Un courtier genevois de l'aviation d'affaires fait fi de la crise

TransportLunaJets se développe à vive allure dans un secteur pourtant moribond.

Eymeric Segard a lancé LunaJets, à Genève, avec un autre investisseur quelques mois avant la crise financière de 2008.

Eymeric Segard a lancé LunaJets, à Genève, avec un autre investisseur quelques mois avant la crise financière de 2008. Image: GEORGES CABRERA

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Dix ans après la crise financière, l’aviation d’affaire donne de timides signes de reprise. Mais le secteur évolue encore dans une morosité qui rend d’autant plus spectaculaires les résultats de LunaJets. L’an dernier, les ventes du courtier genevois ont augmenté d’un tiers. Les années précédentes, l’explosion était plus forte encore. Le groupe engage près de dix personnes par an et il recrute encore. Le point avec son directeur, Eymeric Segard, en marge du salon EBACE qui s’est ouvert mardi à Palexpo.

Comment expliquer la croissance de LunaJets?
On a eu de la chance et on a le bon modèle. On s’est lancé quelque mois avant la crise de 2008 avec une idée nouvelle, celle de remplir les nombreux vols à vides des opérateurs. Ça faisait rire dans le milieu. Si on avait su que la crise allait venir, on n’aurait rien entrepris. En même temps, elle a fait qu’aucun concurrent n’est venu pendant quatre ans. Aujourd’hui, les vols à vide représentent 5% de notre volume. On s’est tourné vers le courtage de vols à la demande, un marché plus important.

Les grèves des compagnies de ligne jouent aussi un rôle, n’est-ce pas?
On adore les grèves des compagnies commerciales et des bagagistes, moins celles des contrôleurs aériens, qui nous touchent aussi. Quand il y a grève, la demande pour nos services est énorme. Elle vient de passagers coincés dans des aéroports ou de gens prévoyants qui se tournent vers nous vu les aléas. Quand il y a grève, notre gyrophare est toujours allumé.

Vous avez un gyrophare?
Quand un client «last-minute» nous contacte, il s’allume et nos traders - ils sont 22 en tout - arrêtent ce qu’ils font et mettent tout en œuvre pour lui répondre. Difficile de trouver un avion vide, au meilleur prix, dans les soixante minutes en respectant les plans de vols et avec les autorisations requises. Mais c’est là où on fait la différence et c’est pour ça que notre métier ne sera pas ubérisé. Sur la façade, le client commande un vol comme il le fait pour un véhicule Uber; mais en coulisses, le travail humain est indispensable. Les salaires représentent d’ailleurs notre premier coût devant la technologie.

Quels profils recrutez-vous?
Dans les écoles hôtelières, où les étudiants parlent plusieurs langues, ont voyagé, et savent ce qu’est un service de qualité. On les forme pendant quatre mois. On ne débauche jamais auprès des opérateurs. On a besoin de débrouillards qui, comme des chiens à la recherche de truffes, trouvent des solutions quand tout paraît bloqué. Et qui savent négocier. La moyenne d’âge parmi les 45 employés est de 25 ans.

Faites-vous désormais face à une concurrence plus importante?
Oui car la crise a fait que les propriétaires d’avions veulent les remplir pour réduire les coûts. Mais il y a des barrières à l’entrée. Le fait qu’on ait grandi nous permet par exemple de négocier de meilleures offres pour nos clients auprès des opérateurs. Un cercle vertueux. Un quart de nos clients se trouvent sur l’arc lémanique et la part de clients business augmente à nouveau, un signe de reprise. On veut désormais accroître nos services auprès des Chinois qui voyagent en Europe.

Créé: 30.05.2018, 15h12

Secteur clé pour Genève

Une étude, publiée à l’occasion du salon EBACE, souligne l’importance de l’aviation d’affaires pour l’économie genevoise. Le cabinet anglo-saxon Booz Allen & Hamilton indique que 1150 personnes travaillent directement dans le secteur dans le canton et que 1845 emplois indirects y sont corrélés.

L’aviation d’affaires générerait 257 millions de francs par an pour l’économie locale. Si elle était un pays, la région lémanique se retrouverait à la 16e place en termes de valeur brute du secteur en Europe, devant Malte, le Luxembourg, le Danemark, la Finlande ou l’Irlande. Quatre cent quarante jets et hélicoptères sont basés en Suisse, dont 78 à Genève, selon l’étude qui recense la présence de 18 opérateurs à Genève, de Albinati Aeronautics à Sit-Set Aviation en passant par Jetfly. R.ET.

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