Le Conseil œcuménique est un «pacificateur» d’Églises

ReligionCette ONG est à l’origine de la venue du pape à Genève. Discrète, elle a contribué à nouer le dialogue entre les Églises.

Le centre oecuménique des Eglises. Photo d'illustration

Le centre oecuménique des Eglises. Photo d'illustration Image: Steeve Iuncker Gomez

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La venue du pape François à Genève le 21 juin fait les gros titres de l’actualité. Et braque les projecteurs sur le Conseil œcuménique des Églises (COE). Car c’est lui qui a invité le souverain pontife et va l’accueillir dans ses locaux de la route de Ferney, au Grand-Saconnex. On connaît de cette ONG les grandes lignes, «un organe qui regroupe 350 Églises (protestantes, orthodoxes, luthériennes, entre autres) et représente plus de 500 millions de chrétiens». Mais que sait-on de son action et de son histoire? Éclairage avec Michel Grandjean, professeur d’histoire du christianisme à l’Université de Genève et théologien protestant.

Dans quel contexte a été créé le Conseil œcuménique?

Le mouvement œcuménique a été la grande affaire des Églises européennes dans l’entre-deux-guerres. Le régime nazi puis la guerre ayant interdit les relations que les Églises protestantes d’Allemagne avaient avec leurs consœurs de l’étranger, il a fallu attendre la fin du conflit pour fonder officiellement le COE. Ce fut finalement fait à Amsterdam en 1948.

Comment qualifier les relations entre les Églises à ce moment-là?

Ces relations étaient marquées par des différences confessionnelles et politiques puisqu’on sortait de la Deuxième Guerre mondiale. Le COE fut ainsi l’un des instruments de la reconstruction de l’Europe et du monde. Avec l’entrée de l’Église orthodoxe russe en 1961, il a même été l’une des plus importantes ONG de l’époque de la guerre froide qui permettait des liens entre l’Est et l’Ouest.

Comment résumeriez-vous le rôle du Conseil?

Une plateforme d’échanges entre Églises et cultures, entre le Nord et le Sud, qui n’est – pas plus que d’autres organisations d’ailleurs – pas toujours parvenue à éviter le noyautage par des apparatchiks et où on n’a pas toujours su éviter le bavardage politico-ecclésiastique. Mais cette plateforme joue un rôle important en tant qu’ONG et travaille au dialogue entre les Églises, notamment grâce à l’Institut œcuménique de Bossey, où sont formés femmes et hommes d’Église de toute la planète.

La création du COE était-elle pertinente? A-t-il apporté une réelle contribution à l’œcuménisme?

Oui, sans hésitation. Le temps des guerres de religion était certes passé mais on évitait tout contact avec des gens de l’autre confession. Dans le canton de Genève, jusque dans les années 50, on savait quel boulanger était protestant ou catholique, et on évitait d’aller acheter son pain chez lui… Le fait que le COE a su faire valoir l’exigence œcuménique a eu une incidence bénéfique sur l’Église catholique romaine, puisque le concile de Vatican II s’est lui aussi ouvert, dans une mesure moindre mais réelle, à la pluralité confessionnelle. Avec, ensuite, la réconciliation entre Rome et Constantinople en 1965 lorsque Paul VI et le patriarche orthodoxe Athénagoras ont mis fin à l’excommunication réciproque des deux Églises.

On peut aussi relever que c’est grâce au COE que se sont construites des relations pacifiées entre Églises d’Europe et du «tiers-monde», à l’âge de la décolonisation. Et c’est grâce à lui, entre autres acteurs, que le scandale de l’apartheid en Afrique du Sud a pris fin. Après sa libération, Nelson Mandela est d’ailleurs venu remercier le Conseil à Genève pour son engagement contre la ségrégation raciale (ndlr: Le COE avait instauré un Programme contre le racisme. Il œuvre aussi, entre autres, pour la réunification de la Corée et les droits de l’homme en Amérique latine).

Aujourd’hui, le COE a-t-il toujours un rôle à jouer?

Le dialogue a été établi de haute lutte mais la machine s’est un peu mise à ronronner. Le COE n’est plus perçu par ses Églises membres comme la priorité des priorités… On en veut pour preuve ces mètres carrés du siège de la route de Ferney désormais loués à d’autres ONG. C’est fâcheux car il est aujourd’hui des défis que toutes les traditions chrétiennes doivent relever. Le plus important étant probablement de combattre les fanatismes religieux. (TDG)

Créé: 16.05.2018, 20h14

Participer au COE, oui mais être membre, non

Le pape vient à Genève sur l’invitation du Conseil œcuménique des Églises (COE) et débutera sa journée dans ses locaux. Un signal fort en faveur de l’œcuménisme. Ce alors que l’Église catholique a toujours refusé de devenir membre du COE… Elle collabore certes avec l’organisme, et ses délégués participent à des commissions depuis 1963. Mais pas d’adhésion formelle. Pourquoi? «Les rapports ont été frais dans les débuts, rapporte Mgr Charles Morerod, évêque du diocèse de Genève, Lausanne et Fribourg. Mais ils se sont fortement réchauffés depuis les années 60.» Parmi les raisons invoquées pour justifier le refus, il indique «qu’on a évoqué notamment des difficultés numériques dans un Conseil où les délégations sont proportionnelles au nombre de membres des Églises». Avec son milliard de fidèles, l’Église catholique pèserait trop lourd au sein du COE, entraînant un déséquilibre, au dire de certains. Pour l’évêque, «la question de fond est plutôt celle de deux conceptions de l’unité: voulons-nous une unité plutôt «parlementaire» ou assurée par le lien avec le pape?» D’aucuns soutiennent que ce refus est lié au fait que l’Église catholique ne reconnaît pas officiellement les autres Églises… «Le document sur l’œcuménisme du Concile Vatican II est articulé sur la distinction entre «Églises» – orthodoxes – et «communautés ecclésiales» – protestantes. Cette distinction est liée à la manière dont ces Églises présentent les ministères et l’eucharistie. Il ne faut pas en déduire que ce document ne les reconnaît pas, au contraire. Et cela n’a rien à voir avec la non-appartenance au COE.»

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