Cluses l’ouvrière se fait pimpante

Les villes du Léman Express (3/5)La capitale du décolletage, tout occupée à son développement, ne pense encore guère au futur Léman Express. Mais sa gare est prête.

La gare et sa passerelle récente avec, au fond, la cluse d’où s’échappe l’Arve.

La gare et sa passerelle récente avec, au fond, la cluse d’où s’échappe l’Arve. Image: FRANCK MENTHA

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Elle est pimpante, la gare de Cluses. Le petit bâtiment de la SNCF est certes pareil à toutes ces stations de sous-préfecture, à la différence qu’ici, on vient de le repeindre. La façade est d’un rouge soutenu, rehaussé par des moellons et des corniches d’un blanc immaculé. Et puis il y a cette grande passerelle qui enjambe les voies et d’où se déploient de larges galeries aériennes conduisant le voyageur sur le quai. «Majestueuse», commente le photographe qui capte avec bonheur cette architecture ondulante. On l’a inaugurée il y a trois ans en présence d’une ministre venue de Paris, c’est dire.

Ici, tout paraît refait à neuf et fin prêt pour accueillir les voyageurs. Une station de bus s’est installée à côté des voies ainsi qu’un grand garage à vélos et un parking à voitures. Voilà qui ressemble fort à un «pôle multimodal» censé favoriser les transferts. Même le café de la gare a peint sa marquise en rouge vif et annonce une chambre à 55 euros «avec grand lit».

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Cluses serait-elle prête à embarquer dans le Léman Express? À vrai dire, le futur RER n’imprègne pas encore les esprits. Genève paraît bien loin par le rail. À peine une douzaine de trains par jour font la liaison avec Annemasse, soit un toutes les deux heures, pour un temps de parcours de quarante-sept minutes.

«Ici, on se déplace en voiture, commente un Clusien, la soixantaine, qui tient boutique rue de la Révolution. Le train n’est pas entré dans nos gènes.» Quand il va à Genève, il connaît les coins où se garer. Mais l’idée de pouvoir se rendre à l’aéroport en chemin de fer, avec un seul changement à Cornavin, le séduit. «Ce serait une option. Aujourd’hui, pour les vacances, le parking à Cointrin est trop cher. J’y vais donc en taxi et cela me coûte 300 euros les deux trajets.»

Cluses, 18 000 habitants, ne compte que 620 frontaliers, ce qui reste modeste par rapport à d’autres villes plus proches de la frontière. Le maire Jean-Philippe Mas ne s’attend pas à une ruée à la gare. «Les frontaliers d’ici ne vont pas lâcher la voiture comme ça, à moins que les trajets soient plus courts. C’est pourquoi nous espérons améliorer la desserte.» Davantage de parkings doivent encore être aménagés aux abords de la gare.

Dynamisme économique

En revanche, il espère que les gens des villages voisins profiteront du train pour venir à Cluses. Ce qui pourrait contribuer à renforcer sa position. Car Cluses s’efforce de redorer son image… à la hauteur de son dynamisme économique. Le maire aime à rappeler que l’industrie de la région génère «5 milliards d’euros de chiffre d’affaires». De grands groupes comme Somfy (domotique) ou Kongsberg (boîtes de vitesses) font la fierté d’une ville qui fut longtemps la capitale du décolletage. «Le magazine «Le Point» a classé Cluses neuvième des villes françaises les plus attractives», souligne l’édile.

Mais les services et les loisirs peinent à suivre. Au-delà de son bourg historique, restreint à quelques rues en damier, Cluses s’étale de manière désordonnée le long de l’Arve, dans un vaste mélange de HLM, de zones pavillonnaires et d’usines et traîne une réputation peu flatteuse liée à quelques quartiers difficiles. «Cluses doit retrouver sa fierté», clame le maire, qui dresse la liste des services dont la ville est en train de se doter.

Un centre de soins fraîchement inauguré, l’arrivée de la clinique de rééducation de Sallanches, une résidence haut de gamme pour seniors. Côté loisirs, un nouveau cinéma sera construit derrière la gare. Enfin, l’élu rêve de créer une halle alimentaire pour doper le commerce au centre-ville. Tout ceci devrait contribuer à attirer les cadres des entreprises de la région, qui, pour l’heure, préfèrent habiter du côté d’Annecy.

Promoteurs très actifs

Ils trouveront de quoi se loger. Les promoteurs sont devenus très actifs dans la région. Près de 1500 logements sont prévus ces prochaines années. «Des frontaliers de Bonneville ou de Reignier viennent ici, attirés par des prix de l’immobilier moins élevés», commente un courtier. Mais le Léman Express ne semble pas être encore un atout de vente. «Très peu de clients nous en parlent, ajoute un autre agent immobilier. Mais si, à l’avenir, ils pouvaient le prendre, tant mieux, cela réduirait la pollution de la vallée.»


De la cluse au décolletage

La géographie de la ville lui a donné son nom et son métier. Cluses est située au pied du Chevrier et du Chevran, deux montagnes qui se rejoignent au point de ne laisser à l’Arve qu’un passage étroit pour s’écouler: une cluse. Ce rétrécissement lui a fourni un pont, et surtout un courant fort, propice à l’installation d’un moulin, prélude à l’essor de l’industrie. La large plaine qui s’ouvre en aval lui offrira des terres en abondance pour se déployer.

Niché au sortir de la cluse, dans une ancienne usine, le Musée de l’horlogerie et du décolletage raconte cette histoire industrielle. La muséographie, traditionnelle avec ses explications écrites et ses nombreux objets, a l’avantage d’être claire et concise et de nous épargner la marche forcée de ces audioguides et autres applications «high tech». La première fabrique d’horlogerie s’installe en 1825 sur le moulin. Elle est créée par un industriel «originaire de Suisse, qui s’associe avec un Genevois». Ces entrepreneurs profitent du savoir-faire des paysans qui, dans leur montagne, travaillent des pièces depuis un siècle. Ils bénéficient aussi de leur proximité avec Genève pour y livrer des composants. Le secteur se développe au point qu’une École royale d’horlogerie est créée au milieu du XIXe siècle. Son but: enseigner la fabrication complète de la montre afin de rendre aux usines de la région «leur indépendance par rapport à Genève». L’ambition restera lettre morte. Vers 1900, le Faucigny fournit 70% de la production mondiale de pignons.

Tourner, fileter, tarauder, fraiser. Les Clusiens deviennent spécialistes de ces opérations. À l’horlogerie va succéder le décolletage. Ce travail de tournage consiste à ôter un collet sur une barre de métal afin de réduire son diamètre sur une partie de sa longueur. La vis n’en est que le produit le plus simple.

La branche connaîtra ses Trente Glorieuses entre 1955 et 1985 et occupera jusqu’à 14 000 employés, avant de décroître face à la concurrence étrangère. Mais l’industrie reste vivace grâce à un bassin d’employés qualifiés. Et Cluses a gardé son titre de capitale du décolletage. C.B.

Créé: 17.07.2019, 07h52

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