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Cinq ans requis pour un tir mortel sur un retraité

En 2012, en Haute-Savoie, le prévenu avait tiré sur une cible, tuant un homme de 76 ans dans son jardin.

Le fusil de l'accusé.
Le fusil de l'accusé.
M.P.

L’arme, une carabine Baikal 222, munie d’un silencieux, trône dans un coffrage transparent. La pièce à conviction repose, menaçante et immobile, sous le regard du juge du Tribunal correctionnel de Thonon et du prévenu. Agé de 34 ans, ce dernier, employé des Eaux d’Evian de métier et chasseur par passion, comparaît pour homicide involontaire aggravé et non-assistance à personne en danger.

Les faits remontent au 14 mai 2012. Ce jour-là, à Armoy, dans le Chablais haut-savoyard, un retraité s’effondre près du cabanon accolé à sa propriété. Alors qu’il jardine, l’homme de 76 ans est atteint d’une balle à fragmentation en plein thorax. Il décédera une semaine plus tard. A l’époque, l’affaire fait grand bruit dans le bassin lémanique. D’autres meurtres par balle ont été perpétrés dans le Chablais. Sans compter la tuerie de Chevaline, près d’Annecy, qui intervient en septembre 2012. Les enquêteurs fouillent, tentent d’établir des liens, sans parvenir à élucider ces étranges affaires.

Il faudra deux ans et demi d’investigations pour que l’une d’elles aboutisse. En octobre 2014, un trentenaire est interpellé chez lui, à Bellevaux. C’est cet homme qui se tient devant le juge, avec une quarantaine de personnes dans son dos, dont la veuve, venues pour obtenir des réponses. Le prévenu balbutie, verse quelques larmes et demande maladroitement pardon.

Tout se joue en réalité sur la contradiction profonde entre sa version et le rapport d’expertise. Ce jour-là, le prévenu sort de chez lui dans l’idée de tester son nouvel atténuateur de son. La chasse est pourtant fermée et l’usage d’un silencieux est de toute façon interdit dans les bois. Il s’arrête près du «Bois de Ville», qui comprend un parcours de santé. «Je croyais être au milieu des bois, assure-t-il. J’étais désorienté. Il y avait ce cabanon. J’ai vu cette cible, ça m’a interpellé, j’ai tiré.»

En réalité, l’abri de jardin se situe à 1,50 mètre de la maison, au cœur d’une zone résidentielle. La cible de tir à l’arc, située à une quarantaine de mètres du tireur, est installée dans le cabanon, à peine visible, selon l’expert. Ce dernier affirme qu’au moment du tir, le retraité couvrait 80% de ladite cible. Le juge insiste: «Le rapport indique que vous ne pouviez pas ne pas l’avoir vu.» Le prévenu répète: «Je ne l’ai pas vu.»

Dans la salle d’audience, le mot «menteur» fuse. Le président tente de calmer les esprits et exhorte le prévenu à un «devoir de vérité». «Je ne l’ai pas vu», répète le trentenaire. Une version à laquelle Georges Rimondi, avocat des parties civiles, ne croit pas: «Il l’a forcément vu!» De quoi faire réagir l’avocat de la défense, Me Christophe Cottet-Bretonnier. «On est hors sujet. S’il n’y avait pas de zones d’ombre dans ce dossier et si on avait la preuve que la victime était dans le viseur, nous serions aux assises!»

Aux yeux de la procureure, «il ne s’agit en tout cas pas d’un accident de chasse». Elle requiert cinq ans ferme, soit la peine maximale encourue. Le jugement sera rendu le 14 février.

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