Chillon, pierre flottante

Les îles du Léman 2/5Bâti sur un affleurement de calcaire, le château de Chillon a les pieds dans l’eau mais semble amarré à cette rive qui l’a fait si puissant.

Oui, Chillon est bien une île, séparée de la côte d’à peine quelques mètres et la guide Christine Hausherr (photo du bas) en décode toute l’importance stratégique.

Oui, Chillon est bien une île, séparée de la côte d’à peine quelques mètres et la guide Christine Hausherr (photo du bas) en décode toute l’importance stratégique. Image: CHANTAL DERVEY

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On dit de certaines îles qu’elles sont perdues en mer, Chillon est à l’inverse une île perdue en terre, séparée de la côte vaudoise d’à peine quelques mètres. Mais ne faisons pas offense au château de Chillon en doutant de son insularité. La place forte de la Maison de Savoie puis des Bernois a toute sa place dans cette série. Et doublement. En qualité de territoire encerclé d’eau, et également parce que toute forteresse est déjà en soi une sorte d’île, fut-elle entourée de terre. Chillon est un vaisseau de pierre, et cela ne se discute pas.

En ce début de mois de juillet, la masse imposante du château se découpe au-dessus du lac, un décor qui aurait eu sa place dans la série «Game of Thrones»: beau, puissant et aussi (avec un peu d’imagination) passablement inquiétant. Les déjà nombreux visiteurs qui se pressent à l’entrée en ce début d’été ne s’y sont pas trompés. On n’est pas le monument historique le plus visité de Suisse par hasard. En 2018, 402 847 personnes ont franchi le pont-levis qui donne accès au site médiéval. Des envahisseurs animés bien entendu de la meilleure intention et poussés par le plus beau des défauts: la curiosité.

La guide Christine Hausherr décode toute l’importance stratégique du château. Image: CHANTAL DERVEY

Tu passes, tu paies

C’est là, à l’entrée, que je retrouve mon guide, Christine Hausherr. Mon île, ce sera elle. «Au Xe siècle, il y avait déjà des logis en bois sur cette plate-forme de calcaire, mais la construction du château n’a vraiment débuté qu’au XIe siècle et s’est développée jusqu’au XIIIe siècle», commence-t-elle. Rapidement, une visite dans les souterrains permet de visualiser les blocs de pierre auxquels s’accroche le château. Un rappel indispensable car le bâti est tellement imposant (il compte 25 bâtiments) qu’il fait facilement oublier les fondements.

Mais pourquoi les comtes de Savoie – qui règnent sur le Pays de Vaud du XIIe au XVIe siècle – ont-ils transformé cette île en une telle forteresse? «Parce que c’est un emplacement stratégique extraordinaire faisant le lien entre le nord et le sud, répond la guide. Il ferme le passage, très étroit, entre la Riviera vaudoise et la plaine du Rhône qui permet de rejoindre assez vite l’Italie. La vue dégagée sur le lac et la côte savoyarde permet aussi de voir arriver de loin n’importe quel navire belliqueux.» Et puis, qui tient ce lieu peut aussi prélever des taxes de passage, généralement versées en nature: safran, sel.

De la Réforme au romantisme

Comme chacun, ou presque, le sait, Chillon a servi de prison. Et pas uniquement durant la période savoyarde. «Oui, les Bernois avaient également leur salle de torture, où de prétendues sorcières ont vécu des moments très pénibles, précise Christine Hausherr. Voyez ce pilier de bois tout griffé où elles étaient attachées. Ça fait froid dans le dos.»

C’est pourtant la détention de 1530 à 1536 de François Bonivard, Savoyard comme ses geôliers, qui va faire la célébrité du château de Chillon. Une renommée internationale bâtie en fait surtout sur le poème de Lord Byron, «Le prisonnier de Chillon», inspiré en 1816 par les souffrances vécues par sieur Bonivard, attaché quatre ans durant (sur six) à la cinquième colonne d’une grande salle se situant au niveau de la plateforme de calcaire. Le poème a connu un très grand succès. Sur place, on peut voir la signature du Lord gravée sur ce même pilier, un incontournable de la visite.

«Ces six ans d’emprisonnement de François Bonivard, ce n’est pas assez, tranche de manière surprenante notre guide. Cet homme, ancien prélat converti au protestantisme, a plus tard laissé sa dernière épouse subir la peine capitale et mourir dans des conditions atroces après l’avoir accusée d’adultère. Non, six ans ce n’est pas beaucoup!» La preuve que la visite du château peut réserver bien des surprises.

Mieux informé sur la nature du prisonnier, le grand poète romantique anglais aurait-il renoncé à décrire ses souffrances et sa solitude? Voilà qui n’aurait pas facilité la tâche de la Fondation du château de Chillon, qui exploite et rénove les lieux depuis 2002. Mais qui se soucie de l’histoire quand la légende est aussi belle?

Créé: 13.08.2019, 19h49

Cliquez sur l'image pour l'afficher dans une nouvelle fenêtre. (Image: Gilles Laplace )

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