Déstabilisé, le chef de cabinet de Pierre Maudet s’en va

PolémiquePatrick Baud-Lavigne, le proche collaborateur et l’ami du magistrat, quitte l’État, en plein scandale autour du voyage à Abu Dhabi.

Patrick Baud-Lavigne (à gauche), chef de cabinet de Pierre Maudet (à droite), quitte ses fonctions.

Patrick Baud-Lavigne (à gauche), chef de cabinet de Pierre Maudet (à droite), quitte ses fonctions. Image: Steeve Iuncker-Gomez / Archives

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La rumeur courait depuis des jours. Patrick Baud-Lavigne, chef de cabinet de Pierre Maudet, quitte ses fonctions. La nouvelle a été officialisée ce mercredi au sein du Département de la sécurité (DS), selon nos informations. Patrick Baud-Lavigne se trouve dans la tourmente, à la suite des révélations dans les médias concernant son voyage controversé, avec Pierre Maudet, à Abu Dhabi en novembre 2015. Mais selon les services du magistrat, cela n’aurait rien à voir.

Ancien conseiller municipal socialiste en Ville de Genève, ancien directeur général de Naxoo, Patrick Baud-Lavigne était devenu le directeur de cabinet du chef de la Sécurité et de l’Économie depuis 2014. Il avait la main sur des dossiers chauds, liés entre autres aux taxis, à la Sécurité, à l’Aéroport. À moult reprises, il a désamorcé – ou a tenté de le faire – des situations politiquement délicates. Bras droit du conseiller d’État, surnommé «la doublure», il était devenu «la voix de son maître», ironisaient certains.

«Five more years!»

Son départ survient deux mois après la brillante élection de son patron. De quoi surprendre. D’autant plus que Patrick Baud-Lavigne s’était clairement réjoui de cette nouvelle législature. «Voilà le résultat de cinq ans de travail sans relâche, a-t-il écrit sur Twitter le 15 avril. Le peuple a renouvelé son soutien historique pour toutes les réformes que nous avons menées. Five more years!»

Et puis, la polémique a éclaté au sujet d’un voyage prétendument privé réalisé il y a deux ans et demi par Pierre Maudet, sa famille et Patrick Baud-Lavigne. Un luxueux séjour offert par un entrepreneur émirien. Le haut cadre est non seulement visé par la commission de contrôle de gestion, pour avoir accepté un cadeau, mais il est aussi dans le collimateur du Ministère public, qui a ouvert une procédure pour acceptation d’un avantage.

Sa décision n’aurait rien à voir avec ces turbulences, si l’on en croit la chargée de communication du DS, Emmanuelle Lo Verso: «Le contrat de Patrick Baud-Lavigne, au bénéfice d’un statut d’agent spécialisé pour son activité de directeur de cabinet, prend fin le 30 juin, soit au terme de la législature plus un mois. Il n’y a aucun lien avec le voyage privé à Abu Dhabi. Cela faisait déjà quelques mois que Patrick Baud-Lavigne avait exprimé sa volonté de terminer sa mission.» Il quitte carrément l’État, selon nos informations. Hier, l’intéressé n’a pas retourné notre appel.

Enquête éteinte

Le poste de cheffe de cabinet du DS reviendra dès le 1er juillet à Nadia Méric, secrétaire générale du Parti socialiste jusqu’à hier soir. «Elle est brillante, connaît bien les affaires économiques, a bien mené la campagne socialiste pour aboutir au succès de ce parti. C’est un joli coup politique à la Maudet!» commente une source. «C’est totalement déloyal! réagit un élu socialiste, estomaqué. Elle a fait toute la campagne, avait accès à tout. Connaissant Pierre Maudet, il a dû la tester avant de l’engager. Il a certainement dû obtenir toutes les informations dont il avait besoin pendant la campagne!» Ambiance à l’interne du PS…

Ces changements relancent surtout la polémique sur le fameux voyage. «Le départ de Patrick Baud-Lavigne amène à deux interprétations pas forcément contradictoires. D’une part, l’affaire sent si mauvais que les rats quittent le navire. D’autre part, cela le préserve de toute enquête administrative et ne risque pas d’éclabousser Pierre Maudet», décrypte le député d’Ensemble à Gauche Pablo Cruchon. L’UDC Thomas Bläsi estime que Patrick Baud-Lavigne était «complètement coincé» dans cette affaire: «Ce départ le préserve. Cela donne l’impression d’une sanction, mais ce n’en est pas une, parce qu’il évite une enquête administrative et certainement une lourde sanction.»

Romain de Sainte Marie, député PS, estime aussi que l’affaire du voyage a joué un rôle. «Ce serait naïf de penser le contraire. La commission de contrôle de gestion doit faire la lumière sur cette affaire.» Le PLR Murat Julian Alder garde la ligne officielle: «J’ai toujours cru comprendre que son mandat était à durée déterminée. Je ne pense pas que ce soit un fusible. Sa démission n’a rien à voir avec l’affaire qui agite les médias depuis un mois et demi.»

Collaboration: Julien de Weck (TDG)

Créé: 13.06.2018, 17h44

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