Les chirurgiens de la main font grève. La méthode dérange

SantéLes tarifs ambulatoires ont diminué de 38%. Mauro Poggia comprend la revendication mais critique la méthode.

Le conseiller d’État Mauro Poggia

Le conseiller d’État Mauro Poggia Image: Georges Cabrera

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Une grève de médecins: l’événement est suffisamment rare pour attirer l’attention. Sur le fond, il ne bouleverse pas le paysage de la santé. Le mouvement concerne tous les chirurgiens de la main qui opèrent dans les différents centres privés du canton (13 personnes en tout). Jusqu’à nouvel avis, ils suspendent les opérations non urgentes en ambulatoire, mais continuent de soigner les urgences – plaies et fractures. Aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), quatre chirurgiens seniors et cinq internes continuent de pratiquer ce type d’opérations.

Mais la grève médicale, révélée cette semaine par la RTS, est un symbole. Et il dérange. Les médecins ont-ils le droit de ne pas soigner leurs patients? Vont-ils brouiller leur image et échouer à se faire entendre? Président du Groupe des chirurgiens de la main, Stéphane Kämpfen répond: «Nous voulons lancer un signal d’alarme. L’an dernier, personne n’a levé le petit doigt quand 36 sociétés médicales ont protesté contre les nouveaux tarifs médicaux, entrés en vigueur ce 1er janvier. Quand nous expliquons notre situation à nos patients, ils nous comprennent. La plupart acceptent de reporter leur opération.»

«Pas pour l’argent»

Le chirurgien assure que l’argent n’est pas la motivation de ce mouvement. Alors pourquoi faire grève? «Nous voulons défendre la médecine ambulatoire, efficace et moins chère que la médecine hospitalière.» Le problème, selon lui, c’est que le système n’encourage plus du tout l’ambulatoire. «Un acte hospitalier, même s’il coûte plus cher, est remboursé à 55% par l’État et à 45% par les assurances. Alors qu’une opération ambulatoire, elle, est remboursée entièrement par les assurances. Les caisses maladie dépensent donc plus pour l’ambulatoire. C’est absurde.»

L’argent a tout de même son importance. Le Dr Kämpfen précise que pour toutes les opérations ambulatoires de chirurgie de la main, le tarif a diminué de 38%. «Opérer le tunnel carpien requiert une formation et entraîne une responsabilité. Cela rapportait 177 francs en 2017, contre 105 francs aujourd’hui. C’est moins qu’une coupe de cheveux ou la pose d’un carrelage.»

Les chirurgiens genevois rencontreront le conseiller d’État Mauro Poggia le 8 février et seront reçus le 23 par l’assemblée extraordinaire de la Société suisse de chirurgie de la main. L’objectif? Obtenir un forfait global, qui permettrait une répartition plus juste entre la clinique et le médecin. «Actuellement, l’opération du tunnel carpien est facturée 1500 francs environ. Sur cette somme, le médecin ne touche que 105 francs alors que sa responsabilité est engagée», fait valoir Stéphane Kämpfen.

Poggia prêt au dialogue

Contacté, Mauro Poggia se dit «prêt à entendre les chirurgiens et même à intervenir à Berne s’ils me présentent des éléments objectifs qui me convainquent des aberrations du tarif. Les médecins doivent être rémunérés correctement. Ils assument une responsabilité liée à un acte invasif. Être payé une centaine de francs pour une opération du tunnel carpien, c’est vrai que ce n’est pas beaucoup.»

En revanche, la méthode de la grève déplaît au ministre. Il reproche aux chirurgiens de «prendre les patients en otage. Ils n’ont pas essayé de discuter avant, j’ai appris cette grève en recevant leur lettre au début de janvier.» Vu le mécontentement d’une grande partie du corps médical à l’encontre des nouveaux tarifs, craint-il un effet «boule de neige»? «Je doute que le mouvement fasse des émules, au vu des réactions que soulève cette grève.»

Ne pas démanteler l’Hôpital

«Ce type d’action me conforte en tout cas dans l’idée que ma politique est fondée, ajoute le ministre. À longueur d’année, le secteur privé demande d’extraire des HUG tout ce qui n’est pas universitaire. Il déclare pouvoir prendre en charge tous les patients au nom de l’intérêt public. Or, on voit qu’en changeant une variable, l’intérêt public disparaît s’il ne coïncide pas avec l’intérêt privé. C’est bien la preuve qu’il ne faut pas démanteler l'Hôpital.»

Pour l’heure, les HUG n’enregistrent pas d’afflux particulier de patients du privé. «Nous estimons que ces derniers restent fidèles au chirurgien qui a posé le diagnostic et attendent plutôt la fin de la grève», déclare Anne-Laure Roudaut, chargée de communication. Elle ajoute que le délai d’attente pour un tunnel carpien ne dépasse pas trois semaines.

(TDG)

Créé: 26.01.2018, 19h13

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