Contaminé à l’amiante, le chantier de l’école des Pâquis a dû fermer

Santé publiqueSuite à l’alerte d’un ouvrier, des tests ont révélé des taux inquiétants. Après un désamiantage, les travaux ont repris lundi.

Le chantier de rénovation de l’école des Pâquis a dû être fermé et évacué quelques jours. Les élèves ne sont pas en danger.

Le chantier de rénovation de l’école des Pâquis a dû être fermé et évacué quelques jours. Les élèves ne sont pas en danger. Image: LAURENT GUIRAUD

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L’école primaire des Pâquis, en travaux depuis juillet 2017, a fui son chantier fermé la semaine dernière. L’alerte a été donnée par un ouvrier, qui s’inquiétait de voir que le traitement des matériaux amiantés ne respectait pas les normes.

À la suite de son signalement, le Service de l’air, du bruit et des rayonnements non ionisants du canton (SABRA) s’est rendu sur place, le 31 janvier. Samuel Martignier, adjoint scientifique au SABRA et responsable du contrôle des chantiers pour les substances dangereuses, raconte: «Nous avons effectué des prélèvements de poussières de chantier, que nous avons envoyés au laboratoire pour analyse. Sur les onze prélèvements, dix se sont avérés contaminés à l’amiante, ce qui nous a amenés à fermer immédiatement le chantier et à l’évacuer, le 5 février. Le jour même, nous avons également procédé à des prélèvements dans la partie déjà rénovée et occupée par les élèves, qui se sont révélés non contaminés.»

Après l’assainissement de la zone et de nouveaux contrôles, le SABRA a levé l’interdiction des travaux le vendredi 7 février et le chantier a pu reprendre lundi.

Mauvais retrait de mastics

Si la présence d’amiante dans le bâtiment était connue, comment expliquer ces manquements à la sécurité? «Il y a notamment eu un problème de méthodologie lors du retrait des mastics amiantés de la cage d’escalier, reprend Samuel Martignier. Normalement, quand on fait cette intervention, il faut mettre en place une zone de travail fermée et un système d’aspiration à la source pour récupérer l’ensemble des poussières et résidus. Or, force est de constater que ces mesures n’ont pas été respectées, puisqu’une contamination a été constatée sur le chantier.»

Philippe Meylan, directeur du patrimoine bâti de la Ville à qui incombe la responsabilité globale des travaux, fait état selon ses informations de «sacs contenant des parties amiantées qui n’étaient pas conformes aux normes de sécurité, et déposés au mauvais endroit.» À qui la faute? «L’entreprise mandatée n’a probablement pas tout à fait bien réalisé son travail, tout comme le bureau d’ingénieurs chargé de surveiller le chantier.»

L’entreprise pourtant spécialisée dans la gestion de l’amiante, Perrin Frères, confirme par la voix de son directeur Nils Rentsch avoir eu «quelques petits soucis dans le traitement de joints de fenêtre». S’est-il agi d’un problème de méthodologie? «Non, mais il a fallu recadrer une personne.» Il mentionne aussi des erreurs commises par «d’autres entreprises non habilitées».

Un ingénieur en environnement et expert en matériaux dangereux de l’entreprise Perreten & Milleret, chargée du suivi de Perrin Frères, souligne aussi cet élément: «Il y a eu une mauvaise gestion des mastics, mais aussi des opérations ponctuelles conduites par d’autres entreprises non spécialisées, qui n’ont pas toujours appliqué les règles de base. Il est possible que des ouvriers aient travaillé sur une zone dangereuse avec les protections adéquates – soit un masque et une combinaison – tandis que d’autres ouvriers non protégés circulaient à proximité.» Selon lui, ce sont «ces petites erreurs cumulées» qui ont abouti à la situation que l’on sait.

Sur le chantier de l’école des Pâquis, plusieurs percements ont effectivement été faits par des entreprises non habilitées à gérer des matériaux amiantés. Légal? Oui, explique Samuel Martignier: «Des corps de métier non spécialisés peuvent réaliser des petits travaux ponctuels. Par exemple, pour percer un trou dans un mur recouvert de faïences murales dont la colle est amiantée, il est souvent disproportionné de faire intervenir une entreprise de désamiantage. Une entreprise classique, formée, et qui utilise un système d’aspiration à la source muni d’un filtre à amiante suffit.»

Risque de cancer

Détail cocasse, les entreprises mandatées pour le désamiantage d’urgence lors de la fermeture du chantier sont les mêmes qui ont laissé arriver ce manquement. Comment l’expliquer? «C’est la première fois que l’on constate ce manque de soins, assure Philippe Meylan, du patrimoine bâti. La direction des travaux fera part de son mécontentement face aux manquements constatés et l’émolument demandé par le SABRA sera pris en charge par les fautifs. Des mesures plus sévères seraient bien entendu prises en cas de récidive.»

Les élèves et le personnel étant a priori hors de danger, les ouvriers ont-ils à craindre pour leur santé? «Ceux qui travaillaient dans la zone contaminée ont été exposés, mais les conséquences sur leur santé sont difficiles à évaluer. Après une exposition, le risque de développer un cancer des poumons est plus élevé», relève Samuel Martignier.

Un état de fait «inacceptable et scandaleux» pour José Sebastiao, responsable gros œuvre du syndicat Unia. «C’est la première fois que j’entends parler d’un tel manque d’organisation et de responsabilité.»

Lors d’une réunion qui s’est tenue mardi matin avec les architectes du chantier, le syndicaliste, peu rassuré par la réouverture du chantier, a «demandé officiellement de stopper les travaux» derechef, tant que le doute ne sera pas levé sur d’autres potentielles zones de danger.

Créé: 12.02.2020, 07h00

Un phénomène courant à Genève

Le cas de l’école des Pâquis est-il rare? Pas tant que cela, selon Samuel Martignier, adjoint scientifique au SABRA. «Environ un quart des chantiers soumis à autorisation présentent un problème de gestion d’amiante, qui se règle souvent lors des contrôles réalisés en amont des travaux, sans présenter finalement de réel danger. Mais un taux de 4-5% de ces chantiers s’avère contaminé à l’amiante.» Les problèmes sont plus nombreux dans les petits chantiers non soumis à autorisation – typiquement des rénovations d’appartement. «Environ un tiers est problématique, et 10 à 15% sont contaminés.»

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