Luis, le cireur du Passage des Lions

JeunevoisDepuis deux ans, Luis Luna Lezama, 26 ans, fait briller les souliers des hommes d’affaires genevois.

Le cireur d’origine mexicaine Luis Luna Lezama bénéficie d’un excellent bouche-à-oreille.

Le cireur d’origine mexicaine Luis Luna Lezama bénéficie d’un excellent bouche-à-oreille. Image: Lucien Fortunati

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«Quand les gens m’aperçoivent, ils regardent directement leurs pieds.» Après cette remarque, par réflexe, la soussignée regarde instinctivement ses pieds. Puis les siens. Ils sont chaussés dans de beaux souliers verts aux dégradés sophistiqués et «glacés» à leurs bouts. «Je les cire tous les jours, ils sont ma carte de visite», souligne-t-il.

Depuis deux ans, à chaque pause de midi, Luis Luna Lezama accomplit le même rituel. Il ouvre la grande malle entreposée dans le Passage des Lions, installe sa chaise en cuir rembourré et sort ses brosses et ses boîtes de crèmes. «Ce sont des cirages professionnels, pas industriels», insiste ce Mexicain d’origine.

Entre 1000 et 1500 francs la paire

La clientèle est exigeante. Profil type: un homme d’une quarantaine d’années, avocat, banquier ou homme d’affaires. Les chaussures astiquées, elles, avoisinent souvent les 1000 à 1500 francs la paire. «Je vois vraiment passer de très grandes marques», confie Luis Luna Lezama.

Le jeune homme a débarqué dans le milieu un peu par hasard. Né au sud-est du Mexique en 1992, Luis Luna Lezama émigre à Genève à l’âge de six ans. Il est le dernier d’une fratrie de quatre. «Nous avions de la famille ici, nous sommes venus dans l’espoir d’y trouver une vie meilleure», explique-t-il dans un français sans accent.

Son père trouve un emploi comme déménageur, sa mère, elle, reste, au foyer. Luis Luna Lezama suit sa scolarité à Lancy, puis au Grand-Saconnex avant d’effectuer sa première année de cycle d’orientation à Budé. «Ensuite, nous avons dû repartir au Mexique car ma grand-mère avait des soucis de santé», précise le cireur.

Le jeune homme revient en Suisse en 2011. Il a 18 ans et son avenir à construire. «Je voulais suivre des études en relations internationales à l’Université de Genève mais cela n’a pas marché», regrette-t-il. S’ouvre dès lors une période d’errance. «J’étais perdu, je ne savais pas quoi faire.» Il se tourne vers les apprentissages de commerce. Sans succès. «La concurrence pour les places est forte et j’étais trop âgé», détaille-t-il. Fan de sports, Luis Luna Lezama se renseigne alors pour devenir prof de fitness. «Mais il fallait débourser beaucoup d’argent pour les formations», déplore-t-il.

Et puis un jour, un ami qui travaille chez Brogue, un magasin de chaussures haut de gamme, lui propose de lui présenter son patron. «Lors d’un événement, j’ai rencontré le cordonnier de chez Seror. C’est comme cela que j’ai commencé dans le milieu.»

Les patrons de Brogue et Seror possèdent tout l’attirail du cireur de chaussures. Ils lui proposent de se lancer en indépendant. «En Amérique latine, ce n’est pas un métier très valorisé, ma famille et mes amis étaient sceptiques, mais je n’avais pas d’autres options, j’ai donc accepté.»

Un contrat est passé avec le restaurateur Philippe Chevrier, qui cherche une animation devant son restaurant du Passage des Lions. Le cireur y officie tous les midis entre 12 h et 15 h. On attend de lui constance et élégance. «J’ai un look un peu vintage: de belles chaussures, une chemise et un joli pantalon avec des bretelles», détaille-t-il.

15 francs le cirage

Les débuts s’avèrent difficiles. «J’étais timide et je n’avais pas beaucoup de clients.» Puis le bouche-à-oreille a fait son travail. Dès l’automne, le siège est de plus en plus occupé. «Aujourd’hui, j’ai beaucoup d’Anglais, d’Américains et d’Italiens qui sont contents de retrouver ce service à Genève.» Certains clients rechignent toutefois sur le prix. «Dans leur pays, cette prestation ne coûte rien», explique-t-il. Ses tarifs à lui? «15 francs pour environ dix minutes, répond le spécialiste. C’est raisonnable par rapport aux montants demandés dans les magasins.»

Si cireur de chaussure n’était pas son premier choix, Luis Luna Lezama dit aujourd’hui apprécier ce métier appris sur le tas. «J’aime le travail manuel et le contact avec les clients, et il y a clairement une demande pour ce service.» Son rêve? «Ouvrir un bar avec trois ou quatre sièges à cirer.»

Créé: 23.05.2019, 09h03

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Braquage: La Poste renonce aux transports de fonds
Plus...