Cinq ans pour l'ex-gérant de Credit Suisse

150 millions détournésLa banque est reconnue comme la principale lésée. C’est elle qui récupérera les millions afin de les restituer

La cour, présidée par la juge Alexandra Banna.

La cour, présidée par la juge Alexandra Banna. Image: dessin Patrick Tondeux

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L’ex- gérant star de Credit Suisse a été condamné, vendredi, à cinq ans de prison ferme par le Tribunal correctionnel. Il a été reconnu coupable d’escroquerie par métier, de gestion déloyale et de faux dans les titres. Les juges ont retenu que durant huit ans, «grâce à son statut au sein de Credit Suisse qui le considérait comme une star au vu des profits qu’il générait», il a creusé un trou de 143 millions de francs.

Ce Français de 54 ans a agi par «appât du gain». Son enrichissement personnel s’élève à 30 millions de francs. Il a acheté maisons, bijoux et Ferrari. «Sa faute est grave» dit le tribunal qui ne prononce toutefois pas à son encontre une interdiction d’exercer son métier.

Le tribunal reconnaît que le dommage de Credit Suisse, partie plaignante dans ce procès, s’élève à 130 millions de francs. La banque, tant décriée durant ces débats, ne pouvait pas déceler la fraude, soulignent les juges. Et cela même si elle avait procédé à des vérifications. Grâce à ses mensonges, ses faux relevés, ses copiés-collés de signatures de clients, ses sous-compte cachés, le prévenu l’a «astucieusement trompée».

L’avocat de l’établissement, Me Vincent Jeanneret, se montre très satisfait de ce jugement «qui reconnaît la banque comme seule partie plaignante ayant droit à des dommages». C’est en effet Credit Suisse qui va recevoir les montants confisqués sur les avoirs du prévenu, comme sur ceux des parties plaignantes, les riches clients russes. «Il est en effet unanimement admis que l’argent déposé devient l’argent de la banque», indique la juge Alexandra Banna, présidente du tribunal. Une fois ces 130 millions récupérés, il reviendra à l’établissement de dédommager les lésés. «Le tribunal a pris acte que Credit Suisse s’est engagé à le faire», souligne la juge.

En fait de lésés, c’est surtout de l’ex-premier ministre géorgien, Bidzina Ivanishvili, qu’il s’agit. C’est lui qui a le plus perdu dans cette affaire. Mais il fera valoir ses droits en dommages et intérêts devant les juridictions civiles.

Des bijoux pour subsister

Les clients russes qui réclamaient eux aussi de l’argent au Tribunal correctionnel ont été pour la plupart déboutés. Les juges considèrent que, pour certains, l’infraction n’est tout simplement pas réalisée. Pour d’autres, qu’ils ne pouvaient pas bénéficier de l’argent détourné par le gérant au détriment d’un autre client. Les montants issus d’une infraction ne doivent profiter à personne.

Ces sommes restent donc séquestrées par la justice et seront restituées à Credit Suisse. Le tribunal précise que c’est une décision prise sur le plan pénal. Les plaignants peuvent toujours s’adresser aux juridictions civiles pour leurs prétentions financières et obtenir peut-être des résultats plus favorables. Les biens mobiliers et immobiliers du prévenu sont également confisqués à hauteur de 22 millions de francs, tout comme la plus grande partie des bijoux de Madame. Le tribunal lui en laisse quelques-uns «pour assurer sa subsistance». Il laisse aussi à l’ex-gérant la maison où habite sa famille.

Le premier procureur Yves Bertossa a obtenu la sanction qu’il avait requise, soit cinq ans de prison. Il se dit satisfait de voir que le tribunal a retenu l’essentiel des infractions figurant dans l’acte d’accusation. À la défense, Me Simon Ntah souligne que «la peine est dure, mais il y a eu une volonté de la part du tribunal de laisser une chance à mon client». Il dénombre onze acquittements et s’en réjouit.

Libéré en 2019!

«Ça montre que ce qu’il a fait n’était pas toujours pénal. Il a fait perdre beaucoup d’argent à ses clients mais il leur en a aussi fait gagner!» Compte tenu de la prison préventive déjà effectuée, le prévenu devrait bénéficier d’une libération conditionnelle au mois d’avril de l’année prochaine. Les juges ont souligné sa très bonne collaboration à l’enquête et ses regrets sincères. Credit Suisse réfléchit à l’éventualité d’un appel sur des points mineurs, selon Me Jeanneret. (TDG)

Créé: 09.02.2018, 11h55

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