Corruption au Venezuela, plainte pénale à Genève

JusticeLa société pétrolière PDVSA dénonce une entreprise du canton. Le Ministère public a procédé à une perquisition au centre-ville.

Le cofondateur de la société Helsinge, dénoncé dans la plainte, a acheté cette maison à Champel pour 7,2 millions de francs l'automne dernier.

Le cofondateur de la société Helsinge, dénoncé dans la plainte, a acheté cette maison à Champel pour 7,2 millions de francs l'automne dernier.

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Genève est à nouveau au centre d’une affaire de corruption au Venezuela. La compagnie pétrolière de l’État vénézuélien, Petróleos de Venezuela SA (PDVSA), une des principales sociétés pétrolières au monde, a déposé une plainte pénale auprès du Ministère public genevois à l’encontre de cadres d’une société du canton, Helsinge Ltd, pour blanchiment d’argent, corruption d’agent public étranger et infractions de soustraction de données, a appris la Tribune de Genève.

PDVSA, représentée par l’étude Canonica Valticos de Preux (CVP), a déposé sa plainte le 13 février, trois semaines avant une autre dénonciation, civile, lancée par la justice américaine contre la même société et de nombreux autres traders suisses. Une procédure qui a fait couler de l’encre outre-Atlantique suite à sa révélation par l’agence AP, le Venezuela ayant subi de plein fouet la chute des cours du pétrole; en outre, la corruption y serait endémique.

Helsinge est suspectée d’avoir corrompu des employés de PDVSA. Elle aurait cloné le serveur interne de la compagnie d’État pour obtenir des données confidentielles et les revendre à de nombreux négociants, dont des Suisses. Ce qui aurait permis à cette petite entreprise de jouer dans la cour des grands.

Onze jours à Champ-Dollon

«PDVSA confirme avoir déposé une plainte pénale contre les animateurs d’Helsinge pour des faits de corruption d’agent public et de blanchiment», indique Me Guerric Canonica, avocat chez CVP. «L’enquête n’en est qu’à ses débuts, mais il ne fait guère de doute qu’elle permettra de démontrer le bien-fondé des accusations portées», précise-t-il sans faire plus de commentaires.

La plainte pénale déposée à Genève a donné lieu à une perquisition dans le bureau de Helsinge au centre-ville, le 2 mars au matin, et conduit à l’arrestation de deux de ses employés. Une salariée, basée à Caracas, a été relâchée sur-le-champ. Elle s’était rendue en Suisse pour une réunion de travail. Son avocat, Me Karim Raho, confirme qu’elle a été interrogée durant deux jours par la police: «Elle a collaboré à l’enquête. C’est suite à ses explications qu’elle a été relâchée. Nous sommes sereins quant à l’issue de la procédure la concernant.».

L’autre prévenu, un consultant, a passé onze jours à Champ-Dollon avant d’être libéré mercredi. Son avocate, Me Eve Dolon, précise que ce septuagénaire était en voyage d’affaires en Suisse depuis deux semaines lorsqu’il a été arrêté: «Mon client collabore à l’enquête.»

Me Jean-Marc Carnicé, de l’étude BianchiSchwald, représente Helsinge et un actionnaire dans cette affaire. Il conteste toute infraction, comme il l’a fait dans Le Temps. Selon nos informations, dans l’après-midi du 2 mars, après la perquisition, il demandait la mise sous scellés d’un serveur de Helsinge. «Il pourrait contenir des informations protégées par un secret professionnel, des secrets commerciaux et des informations sans lien avec la procédure et inutiles», justifie l’avocat, qui dit ne pas encore avoir eu accès à la procédure et à la plainte. Le Ministère public a confirmé au quotidien qu’il a ouvert une procédure.

Domicilié à Genève

La société Helsinge a été créée en 2004 au Panama en tant que cabinet de conseil, puis de négoce, transport et stockage. Le groupe a ouvert le 23 octobre dernier un bureau à Genève, au sein de l’étude BianchiSchwald, avant de déménager à deux reprises. Trois jours avant l’installation de l’antenne genevoise, le cofondateur de Helsinge, M., prévenu dans les deux procédures, a acheté une maison à Champel pour 7,2 millions de francs. L’ex-employé de PDVSA est titulaire d’un permis B et domicilié à Genève depuis peu. Il se trouverait actuellement à Caracas.

Plusieurs scandales de corruption au Venezuela ont terni la réputation de la place helvétique, et genevoise, ces dernières années, de l’argent sale de cadres de PDVSA ou de sociétés partenaires ayant été déposé dans des comptes en Suisse, selon la justice américaine. Cent millions de dollars ont été gelés en Suisse, une somme en partie restituée. En février, la FINMA a annoncé qu’elle enquêtait sur plusieurs banques dans le cadre de soupçons de corruption au Venezuela. (TDG)

Créé: 14.03.2018, 15h38

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