Le Conseil d’État maudit le déménagement de la RTS

Médias Outre la défense de Genève, «l’équilibre des médias est nécessaire», défend Antonio Hodgers. L’Exécutif vient de le répéter à la SSR.

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D’ici à la fin 2019, le conseil d’administration de la SSR doit se prononcer sur un éventuel déménagement de l’actualité télévisuelle de la RTS de Genève à Écublens. Une «question majeure» pour le Conseil d’État qui maudit un tel scénario. Il l’a une nouvelle fois rappelé avec force dans un tout frais courrier adressé à Jean-Michel Cina, président du conseil d’administration de la SSR, à Berne. Un document officialisé ce mercredi lors de la séance hebdomadaire du gouvernement. Nous avons pu nous procurer ce document en primeur.

«Vu les retombées qu’aura cette décision pour notre canton, tant en matière économique que de positionnement stratégique, le Conseil d’État de la République et Canton de Genève accorde à ce dossier une très haute importance. Par la présente, nous tenons donc à vous réitérer notre ferme opposition à un éventuel départ de l’actualité télévisuelle hors de Genève», peut-on lire dans ce courrier.

Président du Conseil d’État, Antonio Hodgers s’émeut: «Genève vit avec le sentiment d’une trahison de la part de la RTS, car la connaissance d’un tel transfert s’est matérialisée au lendemain même de la votation No Billag. Soucieux de préserver la pluralité et la qualité de l’information, les Genevois s’étaient sérieusement engagés contre l’initiative No Billag visant à supprimer la redevance de la RTS. Belle façon de les remercier!» Le sentiment d’avoir été dupé dépasse le Conseil d’État, à entendre son président: «La population souhaite que l’esprit confédéral de la décentralisation demeure. Genève est financièrement solidaire avec le reste de la Suisse, il faut aussi que ça aille dans l’autre sens. A force d’agir ainsi la RTS va perdre toujours plus d’adhésion. Et sa redevance à la longue.»

Quelles économies?

Le gouvernement se dit une nouvelle fois conscient des réalités auxquelles est confrontée la SSR en matière budgétaire et intéressé aux discussions en cours sur l’aide à la presse. Mais, «un départ des ressources télévisuelles de l’actualité hors de notre canton se traduirait par des pertes que nous ne pouvons cautionner. Sur le plan de l’emploi, quelque deux cents postes seraient concernés. Pour ce qui est du positionnement stratégique, nous ne pouvons tolérer que la Genève internationale subisse une perte de substance.»

Le Conseil d’État en est convaincu: la couverture médiatique de Genève, deuxième ville de Suisse, et de son agglomération qui compte près d’un million de personnes, pâtirait de l’éloignement géographique du centre de production de l’actualité et par conséquent du 19 h 30. «Au nom de la diversité médiatique et d’une répartition équitable des médias au sein de l’arc lémanique, nous vous appelons donc à renoncer à un éventuel déménagement», répète le gouvernement dans sa missive envoyée à la SSR. Il s’interroge aussi sur la question des économies envisagées, la SSR n’ayant jusqu’ici pas été en mesure de démontrer par quels mécanismes ces dernières seront réalisées pour justifier la construction d’un nouveau bâtiment dans la région lausannoise, alors que le site de Genève tend à offrir des surfaces non-utilisées. «On peine à comprendre l’équation alors qu’on leur met gratuitement à disposition le terrain à Plainpalais, commente Antonio Hodgers. Et pourquoi vouloir bâtir un nouveau bâtiment flambant neuf à Écublens alors que la tour de la RTS a été rénovée à grands frais?»

Enjeux des régions

C’est peu dire que le mouvement de concentration que la RTS planifie déplaît fortement au gouvernement genevois: «Cela péjorera, quoi qu’on en dise, la capacité de vos journalistes, dès lors plus éloignés du terrain, à saisir avec la finesse nécessaire les enjeux qui se présentent dans les régions. Le mouvement d’homogénéisation et d’accélération du traitement de l’information est une tendance certes réelle, mais qui en regard commande au service public d’offrir une alternative plutôt que de réagir par un suivisme qui le condamnera à terme.»

Observant la disruption qui frappe de plein fouet la presse face au phénomène du numérique et du facteur d’immédiateté qui le caractérise, Antonio Hodgers en ajoute une louche: «Comment ne pas craindre un futur news room à l’américaine où tout se décide, se partage, se standardise à Écublens? Nous redoutons, en effet, une seule vision déconnectée du terrain avec perte de la diversité, cette subtilité, cette richesse locale. Un vrai risque pour la démocratie. Ce projet commercial développé par la RTS l’éloigne de sa mission de service public.» Le débat a d’ailleurs été porté à l’échelon fédéral par une série d’initiatives, de même que par l’initiative cantonale genevoise «Pour le maintien à Genève de l’actualité télévisuelle» (qui sera traitée en Commission des transports et des télécommunications le 11 novembre). Elles ont donné lieu à des discussions très nourries au Parlement sur la diversité et l’équilibre médiatiques dans notre pays.

«Cela laissera des traces»

Mais quels moyens a Genève d’empêcher ce déménagement? «Nous ne pouvons l’empêcher, cela relève du droit de l’entreprise SSR. Mais si la RTS s’obstine dans cette voie, cela laissera des traces durables dans les liens entre la RTS et Genève, prévient Antonio Hodgers. Ce n’est pas quelque chose d’anodin.» Notons que le groupement des Citoyens genevois, dans lequel figurent plusieurs élus et représentants du tourisme et de l’économie, partage les préoccupations du gouvernement: «Pour toutes ces raisons, nous vous appelons donc, ainsi que les autres membres du conseil d’administration de la SSR, à opter pour une solution respectueuse des besoins et des attentes de notre canton qui constitue l’un des pôles les plus dynamiques de développement de notre pays.»

Créé: 30.10.2019, 21h03

Étonnement à la RTS

«Je prends acte de cette lettre avec étonnement, réagit Pascal Crittin, directeur de la RTS. Nous avons participé à un groupe de liaison Canton-Ville-RTS durant l’été, avant de faire des propositions en septembre. Or, le Conseil d’État n’en dit mot.»Quelles propositions? «Entre autres, le développement d’un pôle médias public-privé sur la Genève internationale et d’un pôle de création digitale, un vrai vivier à Genève. Sans oublier que, s’il devait vraiment y avoir un transfert d’activités à Lausanne, Genève conserverait les magazines et le sport.» Pas tout à fait la même influence médiatique que l’actualité et le «19.30»… «Nous avons aussi dit aux autorités que nous sommes prêts à discuter du périmètre concernant l’actualité. À la fin, nous devrions compter deux sites équilibrés avec 900-950 personnes à Genève et 850-900 à Lausanne, indique Pascal Crittin. Nous projetons aussi de renforcer la couverture de l’actualité genevoise, et pour ce faire, nous venons de décider d’installer un nouveau studio polyvalent.» Le directeur de la RTS ne conteste enfin pas les 200 emplois en jeu et la possibilité de louer des locaux dans la tour de la télévision, en cas de déménagement à Écublens. Mais «nous n’avons pas d’approche commerciale. Nous envisageons de valoriser des surfaces en les louant à des acteurs proches de nos activités.» L.B.

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