Le combat à l’épée médiévale séduit toujours plus de Genevois

SociétéLa discipline mêle recherche historique et pratique martiale. Reportage lors d’un entraînement.

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«No hipsters, just fighters» («pas de frimeurs, juste des guerriers») . Ce message inscrit sur le tee-shirt d’un participant annonce la couleur. Ici, on est sérieux. On pratique les Arts martiaux historiques européens (AMHE) par passion, pas pour le style. Le GAG Schola, club genevois composé surtout d’étudiants, se réunit tous les jeudis pour l’entraînement. La discipline, en plein essor dans le canton, compte environ cent cinquante Genevois dans ses rangs. Soit deux fois plus que l’an passé.

Un savant mélange de recherche et de pratique martiale compose ce sport étonnant, qui est apparu pour la première fois à Genève en 2004.

Venu du XVe siècle

Le maniement d’armes médiévales se pratique en effet à la lumière des textes originaux, manuscrits datés du XVe siècle. Ces «Livres de combat», écrits par les maîtres de l’époque, prenaient gentiment la poussière au fond des bibliothèques depuis la mort de la discipline. C’était sans compter sur l’intérêt d’une bande d’historiens européens passionnés, qui redécouvrent ces recueils il y a environ vingt ans. S’organisent alors des groupes, pour déchiffrer ces manuscrits et les mettre en pratique.

Les débuts sont chaotiques. «C’était un peu underground, révèle Daniel Jaquet, aujourd’hui président de la Fédération internationale d’AMHE et instructeur au GAG Schola. On s’entraînait avec des bâtons, des gants de hockey et des masques d’escrime.» Le sport se développe et trouve petit à petit son public. Six clubs existent actuellement à Genève. «Vu de l’extérieur, on fait tous la même chose. Mais pour les connaisseurs, chaque groupe est catégorisé.»

«Guerre des gangs»

C’est qu’il existe plusieurs manières de pratiquer le maniement de l’épée. Application fidèle des textes anciens pour certains, costumes et folklore pour d’autres. Les clubs se divisent. «En 2009, c’était la pagaille, raconte Daniel Jaquet. C’était presque une guerre des gangs entre étudiants des différents «maîtres». Ce terme n’existe pas au GAG Schola, notamment pour ça.» L’idée de créer une fédération suisse naît de ce climat de tension, pour «mettre de l’ordre» parmi les clubs et empêcher les groupes moins sérieux de se réclamer de la discipline. Daniel Jaquet, docteur en histoire médiévale, prend la tête du projet.

«Nous sommes un groupe de recherche historique. Notre objectif: donner aux élèves la capacité de comprendre les manuscrits et développer physiquement les techniques. Les sources, accessibles aux amateurs, sont des documents publics. Nous travaillons ensemble pour les déchiffrer. Un maître autoproclamé qui dispense des cours très chers fait du mal à la branche.» Compter entre 120 et 260 francs par semestre, selon les clubs.

Maîtres et costumes

La notion de maître a pourtant du sens pour d’autres, à l’instar du Genève Combat club. Comme le raconte son président, Yasha Araeipour, le titre peut être obtenu uniquement d’un autre maître. «La généalogie de mon maître d’armes, fondateur du club, remonte jusqu’au Moyen Age. L’enseignement s’est transmis.»

La question des costumes oppose aussi les groupes. «On concentre nos forces pour garder la couleur de la recherche, annonce Daniel Jaquet. Nos épées sont des répliques exactes des armes d’entraînement médiévales, on ne se déguise pas en D’Artagnan pour vendre du rêve. Nous ne sommes pas un fight club médiéval.» Genève Combat club participe, lui, à des événements où le costume est de mise, notamment aux Médiévales d’Andilly.

Costumes et fournitures intriguent d’ailleurs le spectateur amateur. Où se procurer une épée d’entraînement médiévale? Genève Combat club fabrique les siennes, le fondateur étant aussi forgeron. Le GAG Schola se fournit auprès d’un spécialiste hongrois, après «une mauvaise expérience» avec d’un marchand coréen. Le prix de ces épées d’entraînement oscille entre 200 et 600 francs.

Malgré ces divergences, un dénominateur commun unit les clubs: la passion. Mais là encore, elle n’a pas toujours la même origine. Yasha Araeipour s’intéressait au self-défense. Le maniement d’épée est arrivé un peu par hasard. «Je cherchais un sport de défense. J’ai rencontré mon maître d’arme dans une convention. En voyant ses épées, ses boucliers, j’ai d’abord ri. Puis j’ai trouvé le sport très efficace. La philosophie du combat à l’épée m’a beaucoup apporté.»

Daniel Jaquet est tombé dans la marmite de manière plus classique. «Quand j’étais petit, je voulais devenir chevalier. J’ai voulu en savoir plus, j’ai donc fait de l’histoire médiévale mon champ d’étude universitaire. Je me bats aujourd’hui contre les clichés sur le Moyen Age, véhiculés notamment par le cinéma. Non, une épée ne pèse pas une tonne, et les maîtres d’arme n’étaient pas des brutes.»

Le GAG schola a vu son nombre d’élèves doubler cette année. Le Genève combat club a, lui, gagné 25 membres en deux ans. Internet a permis à la communauté de s’élargir. Croiser le fer serait-il en passe de devenir le fitness de demain? (TDG)

Créé: 03.05.2015, 21h53

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