Des chats, des chiens et des éléphants partout

L’été en urgence (5/6)Un félin paniqué, un bichon écœuré et une anecdote sur un singe excité. Entre diabète, écorchures et soins dentaires, les week-ends de garde sont animés pour les vétérinaires.

Vidéo: Frédéric Thomasset; Photos: Georges Cabrera

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On pourrait croire que le docteur Pierre ter Kuile n’a d’yeux que pour les éléphants. Dans son cabinet, ils sont omniprésents. Sous la forme de statuettes dans les vitrines ou en peinture sur les murs. «Petit, je rêvais d’Afrique, confie le quinquagénaire en tenue médicale. J’aimais la série «Daktari» et les aventures de son vétérinaire. As de l’urgence, il était toujours prêt à sauter dans un avion à la rescousse d’une bête blessée.» Ce samedi, dans le cabinet des Pontets, au Grand-Lancy, pas de pachydermes, encore moins de lions. Les chats et les chiens attendent leur tour dans la salle d’attente. «Ce n’est pas tout à fait le même décor, mais je soigne des animaux, ce que j’ai toujours voulu faire», se félicite le docteur ter Kuile. Et puis, pour ce qui est de l’action, le seul vétérinaire actif ce samedi dans le canton l’assure: «Durant les gardes, on manque rarement d’animation.»

Sur la table d’examen, Toby le bichon a l’air plutôt calme en ce milieu d’après-midi. «Il a mal au ventre, assure sa maîtresse. Entre nous, c’est fusionnel, dès qu’il ne va pas bien, je le sens.» Et puis il a vomi ce matin. Stéthoscope sur les oreilles, le vétérinaire ausculte, fait une pause, s’inquiète des antécédents de l’animal puis lui malaxe un peu le ventre. «C’est souple, il n’a pas d’occlusion, lâche le spécialiste, soulagé. Les chiens peuvent souffrir de torsion de l’intestin, une condition dangereuse et à opérer sur-le-champ.»

Une intervention compliquée et difficile à insérer dans une journée de garde chargée, commencée à 8 h et qui se terminera dimanche matin à la même heure. Même si une prise de rendez-vous est nécessaire par le biais du numéro d’urgence de la Société genevoise des vétérinaires (SGV) – au 0900 83 83 43 – tous les animaux de compagnie sont admis et les temps morts sont rares. Si la demande devient trop forte et les soins trop compliqués, le praticien peut toujours rediriger vers le Tierspital de Berne. «Dans un premier temps, je ferai surtout appel à ma collaboratrice, prévue normalement pour prendre ma relève à 18 h et assurer la garde de nuit», précise le docteur ter Kuile.

À l’accueil, l’assistante vétérinaire a déjà enregistré dix-neuf visites. Des chats et des chiens uniquement. Pas de cas lourds pour le moment. Il y a bien eu une crise d’hypoglycémie le matin, mais tout est rentré dans l’ordre. Le reste se résume plus ou moins aux symptômes de l’été. Avec la chaleur, les champs sont secs et les parasites nombreux. Démangeaisons et problèmes respiratoires sont le lot quotidien du docteur ter Kuile: «Sans oublier les épis de graminées, qui peuvent se glisser dans les oreilles, sous la peau et entraîner abcès et infections.»

C’est au tour de Bambou, 14 ans, de pénétrer dans la pièce. Le chat est apeuré, agressif et griffe méchamment. Malgré ses gants épais, le vétérinaire ne se risque pas à l’examiner. L’animal ne boit plus, ne mange plus et aurait un problème à la bouche. Le praticien lui injecte un calmant. Il faudra attendre une petite heure pour le diagnostic. Un temps mort propice à la discussion.

On apprend que le docteur ter Kuile, diplômé à Berne en 1985, a ouvert son cabinet en 1995. «À cette époque, j’étais très désireux d’intégrer le tournus des urgences. Pour un jeune vétérinaire, c’était le meilleur moyen de se faire connaître et de développer sa clientèle.» Une stratégie qui n’a pas disparu avec le temps. Deux nouveaux cabinets viennent de s’implanter dans le canton et leurs propriétaires attendent avec impatience leurs tours de garde. De son côté, la SGV leur demande six mois d’activité et un contrôle en bonne et due forme de leurs installations avant d’être intégrés.

Puis vient le temps des souvenirs. En une trentaine d’années d’urgences, le docteur ter Kuile compte nombre d’anecdotes. La plus notoire? Le singe Joli Cœur, recousu au bras sans anesthésie générale, à la demande de son propriétaire. Intenable, le primate avait échappé au vétérinaire, grimpé sur un climatiseur et éclaboussé de sang les locaux. Les traces rouges au plafond ont longtemps joué le rôle de support visuel au récit. Elles ne sont plus visibles aujourd’hui.

Le docteur ter Kuile rejoint la salle d’attente, smartphone à la main. Sur l’écran, des gros plans de la gueule de Bambou défilent. Une heure s’est écoulée et ses propriétaires prennent connaissance du diagnostic: infection de la racine des dents, il faudra en arracher trois, nettoyer le reste. On s’inquiète de la qualité de vie future du chat, du coût de l’intervention. Difficile sur l’instant de délivrer un devis – la consultation d’urgence simple coûte 122 francs.

Un paiement échelonné peut être aménagé. Sinon? Bien que le vétérinaire n’ait pas envie de l’envisager, la question de l’euthanasie pourra se poser: «C’est déjà arrivé une fois ce matin. Ça fait partie du quotidien du métier et les gardes ne font pas exception.»

Créé: 27.07.2018, 09h48

Tours de garde

Le docteur ter Kuile est chargé du calendrier des gardes de la Société genevoise des vétérinaires. Ils sont aujourd’hui une vingtaine de cabinets à faire partie du tournus et chaque praticien est mobilisé une dizaine de jours de week-end par an, plus une quinzaine de nuits en semaine.

Le docteur ter Kuile précise que ces gardes concernent uniquement les petits animaux de compagnie et que les urgences des «gros animaux» sont gérées de manière indépendante par les vétérinaires concernés.

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