Cinq membres de l’Usine devant un juge

JusticeDeux anciens permanents et trois employés de l’association comparaissent pour des tags dont ils ne sont pas les auteurs.

En 2015, les soutiens de l’Usine manifestent pour s’opposer à la réforme portée par Pierre Maudet.

En 2015, les soutiens de l’Usine manifestent pour s’opposer à la réforme portée par Pierre Maudet. Image: Isabelle Meister

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Face au juge du Tribunal de police, les cinq prévenus ont décidé de ne pas parler, ou peu. Mais derrière eux, leurs cinq avocats ont compensé leurs silences pour dénoncer «un dossier vide», «un fantasme de barbouzes», «une erreur grossière des autorités». Et sur le fond, «un procès politique de l’Usine».

Il faut se replonger dans le contexte politique de 2015 pour saisir pourquoi deux anciens permanents et trois employés de l’association étaient assis sur le banc des accusés, lundi matin.

À ce moment-là, Pierre Maudet, alors chargé de la Sécurité et de l’Économie du canton, porte une révision de la loi sur la restauration, le débit de boissons, l’hébergement et le divertissement (LRDBHD) défavorable aux structures associatives, parmi lesquelles figure l’Usine.

Milieux alternatifs dans la rue

Dans les milieux alternatifs, le mécontentement sourd au point de déclencher des manifestations. À l’Usine, un mouvement de soutien s’organise dans la nuit du 24 au 25 octobre. Dans les rues de la ville, on compte entre 700 et 1000 participants au cortège: certains arborent le portrait de Pierre Maudet, d’autres peignent des slogans sur des vitrines. Au réveil, 19 plaintes pénales sont déposées.

Débute alors l’enquête. La police informe le Parquet de sa volonté de «confondre» les responsables de l’Usine en tant qu’organisateurs d’une manifestation non autorisée. Des troubles à l’ordre public figurent également dans le rapport de police.

Pour identifier ceux qu’ils tiennent pour responsables, les enquêteurs visionnent des images de vidéosurveillance et identifient deux employés de l’association. Ces deux hommes, accompagnés d’une collègue, ont par ailleurs loué un véhicule précisément pour la manifestation.

Puis, la liste des prévenus s’allonge avec les deux permanents de l’Usine de l'époque. Pour les poursuivre, l’accusation se base sur une intervention télévisée le lendemain des faits. Les deux responsables répondaient à une invitation de Léman Bleu pour expliquer la position de leur employeur.

L’émeute? «Un prétexte»

Trois ans plus tard, l’affaire a trop traîné et les faits sont prescrits. C’est alors que le Ministère public décide que l’affaire doit se poursuivre et condamne les cinq employés de l’Usine de l’infraction d’émeute. Tous écopent de jours-amendes avec sursis. Aujourd’hui, c’est autant sur le fond que sur la forme que la défense conteste cette condamnation. Le procureur en charge de l’affaire ne s’étant pas présenté au Tribunal de police lundi matin, la voix du Ministère public n’a pu se faire entendre.

Reste alors la protestation véhémente de la défense. Pointant un dossier boiteux, les cinq avocats dénoncent l’absence de preuve et un raccourci consistant à mettre sur le dos de prétendus organisateurs des déprédations commises par des tiers en marge du défilé. «L’infraction d’émeute a servi de prétexte pour continuer de poursuivre quand l’accusation s’est effondrée», dénonce Me Clara Schneuwly. Sa consœur, Me Alexandra Lopez, demande au juge de regarder les cinq prévenus: «Les tagueurs et les casseurs ne sont pas là!» Pour Me Olivier Peter, cette affaire ne se limite pas à quelques tags. «Ce procès est une attaque au droit fondamental de manifester. Votre décision aura un impact sur ce qui va se passer ces prochaines années à Genève», dit-il en s’adressant au président du Tribunal.

Les avocats détenaient une autre arme pour démonter des méthodes qu’ils jugent «plus que discutables». Car l'un des policiers aux commandes de l’enquête dirigée contre les cinq membres de l’Usine a été condamné pour faux dans les titres commis par négligence dans le cadre d’une autre affaire contre un militant d’extrême gauche. En 2014, à la suite des manifestations en marge du défilé du Bicentenaire, il a été reproché à l’agent d’avoir produit un procès-verbal rédigé à l’avance contenant des dates et des heures fictives. Sa peine a été confirmée en appel, en attendant que le Tribunal fédéral ne tranche.

Lundi, le président du Tribunal de police a souhaité prendre un peu de temps avant de communiquer son jugement aux cinq prévenus par courrier. Non, a répondu la défense, qui réclame et obtient une lecture publique du verdict. Elle aura lieu ce jeudi, à 8 h 30.

Créé: 12.08.2019, 18h23

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