Un comité est lancé pour soutenir les anciennes élèves abusées

Affaire RamadanLes propos de Me Bonnant, avocat de Tariq Ramadan, sidèrent des personnes qui veulent soutenir les victimes.

Anne Marie von Arx, figure de la lutte contre la traite des êtres humains, porte le comité.

Anne Marie von Arx, figure de la lutte contre la traite des êtres humains, porte le comité. Image: Patrick Gilliéron-Lopreno

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«Débusquer les quatre accusatrices.» Les propos tenus mercredi dans nos colonnes par Me Marc Bonnant, l’un des défenseurs en Suisse de Tariq Ramadan, scandalisent. Des personnalités genevoises de divers milieux ont décidé de lancer un comité citoyen de soutien à «celles qui ont osé briser l’omerta». L’une des quatre Genevoises visées confie être touchée par la démarche.

«Le respect de la présomption d’innocence de Tariq Ramadan doit s’accompagner du respect de la parole des femmes qui disent en avoir été victimes», déclare Anne Marie von Arx. Cette figure de la lutte contre la traite des êtres humains maîtrise son sujet. «J’ai vingt ans d’expérience dans le soutien aux victimes. Je sais qu’elles craignent que leur parole soit étouffée parce qu’elles seront tournées en dérision ou disqualifiées par la partie adverse. C’est la stratégie de l’abuseur. Voilà pourquoi nous voulons soutenir ces femmes.»

«Une traque aux victimes»

La députée PDC a donc réagi au quart de tour avec l’ancienne conseillère nationale verte Fabienne Bugnon pour lancer un comité de soutien aux Genevoises visées. Ce groupe se veut apolitique, ouvert aux femmes comme aux hommes. En cours de constitution, il réunit pour l’heure des personnes engagées dans les droits humains, mais aussi des politiques, des artistes, des acteurs du milieu social et des fonctionnaires du Département de l’instruction publique (DIP).

Première mobilisée, Franceline Dupenloup, responsable de l’égalité au DIP, qui s’exprime en son nom, dénonce «une défense cynique visant à terroriser les victimes» et des «manœuvres d’intimidations qui pourraient avoir des conséquences dramatiques sur d’autres», empêchant alors de libérer leur parole. Les personnes abusées sexuellement ne sont pas toujours en position de dénoncer les faits. «Le système va à l’encontre des intérêts des victimes», déplore la fonctionnaire. Elle cite un exemple: «Quand un agresseur sexuel est interrogé par la police, il est accompagné d’un avocat commis d’office. Celui-ci l’incite parfois à mentir pour réduire sa peine et la victime n’a que ses yeux pour pleurer!»

«Victime deux fois»

Informée par nos soins de cette initiative, qui se veut «emblématique», l’une des quatre anciennes élèves de Tariq Ramadan est émue. «C’est touchant et remarquable que des personnes non concernées par cette affaire défendent des valeurs», exprime Léa*. La Genevoise avait 14 ans lorsque Tariq Ramadan, alors professeur de français, a tenté de la séduire et l’a menacée verbalement. Elle a aujourd’hui la désagréable impression de revenir plus de vingt ans en arrière. «Tariq Ramadan m’avait dit de garder le silence, mais comme j’en avais parlé autour de moi, il m’avait intimidée. Maintenant c’est au tour de ses avocats de pratiquer l’intimidation.» Cette situation paradoxale l’inquiète un peu. Par crainte de représailles, la mère de famille, occupant un poste à responsabilité, parle sous couvert de l’anonymat. «Je ne tire aucun bénéfice personnel à témoigner. J’ai voulu dire que j’ai vécu quelque chose d’injuste, d’anormal dans le rapport élève-professeur. J’ai parlé pour rendre justice à l’ado que j’étais à l’époque. Et pour soutenir celles qui ont vécu la même chose à Genève ou ailleurs. Je ne défends aucune cause, si ce n’est le fait que cela ne se reproduise pas pour d’autres, confie-t-elle avec émotion. On veut faire de moi le bourreau de celui qui était le mien. Je ne veux pas être victime deux fois!»

Les accusations des quatre Genevoises, appuyées par d’autres témoignages, ont eu l’effet d’une bombe à Genève. Pas seulement parce que l’homme mis en cause n’est autre qu’un célèbre islamologue controversé, mais aussi parce que les failles de l’institution genevoise apparaissent au grand jour, des années après. Un ancien élève affirmait mercredi dans nos colonnes avoir donné l’alerte sur les agissements du professeur au début des années 90, sans que la direction du Collège de Saussure ne réagisse (notre édition du 8 novembre).

Dans ce contexte, la défense s’organise en Suisse. Deux ténors du barreau genevois, Mes Yaël Hayat et Marc Bonnant, aux profils radicalement opposés de Tariq Ramadan, s’apprêtent à déposer une plainte contre X pour diffamation.

* Identité connue de la rédaction (TDG)

Créé: 10.11.2017, 08h47

«Une campagne de diffamation»

La Ligue des musulmans de Suisse, réunissant 150 membres dans près de dix cantons, réagit vivement aux plaintes pour viol déposées en France contre l’islamologue Tariq Ramadan et aux accusations d’anciennes élèves genevoises du professeur. Dans un communiqué adressé à la Tribune de Genève par l’un de ses membres et frère de l’intéressé, Hani Ramadan, l’association «condamne la campagne de diffamation contre Tariq Ramadan». La Ligue des musulmans de Suisse dénonce la «calomnie dirigée contre le professeur Tariq Ramadan à la suite de graves accusations portées contre lui ainsi que le harcèlement par certains médias ne tenant aucun compte de la présomption d’innocence et des principes les plus fondamentaux de l’éthique journalistique». Et de poursuivre: «L’exploitation de nobles causes, comme la défense des victimes potentielles, afin de régler des comptes avec des adversaires est un acte lâche.» La Ligue des musulmans de Suisse «apporte son plein soutien au professeur Tariq Ramadan, lui renouvelle sa confiance». Elle «rappelle les valeurs et les principes moraux humains et condamne toutes les attaques contre tout être humain», tout en condamnant «fermement les agressions sexuelles pratiquées contre des milliers de femmes à travers le monde». C’est pourquoi un comité de soutien composé de femmes et d’hommes «libres» va être formé «pour soutenir le professeur Tariq Ramadan, briser le mur du silence et condamner la diffamation médiatique». Contacté, le président Mansour Ben Yahia insiste sur «la présomption d’innocence». S.R.

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