Un constructeur livre à ses clients des maisons bâclées

Entreprise généraleDes propriétaires pointent des retards et des malfaçons. Le groupe Edifea, qui fête ses dix ans, gère 90 chantiers en Suisse romande.

Bastien dans son jardin à Bellevue.

Bastien dans son jardin à Bellevue. Image: LUCIEN FORTUNATI

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En septembre, nous avons publié un portrait d’une entreprise générale, Edifea, à l’occasion de son 10e anniversaire, qui a suscité un tollé. Trois familles, en représentant de nombreuses autres, nous ont contacté dans la foulée, pour faire part de leur colère.

Quand il en parle, on sent l’émotion qui déborde. Bastien, sa femme et leurs deux enfants ont emménagé à la fin de juillet dans une maison à Bellevue dans laquelle ils ont mis tout leur argent. La fin d’une longue attente. Le bail de leur ancien appartement était arrivé à échéance et la livraison de la nouvelle maison était retardée.

«Depuis notre emménagement il y a plus de deux mois, nous vivons un cauchemar», dit-il. Bastien n’a pas encore pu entrer dans son nouveau chez lui par la porte principale parce qu’il y a un chantier devant. Il accède soit par le garage, qui, lui, reste ouvert car la porte est impossible à fermer. Soit par le jardin, enfin ce qui doit y ressembler un jour. Pour l’instant, on y voit un tas de terre humide et, au milieu, le toit du garage, qui dépasse d’un bon mètre.

Sur plan, quand Bastien et sa femme ont acheté la maison, le jardin était pourtant présenté comme tout plat, adapté pour jouer au football avec les enfants. Les constructeurs ont manifestement fait une erreur de calcul.

Fissures et imprécisions

Dans la maison, il y a déjà des fissures. La salle de douche n’est pas terminée, il manque des garde-corps dans les escaliers et des carrelages. La boîte aux lettres n’a aucune clé. Des vitres transparentes ont été posées là où elles devaient être translucides. Une porte manque de casser une lampe si on l’ouvre complètement. Un architecte, venu constater les dégâts, s’est dit pessimiste.

«Si j’avais su, jamais on n’aurait acheté», indique Bastien. Le chantier, qui porte sur six maisons mitoyennes, fait grincer des dents parmi les autres acheteurs. Certains songent à porter plainte mais hésitent car ils n’ont plus d’argent, vu qu’ils viennent d’acheter ce bien immobilier. Tous en veulent à Edifea, l’entreprise qui supervise les travaux.

Inspecteurs de chantiers

À Meyrin, scénario similaire. Les acheteurs ont dû emménager parce que leur bail arrivait à échéance. Ils vivent dans un chantier quand bien même leur résidence devait être livrée plusieurs mois plus tôt. «L’espace ouvert entre le rez et la première marche d’escalier est trop haut, ma fille de 18 mois risque donc une chute de plus de deux mètres», indique Clara. La jeune propriétaire évoque des joints qui manquent, des stores livrés en retard, des dalles de béton coulées au mauvais endroit, un travail bâclé. Clara a fait venir un inspecteur de chantier pour constater les dégâts. Elle a aussi mandaté un avocat.

Chemin de la Rippaz, à Cologny. Jérôme nous indique que les six appartements mitoyens doivent être livrés à la fin du mois, mais les travaux semblent loin d’être terminés et il y a de nombreuses «malfaçons», dit-il. Des armoires ont été peintes de la mauvaise couleur, et la cave a été inondée suite à des orages cet été. Quand nous sommes passés, le chantier tournait au ralenti. «Quand on appelle Edifea, il est très rare que quelqu’un réponde, ajoute Jérôme. Est-ce par manque de professionnalisme? Ont-ils grandi trop vite?»

Le groupe soutenu par un milliardaire, Claude Berda, se développe à vive allure. Lancé en 2009 sur un coin de table au sein de la régie Gerofinance-Dunand, il possède aujourd’hui des antennes dans trois cantons romands et ses ventes oscillent autour des 900 millions de francs. Le groupe, qui envisage d’ouvrir un bureau à Neuchâtel, supervise la construction d’un tiers des 1000 logements qui sortent actuellement de terre dans le quartier de l’Étang et qui doivent être livrés en 2021.

Croissance excessive?

Contacté, le directeur d’Edifea, Bertrand Duckert, explique que «notre entreprise a grandi très rapidement, raison pour laquelle nous nous sommes entourés de nombreux nouveaux jeunes collaborateurs qui malheureusement manquent parfois de l’expérience nécessaire, qu’ils acquièrent néanmoins rapidement».

«Notre préoccupation principale est et a toujours été la qualité de nos réalisations mais aussi de nos partenaires, lesquels sont choisis avec attention. Certes, le prix est un élément important lors de la réalisation d’un projet, cependant il n’est pas établi au détriment de la qualité», ajoute Bertrand Duckert.

Au chantier des Robades, Clara admet qu’il y a eu un changement récemment. «Un nouveau répondant a été nommé chez Edifea il y a deux semaines, et depuis ça va mieux.» À Bellevue et à Cologny, les changements et les réparations se font par contre attendre.

Créé: 07.10.2019, 07h02

Les entreprises générales critiquées

Depuis quelques années à Genève, la plupart des chantiers sont donnés à des entreprises générales, selon de nombreux observateurs. «Or une entreprise générale n’est rien d’autre qu’un gestionnaire de la sous-traitance, estime José Sebastiao», secrétaire syndical chez Unia. «Nous ne sommes pas favorables à cette manière de faire car cela encourage un bradage des prix.»

Jadis, les chantiers étaient directement attribués aux entreprises, qui se coordonnaient par le biais d’architectes. L’essor des entreprises générales serait dû au fait que, même si elles représentent un intermédiaire supplémentaire, elles permettent de faire baisser les prix, selon plusieurs témoins.

Les nombreux cas de dumping sur les chantiers genevois découlent de ce modèle d’affaires, estiment les syndicats. Et Edifea, selon une source anonyme, figure parmi les entreprises qui «vont chercher les prix les plus bas».

Le mois dernier dans nos colonnes, Nicolas Rufener, le secrétaire général de la Fédération genevoise des métiers du bâtiment, s’est dit critique vis-à-vis des entreprises générales parce que leur position désormais dominante leur permet souvent d’imposer des conditions difficiles aux constructeurs sur un marché très concurrentiel.

R.ET.

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