Pour ou contre la création d’un poste de maire de la nuit?

Face-à-faceReporté séance après séance depuis le mois de mai, l’examen de la motion pour un ou une maire de la nuit n’a pas encore eu lieu devant le Conseil municipal de la Ville de Genève. L’un de ses auteurs en explique les buts, alors qu’une autre élue municipale en conteste l’intérêt.

Image: Dessin d'Herrmann

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Un maire pour les nuits genevoises

Par Olivier Gurtner, président du Parti socialiste Ville de Genève et conseiller municipal Ville de Genève

A Genève, la vie nocturne souffre, tapie dans l’ombre. Des lieux qui ferment, une réglementation devenue castratrice, certains services qui sévissent. Réglementation sur le bruit, les débits de boisson, les règles d’hygiène, règles du Service de l’air, du bruit et des rayonnements non ionisants (SABRA), système Sonitus, les acteurs de la nuit sont constamment scrutés, souvent jusqu’à l’absurde, parfois jusqu’à devoir fermer.

Pour renforcer la politique nocturne, le Parti socialiste Ville de Genève, avec les Verts et Ensemble à Gauche ont déposé une motion pour demander la création d’un maire de la nuit.

Objectif? Brancher un projecteur sur la nuit. Face aux besoins croissants, le/la maire serait un porte-parole, un facilitateur, un médiateur. En effet, il faut rappeler une réalité: Genève a besoin de sa nuit. Les jeunes pour faire des rencontres, les moins jeunes pour sortir, les employés pour travailler, les milieux préventifs pour communiquer ou encore les entrepreneurs pour exercer.

Les études commandées par la Ville de Genève (2010 et 2013) et le récent Forum du Grand Conseil de la nuit confirment ces besoins.

Pourquoi un maire? La nuit a donc besoin d’un relais au niveau institutionnel, qui agirait comme médiateur entre professionnels, amateurs, habitants et administrations. Son rôle devrait aussi consister à promouvoir la diversité nocturne à Genève. Enfin, il pourrait conseiller les acteurs nocturnes dans leurs démarches. Ainsi, il sera possible de développer des axes forts de la politique nocturne, de manière concertée et cohérente.

Des maires ou adjoints à la nuit existent déjà, notamment à Amsterdam, Montpellier, Zurich, Paris ou Nantes. Pourquoi pas Genève?

La forte densité en population, les réglementations complexes, les terrains toujours plus rares, les besoins parfois contradictoires (sortir vs dormir) appellent une politique concertée et ambitieuse.

Quel est l’objectif au final? Développer une vie nocturne de qualité pour Genève, ouvrir des lieux accessibles à chacun, encourager les entrepreneurs nocturnes, renforcer la cohésion sociale dans une vie toujours plus tendue et stressante, appuyer la prévention des risques, faire dialoguer publics et habitants, soutenir les professionnels du domaine et enfin rappeler l’importance économique de la nuit. Il faut garder la conviction que des solutions sont possibles et que tous les acteurs concernés peuvent se réunir autour d’une table… et d’un maire de la nuit!


Si on s’occupait de vrais problèmes

Par Michèle Roullet, conseillère municipale Ville de Genève PLR

Nouvelle lubie de la gauche municipale: «créer un poste de maire de nuit» en Ville de Genève! Une fois de plus, on assiste à une triste dérive d’élus qui, au lieu d’empoigner les problèmes aigus auxquels est confrontée la population genevoise (logement, emploi, mobilité, petite enfance), se dispersent dans du superflu.

L’idée de «maire de nuit» vient d’Amsterdam. Paris, Toulouse et Nantes l’ont adoptée, une fois, en 2013. A Paris, ce maire n’a pas été élu par les conseillers municipaux (comme l’est le maire de Paris), mais intronisé par le collectif: «les fêtards de la Capitale».

Il se rêve médiateur entre les consommateurs, les professionnels, les habitants et les administrations, mais a dû déchanter, puisque le maire même de Paris (une socialiste!) a refusé de le rencontrer. Néanmoins, sur son site, on trouve des projets parmi lesquels: «autoriser les ouvertures de squats à Paris, car un squat encadré est un lieu respecté dans lequel la culture nocturne doit s’exprimer»! Tout un programme qui inspirera la gauche genevoise, qui demande au Conseil administratif de créer ce poste.

Pour le PLR, il est exclu d’en ouvrir un. L’appellation même de «maire de nuit» est une insulte à la fonction de maire. Rappelons que notre maire, élu démocratiquement par les urnes, est le maire de tous, de jour comme de nuit, et quelle que soit sa couleur politique.

A Genève, n’importe qui, au travers d’une pétition (une signature suffit!) peut s’adresser aux autorités. C’est la richesse de notre démocratie directe. Dès lors, pourquoi déresponsabiliser les citoyens en nommant un médiateur pour «conseiller les acteurs nocturnes»?

La gauche manque ici d’imagination et de respect pour la langue (ça, on le savait déjà avec son obsession du langage épicène!). Pourquoi ne trouve-t-elle pas une expression plus poétique comme «vizir de la nuit» en écho aux Mille et une nuits?

Chaque quartier ou bande de potes pourrait élire un «vizir de la nuit» (les besoins de l’Usine n’étant pas ceux des Pâquis!), mais sans revendiquer un statut officiel. Bref, un peu de retenue! Même à Paris, les fêtards n’ont pas eu l’outrecuidance de demander à l’Etat une légitimation de leur maire de nuit, qui œuvre bénévolement.

Mais, à Genève, la gauche est insouciante (c’est un euphémisme!). Elle nous avait déjà habitués à défendre un communautarisme social. Voilà qu’avec son maire de nuit, elle verse dans un communautarisme administratif!

Enfin, rappelons à ces bobos qui se rêvent saltimbanques, mais sous la tutelle de l’Etat, que, pour favoriser une vie nocturne riche et diversifiée, Genève n’a pas besoin de fonctionnaires, mais d’emplois dans l’économie privée, car c’est la prospérité qui «booste» la vie nocturne! (TDG)

Créé: 17.10.2016, 21h18

Olivier Gurtner, président du Parti socialiste Ville de Genève et conseiller municipal Ville de Genève (Image: DR)

Michèle Roullet, Conseillère municipale Ville de Genève PLR (Image: DR)

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