Cologny lâche des millions pour rénover ses cafés

Restaurants communauxLa Commune injecte près de 2 millions à La Closerie et 1,2 million au Lion d'Or. Et résilie le bail du Passing.

En haut, Le Passing est au centre d’un bras de fer entre la gérante et la Commune.

En haut, Le Passing est au centre d’un bras de fer entre la gérante et la Commune. Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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Dans «La montagne sacrée», œuvre du Chilien Alejandro Jodorowsky, les Aztèques sont représentés par des iguanes. Lourds, fiers et immobiles, ils sont attaqués puis chassés du pouvoir par des conquistadors plus agiles, déguisés en crapauds. À Cologny, une des communes les plus huppées du canton, le pouvoir est pour l’heure solidement tenu par le PLR. Et le mouvement Hors-Partis (HP), l’unique autre formation politique, conteste à peine sa suprématie. Mais rien ne semble perturber ce coteau magique. Pourtant, en octobre dernier, des membres du Conseil municipal se sont étonnés des conditions dans lesquelles s’est déroulé le financement de la rénovation de La Closerie, toujours en travaux.

Surplus de 900'000 francs

Cologny regroupe cinq restaurants, dont quatre sont situés dans des bâtiments possédés par la Commune: le Lion d’Or, le plus renommé; La Belotte, qui a ouvert ses portes le 1er février; Le Passing, qui profite du quartier en expansion de la Gradelle; La Closerie, un restaurant italien haut de gamme niché place du Manoir. Le cinquième, qui se nomme 4, 5, 6 Cueillir des Cerises, est abrité chez un propriétaire privé. Laurent Claeysen le gère, avec sa femme. Sa clientèle? Populaire. Composée essentiellement des techniciens, jardiniers et artisans du bâtiment qui s’arrêtent pour le café – ou la bière – au moment de la pause matinale. Ou à midi, pour manger le plat du jour.

Les travaux à La Closerie, eux, coûtent près de 2 millions de francs. Photo: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

Cologny sait se montrer généreuse avec les quatre autres établissements. Elle les chérit. Les cajole. Un crédit de 1,9 million de francs a ainsi été voté il y a trois mois pour rénover La Closerie. Mais avant qu’il ne soit accepté, cet objet a donné lieu à une âpre discussion. Conseiller municipal HP, Alain Gervaix s’est étonné que le bureau d’architectes qui a remporté le mandat ait d’abord proposé de réaliser les travaux pour 1,5 million de francs. Histoire de damer le pion à un concurrent qui avait soumis un devis à 1,9 million de francs. Presque une semaine avant le vote d’un préavis, l’architecte en charge des travaux est arrivé avec un projet à 2,4 millions de francs. Ce surplus de 900'000 francs est mal passé. Alain Gervaix s’en est étranglé. Et il a refusé de voter. Effectuant alors un rétropédalage pour décrocher tout de même le jackpot, l’architecte a revu son projet à la baisse.

La conseillère municipale Brigitte Satorre s’est déclarée pour sa part «estomaquée» par le déroulement de ce processus. Cette membre du PLR n’a pas compris «comment il a été possible d’arriver à un tel dépassement» du budget. Elle pense que la diminution est la conséquence d’un bricolage afin de faire rentrer le projet dans le budget. «C’est un architecte, il devrait connaître les coûts de ses prestations au moins un peu plus précisément. Il a perdu toute crédibilité à mes yeux.»

Silence radio du maire

Et qu’en pense le maire, Bernard Girardet, justement en charge des bâtiments communaux? Où en sont les travaux? Sont-ils toujours réalisés par ce bureau d’architectes? En est-il satisfait? Quand le restaurant ouvrira-t-il ses portes? Est-il exact que les travaux ont pris du retard à cause d’autres travaux réalisés non pas dans le restaurant mais dans l’immeuble? Silence radio. Invoquant «un emploi du temps très chargé», cet homme politique chevronné, qui siège à l’Exécutif depuis 2011, n'a pas souhaité, dans un premier temps, jeudi au moment où les pages de la «Tribune» étaient en phase de bouclage, répondre à ces questions. La rénovation de l’établissement, a indiqué le maire vendredi, a pris du retard sur le planning initial. Pourquoi? «Pour diverses raisons (tenue du marché de Noël sur la place du Manoir, fermeture de fin d’année…) mais pas à cause de travaux réalisés dans l’immeuble». Selon ce magistrat, La Closerie devrait à nouveau ouvrir ses portes en septembre, pas avant. Est-il satisfait de l’avancée des travaux? Prudent, Bernard Girardet attend la fin de la rénovation avant de s’exprimer.

Avec sa terrasse offrant une vue imprenable sur la rade, Le Lion d’Or est l’un des restaurants les plus prisés du canton. En 2019, cet établissement également propriété de la commune a été rénové pour 700'000 francs. Selon Bernard Girardet, 480'000 francs sont aussi prévus, pour le bistrot attenant, et agendés pour le mois d’octobre. En totalité, la commune aura donc investi en deux ans 1,2 million de francs pour redonner du lustre à ce restaurant, et le mettre au goût du jour.

«À la demande des Conseillers municipaux, signale encore le maire, les baux des restaurants sont en cours de révision par la commission des finances. Cette volonté communale de révision a reçu l’aval des tenanciers du Lion d’Or et de la Closerie.»

Changement de décor. Nous voilà à l’autre bout de la commune. Au sud, juste à la frontière avec Chêne-Bougeries. Les vastes propriétés d’antan ont cédé la place à de beaux immeubles. Un autre restaurant, Le Passing, trône au milieu des terrains de tennis. Élégante Française d’origine marocaine, Souad Ben Mohamed a repris ce fonds de commerce en mars 2019. Le précédent propriétaire, l’homme d’affaires Alain Mouawad, n’y trouvait plus son compte. Il a jeté l’éponge. «Au début, cela a été très dur, confie-t-elle en surveillant Cookie, son petit chien. J’ai tout de suite senti que je dérangeais des gens qui avaient pris leurs habitudes.» Les échanges sont parfois vifs avec des membres du club de tennis. Une sorte de match Nadal contre Federer. Le premier étage du Passing, qui peut se privatiser, excite les convoitises. «Un jour, une bande d’amis a réservé les lieux, indique la gérante. Je leur ai réclamé 100 francs. C’était trop pour eux. J’ai alors accepté de leur laisser cet espace pour 50 francs. Ils m’ont prise de haut. J’ai finalement décidé d’annuler leur événement. Ils n’étaient vraiment pas contents. Et ils sont allés se plaindre à la mairie.»

Française en colère

D’autres plaintes ont été adressées à Bernard Girardet. «Fin juin, le maire de Cologny est venu avec la police et une lettre de résiliation du bail», raconte Souad Ben Mohamed. Qui est sidérée par cette irruption, au milieu de sa clientèle. Une séance de conciliation face au Tribunal des baux et loyers est agendée. Elle capote. Avocat de la gérante, Pascal Pétroz a contesté la résiliation. Le litige couvait. Il éclate aujourd’hui au grand jour. Pourquoi la Mairie a-t-elle mis fin à ce contrat? Était-il vraiment nécessaire de débarquer dans le restaurant en étant escorté par les forces de l’ordre municipales? La Française Souad Ben Mohamed est en colère: «On me rend la vie impossible. La Mairie a fait enlever des pots de fleurs. Des ouvriers viennent faire exprès du bruit entre 12h et 14h30. Mais je ne vais pas me laisser faire!» Soulignant qu’une «procédure est en cours» entre la commune et les gérants du Passing, Bernard Girardet ne souhaite pas s’exprimer en l’état sur ce litige.

Le 15 mars, les électeurs de la colline sacrée sont appelés aux urnes. Mais la configuration politique ne sera pas chamboulée. On jasera sur les affaires communales, c’est sûr. Discrètement, pour ne pas nuire à l’image du village. À Cologny, comme dans toute bonne famille, le linge sale se lave stores baissés, au sein du clan. Les débats enfiévrés sont confinés dans les demeures bourgeoises. Dans les restaurants, les critiques seront à peine audibles par les clients de la table voisine.

Créé: 07.02.2020, 16h28

L’essentiel

Rénovation Un architecte aurait gonflé son devis pour exécuter des travaux.

Litige La nouvelle gérante du Passing se bat pour exploiter son restaurant.

Mutisme En charge des bâtiments, le maire n’a pas le temps de répondre aux questions.

Élection tacite

La répartition des sièges au sein de l’Exécutif ne va pas varier. L’élection sera tacite. Les deux PLR sortants, Bernard Girardet et Catherine Pahnke, rempilent. Les Hors-Partis se réservent le troisième fauteuil, Pascal Hornung ayant été désigné pour succéder à Cristiana Juge. Au Conseil municipal, le PLR occupe 12 des 21 sièges et les HP détiennent les 9 autres. Vingt PLR et dix-sept HP sont candidats. Un socialiste et deux Verts vont essayer de se glisser dans l’enceinte. Leurs chances sont faibles.

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