Les compagnies du Golfe règnent sur le fret aérien

Genève Aéroport Emirates, Etihad et Qatar Airways accaparent la moitié des cargaisons à Cointrin. Reportage dans le centre de fret de l’aéroport, discret mais toujours plus important.

Béton et conteneurs: le trafic de marchandises s’intensifie au centre de fret de l’aéroport. LUCIEN FORTUNATI

Béton et conteneurs: le trafic de marchandises s’intensifie au centre de fret de l’aéroport. LUCIEN FORTUNATI

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Autoroute A1, à la hauteur de Cointrin. Quand les automobilistes passent sous la halle 6 de Palexpo, érigée en 2003, ils ne voient plus l’aéroport. Difficile de remarquer aussi, côté tarmac, un autre monstre rectangulaire construit quinze ans plus tôt, en 1988: la halle de fret de l’aéroport, 24 000 m2 de béton.

Elle est invisible mais elle joue un rôle économique toujours plus important et les projecteurs sont braqués sur elle depuis que Pierre Maudet est soupçonné – rien n’est prouvé – d’avoir usé de son influence pour favoriser l’octroi d’une concession à Dnata, le leader du fret aérien dans le canton.

Un coin du bâtiment est en chantier. Des travaux qui doivent renforcer le pôle de compétence sur les pièces à haute valeur ajoutée associé à l’endroit. Les douanes doivent inaugurer en décembre un centre de contrôle des métaux précieux (qui intégrera notamment celui qu’elles avaient jusqu’à présent près de la gare). Onze scientifiques ou spécialistes en pièces luxueuses y travailleront. Et ils auront fort à faire.

Swissport et Dnata

Les bijoux et les pièces horlogères représentaient, en valeur l’an dernier, 80% des exportations et près de 70% des importations genevoises, selon les douanes. Des marchandises qui se sont écoulées d’abord en Europe, puis en Asie (dont un quart au Moyen-Orient) et outre-Atlantique. Pour près de 16 milliards de francs.

Une grosse partie d’entre elles ont transité par les portes rideaux du centre de fret de Cointrin dans des caisses immortalisées par ses caméras. Une zone de transit que Genève Aéroport a accepté de nous faire visiter à condition qu’on ne prenne aucune photo des employés ni des logos.

Deux panneaux donnent le ton sur le quai des livraisons. L’un dresse la liste des clients de Swissport (26 compagnies, de Kuwait Airways à Air China et United), l’autre de Dnata. La filiale d’Emirates s’occupe du cargo de sa maison mère, d’Ethiopian Airlines, British Airways, Etihad, de quarante transporteurs en tout.

Ces poids lourds se chargent des marchandises sur le tarmac. À eux deux, ils servent toutes les compagnies aériennes à Cointrin, même les appareils tout cargo de DHL Express, Fedex TNT et UPS.

À l’intérieur, un couloir pour Dnata, un autre pour Swissport. Ils donnent sur un corridor, tellement long et droit qu’on le surnomme les Champs-Élysées. Il longe un étalage de frigidaires, 400 m2 de chambres froides où l’on stocke le fret périssable, des homards américains aux crevettes asiatiques en passant par médicaments et dépouilles. Une zone dévolue aux produits pharmaceutiques sera inaugurée en 2020.

Dans le hangar principal, des cartons sont empilés sur des palettes. Des rayonnages et des conteneurs conçus pour se caler dans les soutes complètent l’arsenal. Des chariots transportent des conteneurs rouges. «Emirates», peut-on lire. Le premier client fret de l’aéroport.

Le groupe émirien s’est lancé dans le canton avec une desserte quotidienne en juin 2011. Cinq ans plus tard, un gros-porteur supplémentaire lui permet de relier Genève à Dubaï deux fois par jour. Il domine depuis le marché cargo. Devant son compatriote Etihad, Swiss et Qatar Airways.

Les compagnies du Golfe – émiriennes surtout – grappillent plus de la moitié du marché, en volume. Easyjet, qui domine outrageusement celui des passagers, ne joue aucun rôle ici.

D’abord les long-courriers

En valeur, les Emirats arabes unis sont le septième pays partenaire des exportations genevoises, selon l’Office cantonal de la statistique. On n’y écoule quasi que des bijoux et des pièces horlogères. Par ailleurs, on en fait venir de l’or, souvent destiné à être fondu dans des raffineries tessinoises.

«Un produit à forte valeur ajoutée a tendance à plus prendre l’avion car le coût du transport est dilué», selon Samer Jrab, cargo manager à Genève Aéroport. «Être à proximité de l’autoroute, c’est un atout, ici tout est plus rapide que dans d’autres centres de fret, ajoute-t-il. Le temps de consignation est court, il peut être ramené entre 90 et 240 minutes en général, avant que la marchandise ne soit chargée dans l’avion.»

Sur les petites distances, le transport de cargo se fait toujours plus par la route, une question de coût; le bateau ou l’avion tendent à être privilégiés sur des trajets de mille kilomètres ou plus. De Genève, les marchandises partent ou proviennent du coup surtout hors de l’Union européenne, en Asie, en Amérique, au Moyen-Orient. L’arrivée en juin d’Ethiopian Airlines devrait stimuler les échanges avec l’Afrique. «L’aéroport vise le développement des lignes long-courriers», indique Samer Jrab.

Baromètre fiable

À Genève, outre les objets de valeur, le cargo exporté se divise en trois catégories: arômes et parfums (Firmenich et Givaudan ont des usines dans le canton), pièces détachées pour machines et fret humanitaire. En sens inverse, on voit également passer des composants électroniques et des produits périssables.

Mille personnes travaillent sur place. Des salariés de Dnata et de Swissport à la cinquantaine de société de transitaires, l’équivalent des agences de voyages pour les passagers, mais pour le cargo. Si Rolex veut acheminer un paquet de montres en Chine, il mandatera l’une d’entre elles. Si l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés vole au secours des Indonésiens, un transitaire lui organisera un trajet rapide.

L’an dernier, près de 89 000 tonnes de fret sont passées par Genève Aéroport. C’est moins qu’à Bâle-Mulhouse et à Zurich, mais ça reste un record (voir infographie). Beaucoup voient en ces échanges un baromètre de la conjoncture. Discret, mais fiable et, ces dernières années, positif. (TDG)

Créé: 15.10.2018, 07h14

Quatre chiffres

49,6%: La part de marché au fret à Cointrin d’Emirates, Etihad et de Qatar Airways réunis. Les transporteurs du golfe jouent un rôle clé. Parmi eux, on peut ajouter Kuwait Airways, Middle East Airlines, Saudi Arabian Airlines, Oman Air ou Royal Jordanian Airlines. Tous présents à Genève.

Mille personnes travaillent au fret de Genève Aéroport. Qu’ils soient employés par Dnata ou Swissport, les entreprises d’assistance au sol, des transitaires ou des compagnies. Trois salariés de Genève Aéroport, propriétaire des murs, y ont également un bureau.

80%: En valeur, la part des bijoux et des pièces horlogères dans les exportations du canton en 2017.

1%: Le nombre des colis qui sont physiquement contrôlés par les douanes. Sur cent envois, dix sont «formellement» contrôlés, sur la base d’une analyse de risque. Sur ces dix, un seul est «matériellement» contrôlé, selon les douanes.

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