il à sa conception traditionnelle?
– Il est vrai que le PDC a, selon les régions, des conceptions plus ou moins progressistes. A Genève, une large majorité du PDC est favorable au mariage homosexuel. Et je pense que c’est aussi le cas d’une majorité des délégués du PDC-Suisse.

Et que proposez-vous aux familles?
– Le PDC souhaite créer un congé parental, que les parents pourraient se répartir à leur convenance. Par exemple, 24 semaines en tout. Il pourrait être financé par une hausse de la TVA. Nous proposons aussi d’augmenter la déduction fiscale des frais de garde. Enfin nous proposons des primes maladie gratuites pour les enfants et réduites de moitié pour les jeunes.

Comment allez-vous financer cela?
– Il y aura moins de travail administratif pour l’octroi d’allocations, donc des économies. Et sinon, par la diminution du budget militaire, liée à la modernisation de l’armée.

Le PDC se situe dans le camp bourgeois. Pourtant, à Berne, il a souvent voté avec la gauche. Où vous situez-vous exactement?
– Notre positionnement est très clair. Chaque fois que l’économie est attaquée par la gauche, nous la combattons. C’était le cas par exemple des initiatives sur les successions ou de celle sur les salaires dite 1:12. Mais nos valeurs, comme le respect de la dignité humaine, la solidarité, nous distinguent de certains partis de droite. Et nous cherchons à créer des ponts et à trouver des solutions en cherchant des majorités.

Vous voulez conquérir un deuxième siège genevois au National. N’est-ce pas trop ambitieux?
– C’eût pu l’être il y a quatre ans. Mais, depuis, nous avons progressé à chaque élection et nous avons remporté les municipales du printemps. Notre manière de nous engager très activement dans la campagne fait de la section genevoise un exemple pour le PDC Suisse. Nous avons aussi la chance d’avoir une bonne locomotive avec Guillaume Barazzone.

Une locomotive souvent stationnée à Genève puisque votre candidat est conseiller administratif en Ville…
– Guillaume Barazzone a été brillamment réélu en Ville ce printemps. Le peuple a ainsi dit qu’il était d’accord avec ce double mandat. Notre candidat se profile d’ailleurs comme un futur ténor à Berne. Il peut aller très loin.

Pour les Etats, Raymond Loretan a été préféré, lors de vos primaires, à Béatrice Hirsch, bien mieux ancrée localement. Ne craignez-vous pas des coups de crayon?
– Non. Raymond Loretan a décroché sa candidature par 105 voix contre 62. Le vote a été clair. On ne va pas lui reprocher de ne pas être né à la rue des Granges! Tout en ayant une très bonne connaissance des dossiers fédéraux, il s’inscrit très bien dans la ligne du PDC genevois. C’est lui aussi un social libéral. Le temps de l’alternance aux Etats est venu. Parmi les sénateurs, les deux représentants genevois actuels sont ceux qui votent le plus à gauche.

Créé: 21.09.2015, 20h46

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«Oui à la retraite des femmes à 65 ans»

Pss de deuxième siège pour l'UDC


La Tribune de Genève a posé certaines questions de politique fédérale à tous les présidents de parti. Voici quelques-unes des réponses de Sébastien Desfayes.

L’âge de la retraite des femmes doit-il être augmenté à 65 ans?


– Oui. D’ailleurs, ce relèvement bénéficie d’un large soutien aux Chambres fédérales dans le cadre d’un paquet de mesures équilibré. Et la flexibilité du départ à la retraite est assurée. Ces mesures sont nécessaires pour préserver le futur du système des rentes. Et elles introduisent l’égalité hommes-femmes.

Faut-il revoter sur l’initiative «Contre l’immigration de masse»?


– Si on pouvait maintenir les quotas qu’a imposés l’initiative et les Bilatérales, ce serait magnifique, mais je n’y crois pas. Pour négocier, il faut être deux. Or, l’Union européenne ne négociera pas et notre gouvernement est pétrifié. Je pense qu’il faudra donc revoter sur l’initiative. Le résultat sera cette fois différent car on ne pourra plus mentir aux gens comme certains partis l’ont fait, en affirmant que l’initiative ne mettrait pas en péril les Bilatérales.

Pour pouvoir construire sur la zone agricole, faut-il assouplir la Loi sur l’aménagement du territoire?


– Non. Pour protéger la zone agricole, il faut mieux utiliser les zones constructibles actuelles. Donc densifier davantage les projets. Quand je passe devant la nouvelle prison Curabilis, je me dis qu’il y a encore des efforts à faire.

Faut-il réélire Eveline Widmer-Schlumpf au Conseil fédéral?


– La question est prématurée. Tout dépend du résultat des élections et de la redistribution des cartes. Mais je ferai deux remarques. D’abord, nous ne voulons pas d’un deuxième siège pour l’UDC. Pour la simple raison que pour un UDC, défendre les Bilatérales, c’est comme demander au pape de renoncer au christianisme. Ensuite, je pense qu’Eveline Widmer-Schlumpf n’a pas fait assez pour la place financière genevoise. Elle a cédé trop facilement sur certains dossiers, telle la convention de double imposition sur les successions. Dans le cadre de l’accord avec les Etats-Unis sur les banques, son département a aussi agi avec une incroyable légèreté en livrant le nom d’employés de banque aux Américains.
C.B.

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