Christian Lutz, un Genevois sur les traces du nationalisme

PortraitDepuis deux ans, le photographe parcourt l'Europe afin de montrer la montée des idéologies d'extrême droite.

Entre vie privée et photographie, Christian Lutz ne met pas de limite, au point de passer certaines nuits à l’atelier.

Entre vie privée et photographie, Christian Lutz ne met pas de limite, au point de passer certaines nuits à l’atelier. Image: O. Vogelsang

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France, Danemark, Angleterre, Hongrie: depuis deux ans, le photographe genevois Christian Lutz parcourt une Europe frappée par la montée des idéologies d’extrême droite. «Le thème de la manipulation des esprits et des peurs, et le repli sur soi me préoccupent depuis des années», explique ce quadragénaire qui est en train de se pencher davantage sur le cas suisse: «J’ai honte de cette régression monstrueuse qui gagne du terrain. Elle est selon moi davantage motivée par la préservation d’acquis économiques que par des inquiétudes d’ordre migratoire. Mon travail artistique me permet de creuser les dysfonctionnements du monde qui m’entoure. C’est aussi une manière de mieux les comprendre et ne pas me laisser submerger par eux. Et, qui sait, peut-être de faire bouger les lignes.»

Christian Lutz a déjà abondamment posé son regard sur les Libellules, à Vernier, «un bastion du MCG». Un livre mélancolique, teinté cependant d’espoir, en est ressorti au printemps 2015. Une année qui lui a notamment permis de recevoir le Prix du mérite de Veyrier, où est née sa passion.

Livre interdit par voie de justice

C’est dans ce village au pied du Salève que Christian Lutz s’est installé en 1980 avec ses parents et Daniel, son frère aîné. Le lauréat veyrite se souvient de ses premiers clichés réalisés dans la commune avec un ami turc. L’enthousiasme est d’ailleurs alors si grand qu’il abandonne ses études à l’Ecole de commerce pour se consacrer à la photographie.

Né en 1973 à Genève, diplômé de l’école d’arts plastiques, le 75, de Bruxelles, le photographe s’est rapidement illustré grâce à sa trilogie sur les dessous du pouvoir politique, économique et religieux. Dans le premier volet (Protokoll, 2007), il observe les coulisses de la politique en immortalisant les déplacements de délégations diplomatiques emmenées par l’ancien président de la Confédération Pascal Couchepin. Avec Tropical Gift, trois ans plus tard, l’artiste montre les conséquences sociales et écologiques du commerce du pétrole au Nigeria dans un livre «qui épingle certaines mœurs d’expatriés et le gangstérisme lié aux affaires pétrolières». Enfin, dans la troisième partie, In Jesus’Name (2012), il s’immerge dans une communauté évangélique suisse, l’ICF (International Christian Fellowship). Le livre est interdit par voie de justice dès sa parution. Plusieurs personnes figurant dans l’ouvrage portent plainte au nom du droit à l’image. Liberté d’expression menacée? Christian Lutz répond par un geste artistique et expose ses photos au Musée de l’Elysée de Lausanne, en barrant les photographies controversées par des rectangles noirs où sont reproduites les plaintes telles que l’avocat des plaignants les a rédigées.

Une fermeté dans l’engagement qu’il doit à ses parents. D’origine schaffhousoise, Heinz et Silvia Lutz se sont très vite pris d’affection pour la qualité de vie plus latine de Genève où ils se sont rencontrés et se sont établis. «Je pense avoir hérité de l’esprit d’entreprise et du côté bon vivant de mon père, ancien comptable et arbitre de football. Ma mère, couturière, m’a transmis sa créativité.»

Photographe citoyen

Dans une société «où la culture et le débat sont malmenés», ce photographe citoyen, comme il aime à se décrire, encourage à «chercher le terrain des possibles. Il faut développer les forces désarmées, comme le clame l’écrivain italien Erri de Luca. Réapprendre à ouvrir ses portes, à éviter le risque zéro, à débattre librement, à oser prendre position.» Pour l’heure, Christian Lutz s’apprête à déménager son atelier à la Maison des arts du Grütli, dès la mi-mars, et à sortir un prochain livre en mai, composé d’images prises à Las Vegas: «Un conte qui traite des illusions de l’ultralibéralisme aux airs de blues. J’aurais aimé être musicien.»

Créé: 26.02.2016, 08h41

Infobox

Bio express

1973 Naissance à Genève le 27 mai.

1980 Quitte Thônex où il a passé sa petite enfance pour s’établir à Veyrier.

1993 S’inscrit à Bruxelles dans l’école d’arts plastiques, le 75. «Comme si j’étais né ce jour-là!» Obtiendra son diplôme en photographie, trois ans plus tard.

2003 Arrivée à New York en février;
il vivra six mois dans une résidence d’artistes: «Les débuts de mon travail sur le pouvoir.»

2009 Lauréat du Grand Prix international du Festival images de Vevey.

2013 Sortie de sa Trilogie sur le pouvoir.

2016 Reçoit le Mérite veyrite en janvier.

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