Un court-métrage tourné en trois jours

CinémaPendant dix jours, une frénésie de tournages a déferlé sur Genève grâce au Kino Kabaret. Reportage.

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«Fais-moi un clap!» lance Frédéric Baillif à son assistante d’un jour, Emilie Chappatte. La jeune étudiante en cinéma s’exécute, mais le réalisateur de Geisendorf et de Tapis Rouge la reprend: «Un peu plus au centre, s’il te plaît.» Re-clap! La comédienne Lise Baillod improvise une tirade sur les courses à la Migros. Au plan suivant, son partenaire Daniel Toman doit s’endormir, assommé par ce propos lénifiant.

Quelques prises suffisent et la scène, qui se passe dans un café de la Jonction, est dans la boîte. Pas le temps de refaire les prises à l’infini; l’équipe n’a que trois jours pour tourner et monter Boys don’t cry, le court-métrage de Frédéric Baillif pour la troisième édition du Kino Kabaret à Genève. Nous sommes mardi et le film doit être projeté jeudi, à la soirée de clôture.

Pros et amateurs

En dix jours, 36 réalisateurs et plus de 200 professionnels, amateurs ou simples passionnés de cinéma auront tourné une quarantaine de courts-métrages. Seules contraintes: produire et monter chaque film en trois jours et ne pas excéder six minutes de durée. Le matériel de tournage professionnel est mis à disposition par les partenaires de l’événement.

Les équipes se sont constituées à l’improviste lors des réunions préparatoires, au gré des besoins et des envies. Le réalisateur, les techniciens, comédiens ou figurants font donc connaissance le jour du tournage. Certains, comme Frédéric Baillif, sont déjà rompus au septième art, d’autres font leur première expérience. «Je suis venue au Kino Kabaret parce que je m’intéresse à la réalisation et au montage, confie Ilona, étudiante en photographie de 18 ans. On m’a dit qu’il y avait besoin de figurants sur ce tournage.»

Pendant qu’on finit de tourner la première séquence, les acteurs de la suivante, Patricia Mollet-Mercier et Marco Longo, font la sieste sous les tables, grappillant quelques instants de repos entre les divers tournages sur lesquels ils jouent. Car le Kino Kabaret cultive l’esprit d’entraide plutôt que celui de compétition, et les équipes se mélangent, chacun donnant un coup de main ici ou là. Une dizaine de personnes s’activent sur le plateau de Boys don’t cry, s’improvisant accessoiriste, porteur ou maquilleuse.

D’un air pro, Max Idje, étudiant en cinéma, s’applique à peaufiner l’éclairage pour la deuxième scène. «Il veut se spécialiser dans le métier de chef opérateur, précise Frédéric Baillif. Le Kino Kabaret est l’occasion pour des jeunes comme lui de faire leurs preuves. De notre côté, on découvre de nouveaux talents.»

Le besoin de tourner

Pour les comédiens aussi, le Kino Kabaret est une bonne opportunité, alors que faute de financement (lire ci-contre), les occasions de pratiquer leur métier se font rares. «Nous passons beaucoup de temps à attendre des projets, explique Patricia Mollet-Mercier. Là, j’ai fait trois tournages en moins de deux semaines! Et puis cela permet de rencontrer des réalisateurs et d’étendre son réseau.»

La rapidité des productions n’augure pas forcément de leur qualité. Des films réalisés lors des précédentes éditions du Kino Kabaret ont été sélectionnés dans des festivals et certains ont même obtenu des prix.

Comment se financer?

Pour les professionnels et futurs professionnels du cinéma, participer au Kino Kabaret est, au-delà d’une expérience collective, une nécessité: celle de pratiquer leur métier malgré la difficulté à trouver des financements pour produire des films à petit budget. Et cela même s’il s’agit de réalisateurs reconnus, comme Frédéric Baillif. Lui participe au Kino Kabaret de manière quasi militante: «J’ai présenté dix projets de films à Cinéforom (ndlr: Fondation romande pour le cinéma), tous ont été refusés, confie-t-il. Je n’ai jamais eu un centime d’eux parce que je ne passe pas par des producteurs et des institutions. Cinéforom a déjà refusé mon prochain projet, tout comme l’Office fédéral de la culture. Si on a un budget en dessous d’un ou deux millions de francs, ça ne les intéresse pas, déplore le réalisateur. Mais Kino Kabaret prouve qu’on peut tourner des films hors de cette logique.» Pour son long-métrage de fiction Tapis Rouge, Frédéric Baillif a eu recours au «crowdfunding». A Zurich, le Swiss Fiction Movement est ainsi né il y a quelques années pour défendre les films à petit budget.

C’est cette problématique qui est à l’origine du Kino Kabaret: «En 1999, au Québec, des réalisateurs en attente de financement ou de diffusion ont décidé de s’entraider et se sont lancé le défi de tourner chacun un film par mois, raconte Damien Molineaux, l’un des instigateurs du Kino genevois.» Cela a fini par devenir un rendez-vous annuel et le principe s’est exporté, avec succès: il y avait 70 réalisateurs candidats cette année à Genève, mais seuls 36 ont été retenus, pour des raisons pratiques. (TDG)

Créé: 29.01.2016, 19h59

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