La Cour des comptes pointe la piètre qualité des équipements

Mobilité douceLes magistrats ont mené l’enquête dès 2015 et publient leur rapport sur la politique genevoise pour les cyclistes et piétons.

La piste cyclable sur la route de Malagnou entrait en conflit avec le projet d'«onde verte» voulu par l'Etat. Les vélos devront partager le trottoir avec les piétons.

La piste cyclable sur la route de Malagnou entrait en conflit avec le projet d'«onde verte» voulu par l'Etat. Les vélos devront partager le trottoir avec les piétons. Image: Laurent Guiraud

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Le Département des transports doit se doter de critères plus clairs pour fixer des priorités dans le domaine de la mobilité douce et améliorer certains aménagements déjà réalisés. C’est, en résumé, la recommandation de la Cour des comptes, qui a rendu mardi ses conclusions après avoir ausculté, dès 2015, les pratiques genevoises en faveur des piétons et cyclistes.

2015? C’était quatre ans après la votation par laquelle le peuple a exigé que, dans les huit ans à venir, tout le réseau routier primaire et secondaire soit équipé pour les vélos. On était donc à mi-parcours et la tâche était réalisée à 52%. «L’évolution est quantitativement satisfaisante», loue le magistrat François Paychère.

Points noirs en jachère

Le hic, c’est que la quantité est insuffisante quand il s’agit des stationnements pour vélos (on prévoit déjà une pénurie aux abords des futures gares CEVA) ou encore des données sur les flux. Les itinéraires cyclistes effectivement empruntés restent largement inconnus. Quant à la marche à pied, pourtant très utilisée, elle semble demeurer un continent presque inexploré par les ingénieurs.

De plus, concernant les aménagements cyclables, la quantité ne rime pas toujours avec la qualité. La Cour considère que la piste cyclable – physiquement séparée de la chaussée, au contraire de la bande qu’on crée avec un simple coup de peinture – constitue le type d’aménagement le plus sûr. Mais de telles pistes ne couvrent que 9% des longueurs de voirie aménagées en ville. En outre, des sites dont les dangers sont identifiés de longue date restent en jachère et certains aménagements sont eux-mêmes jugés périlleux, comme celui de la rue des Deux-Ponts à la Jonction.

Course d’obstacles

Quels sont les obstacles? La Cour en voit plusieurs. Il y a l’argent. Alors qu’il faudrait 100 millions de francs pour remplir les exigences posées par le peuple en 2011, le Canton n’a longtemps pas disposé d’enveloppes spécialement dédiées à la mobilité douce. Il a souvent profité des renouvellements du goudron pour peindre des bandes cyclables, mais les crédits de rénovation routière qui servaient à cet effet ont été réduits de moitié par une décision du Conseil d’Etat. Dans un communiqué, le Département des transports insiste sur l’impact de cette décision, datée de 2012. En clair: elle émane du précédent Exécutif.

Autre écueil: alors que les critères de décision restent flous, les communes doivent se plier aux préavis de l’Etat. Et quand l’espace fait défaut, comme c’est souvent le cas au centre-ville, «la priorité a jusqu’ici été donnée par le Canton aux transports individuels motorisés», écrit la Cour, qui cite des exemples (lire ci-dessous). L’obligation légale de compenser les places de stationnement supprimées complique la donne, relève aussi le rapport.

Optimisme pour l’avenir

La Cour se montre toutefois optimiste. La nouvelle Loi sur la mobilité, que le peuple a largement acceptée l’an dernier, devrait offrir à la mobilité douce le haut du pavé au centre-ville. «Les recommandations de la Cour vont dans le même sens que cette loi, qui est une chance à saisir», se félicite François Paychère, notant aussi que de nouvelles disponibilités financières ont été libérées pour les aménagements cyclables.

La Cour mise aussi sur l’essor d’un nouveau savoir-faire qui permettrait de repenser des aménagements ratés comme les places de Bel-Air et de Cornavin. Elle en veut pour preuve l’expertise qu’elle a commandée pour analyser la conception des futures gares CEVA. Réalisée par l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, cette analyse montre que les abords immédiats de ces stations ont été plutôt bien pensés du point de vue de la mobilité douce.

Mais le rapport est aussi critique. Les cheminements entre trains et trams seront parfois longs (à Chêne-Bourg et aux Eaux-Vives). Et il manque une réflexion pour qu’il soit plus facile de circuler à pied ou à vélo entre les gares et les quartiers environnants. (TDG)

Créé: 07.03.2017, 12h00

Des vélos sur le trottoir à Malagnou

C’est une petite note en bas de la page 41 qui le signale, pour illustrer le faible poids des communes face au Canton quand il s’agit d’aménager les routes. L’Etat a fait barrage à un projet municipal de piste cyclable, qu’il avait auparavant dûment avalisé, du fait qu’il entrait «en conflit avec le projet cantonal d’onde verte pour le trafic motorisé» sur la route de Malagnou. Le tout suite à un compromis matinal trouvé par les élus responsables, apprend-on en creusant le sujet. La piste cyclable devait prendre la place de stationnements le long de cette route, dans le sens de la montée, sur un tronçon de 200 mètres entre la rue de Contamines et le chemin de Roches. L’Etat a fini par préférer dédier cet espace à une seconde voie de circulation motorisée. Au lieu d’une piste, les cyclistes auront droit à un espace balisé sur un trottoir élargi. «Dans ce cas, l’administration est dépossédée de son pouvoir par les politiques», commente François Paychère.

Le Département cantonal des transports justifie sa décision. La nouvelle Loi sur la mobilité, votée par le peuple en 2016, prévoit des pénétrantes multimodales. Il fallait sauvegarder le gabarit pour cette deuxième voie de circulation, laquelle devrait à terme être consacrée aux bus express appelés à y circuler.

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