Les comptes 2019 sont très bons, mais la suite fait peur

État de GenèveL’année 2019 se boucle avec un excédent de 188 millions de francs. Il faut en profiter car 2020 sera catastrophique.

Pour la conseillère d’État Nathalie Fontanet, le résultat 2019 est bon mais ne suffira pas.

Pour la conseillère d’État Nathalie Fontanet, le résultat 2019 est bon mais ne suffira pas. Image: Keystone

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Dans le marasme actuel, il ne faut pas bouder sa joie quand une bonne nouvelle arrive. C'est le cas avec les comptes 2019 du Canton, qui affichent un excédent de 188 millions de francs, alors que le budget anticipait 28 millions. L'année dernière, les charges se sont élevées à 8,710 milliards et les revenus à 8,898 milliards.

Lucide, Nathalie Fontanet prévient toutefois que 2020 sera d'un autre tonneau. Car si les effets de la réforme de l'imposition des entreprises, de celle des subsides d'assurance maladie et de la Caisse de prévoyance de l'État étaient prévus, personne ne pouvait envisager le cataclysme que provoque la pandémie, lequel va inévitablement se répercuter, en sus, sur les finances publiques.

Un impôt en recul

Concernant 2019, ce sont avant tout des rentrées fiscales supérieures aux estimations qui expliquent la différence par rapport au budget. Mais attention, il n'y a pas de quoi pavoiser: l'augmentation est due en grande partie à des correctifs et rectifications des années antérieures, ainsi qu'à un versement supplémentaire de 39 millions de la Banque nationale suisse (BNS).

En réalité, l'imposition des personnes morales (les entreprises) diminue de 133 millions (-7,5%) par rapport aux comptes 2018. Cette baisse est toutefois plus que compensée par les personnes physiques, dont l'impôt rapporte 293 millions de plus qu'en 2018.

Au sujet des entreprises, Nathalie Fontanet nuance: «S'il est vrai qu'il y a une baisse des personnes morales par rapport aux comptes 2018, il y a quand même une hausse par rapport au budget 2019. En effet, la principale explication vient d'une croissance du PIB exceptionnelle en 2018, alors qu'elle a été plutôt morose en 2019.»

Dépenses maîtrisées

L'évolution des charges de l'État, elle, est satisfaisante. Certes, celles-ci augmentent de 122 millions (+1,4%) en regard du budget, mais cela est imputable à deux éléments imprévus: le versement rétroactif de l'annuité 2016 à la fonction publique suite à une décision de justice (+51 millions) et une dépréciation de 43 millions des immeubles destinés à être transférés à la future Fondation Praille-Acacias-Vernets.

Pour ce qui est des charges réellement sous contrôle du Conseil d'État, le résultat est meilleur. Ainsi, les dépenses de personnel sont inférieures de 15 millions au budget, alors que les charges de fonctionnement le sont de 11 millions.

En d'autres temps, la classe politique aurait accueilli avec satisfaction les résultats de l'exercice 2019. Ce n'est pas le cas car la chute sera brutale dès cette année. Ce que ne cache pas le Conseil d'État. «Ce résultat reste insuffisant pour faire face aux implications financières des réformes à moyen terme, ainsi qu'aux conséquences de la crise sanitaire et économique que nous connaissons actuellement», avertit le gouvernement. Le budget 2020 affiche déjà un déficit de 584,5 millions.

Une grande incertitude

«Il est évident que la crise sanitaire liée au coronavirus est aussi une crise économique qui aura des conséquences majeures sur les finances publiques, commente Nathalie Fontanet. La croissance économique en 2020 sera certainement négative à Genève, comme partout dans le monde.»

Mais la suite n'est pas écrite: «À ce jour, nous ne savons pas combien de temps cette crise va durer ni quels vont être le mode et l'ampleur de l'intervention de la Confédération et de la BNS, poursuit la conseillère d'État. Il est donc trop tôt pour envisager les conséquences pour les finances cantonales genevoises. Nous suivons évidemment la situation de près et œuvrons au maintien des liquidités nécessaires.»

Des économies à trouver?

Face au marasme financier à venir, le Conseil d'État annonce qu'il poursuivra la recherche d'économies et d'efficience à laquelle il s'est engagé «afin d'être en mesure de faire face de la façon la plus adaptée aux conséquences de la crise sanitaire et économique actuelle». Une déclaration qui fait craindre à certains un tour de vis dans la fonction publique, voire la suppression de prestations.

Interrogée à ce sujet, la responsable des Finances précise le message du gouvernement: «Le Conseil d'État a toujours considéré que la recherche d'efficacité et d'efficience n'a pas pour but de supprimer ou de diminuer les prestations dont la population a besoin, mais bien d'améliorer ses processus internes, d'optimiser la répartition des tâches avec les communes ou de supprimer des tâches ou activités inutiles.» Et de conclure: «La crise financière qui s'annonce rend nos démarches d'efficience encore plus nécessaires.»

Créé: 26.03.2020, 18h33

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