La courtepointière Jeanne Matti fête ses 105 ans

GenèveIls et elles seront 82 cette année, tous centenaires et plus. Surtout des femmes, dont la reine des galons

Jeanne Matti dans son fauteuil voltaire, en 2014.

Jeanne Matti dans son fauteuil voltaire, en 2014. Image: PAOLO BATTISTON

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On s’en voudrait de manquer la date. Jeanne Matti, la courtepointière du quai Charles-Page, fête ses 105 ans ce vendredi 11 janvier. Bon anniversaire, Jeanne! L’ancienne reine des galons lance l’année du grand âge. En 2019, nous devrions célébrer 82 nouveaux centenaires (67 femmes et 15 hommes). Les garçons restent largement minoritaires dans les chiffres officiels transmis par la Chancellerie. La doyenne du canton est actuellement une femme qui atteindra 109 ans en décembre.

Au pays des supercentenaires, il y a donc aussi des cadets et des cadettes. Jeanne naît l’année du premier conflit mondial, quelques mois avant que la soldatesque portant le pantalon rouge garance ne tombe sous la mitraille ennemie. La future courtepointière choisit à son tour de faire carrière dans le rouge, bâtissant sa réputation sur les rideaux de cinéma. Quand une salle ouvre, on pense à elle; quand l’opéra veut du velours pour habiller son foyer, on l’appelle; quand des clients argentés débarquant de New York ont besoin d’obscurcir une halle entière du Palais des expositions pour y projeter leur film en trois dimensions, on la sollicite.

Sur son plan de travail, dans l’atelier indépendant situé au pied de l’immeuble où elle habite, des kilomètres de tissus en production artisanale. Jusqu’à cinq employés sous ses ordres, à fabriquer du matin au soir coussins, voilages, tapis de lit. «Des chantiers grandioses», se souvient-elle, en mimant le geste d’allumer sa machine à coudre. «J’ai dirigé ma petite entreprise jusqu’à 96 ans. Mon seul regret, mes mains et ma vue se sont mises en retraite avant moi, sinon j’aurais continué à faire des rideaux jusqu’à 100 ans!»

Privée de lecture, sa passion quotidienne, mais nullement découragée. Une voix est venue remplacer les yeux qui n’arrivaient plus à lire. Une voisine officie comme lectrice à domicile, à raison d’un chapitre par semaine. «J’aime les récits qui finissent bien», prévient l’auditrice, assise sur son canapé, attentive aux bons choix littéraires. L’hôpital? Jusqu’à récemment, «je n’y étais jamais allée, sinon pour accoucher», note-t-elle en souriant. Avant de se raviser: «Ah si, une fois, en urgence, pour me faire recoudre le cuir chevelu. Un brigand m’a frappée en s’échappant de mon atelier. Il cherchait de l’argent et n’a trouvé que des boutons de couture. Je les vois encore, éparpillés sur le sol, au pied de mon établi.»

L’évocation est précise et légère, la mémoire au travail ne joue que des bons tours à celle qui la sollicite, faisant le lien entre des histoires de vie distantes de plus d’un demi-siècle. «J’adorais conduire, poursuit-elle. J’ai eu sept voitures: Fiat 500, Dauphine, 2 CV, Ford Mondeo rouge, sans compter une décapotable de marque japonaise. À 90 ans et plus, je traversais le tunnel du Mont-Blanc, seule au volant, tôt le matin, deux fois par mois, pour aller faire les marchés à Biella, dans le Piémont. Je rentrais le lundi à l’aube pour rejoindre mon atelier.»

«J’ai eu une très belle vie», répète-t-elle volontiers, d’une voix énergique, en se laissant rattraper par l’enthousiasme insouciant d’une jeunesse qui, dans l’expression spontanée, ne veut pas la quitter.

Sauf lorsque les maladies de l’hiver, les traîtresses, se mêlent à son quotidien. La voici en convalescence dans une institution du centre-ville, «où tout le monde s’occupe bien de moi…» L’équipe a commandé le gâteau du jour, recompté deux fois le nombre inhabituellement élevé de bougies à allumer. Une fête en petit comité, avant de repenser plus tard au plan de table, si Dieu le veut, comme elle en avait pris l’habitude chaque début d’année, en invitant du monde au restaurant.

(TDG)

Créé: 10.01.2019, 21h25

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