«Les chantiers vont rouvrir, au risque de créer de nouveaux foyers d’infection»

EpidémieLes patrons du bâtiment sont furieux. Ils craignent la reprise des travaux en pleine épidémie.

Les représentants des patrons ne croient pas qu’il soit possible de respecter les normes sanitaires sur un chantier.

Les représentants des patrons ne croient pas qu’il soit possible de respecter les normes sanitaires sur un chantier. Image: Laurent Guiraud

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L’épidémie va-t-elle reprendre de la vigueur grâce à l’ouverture des chantiers? C’est ce que redoutent les patrons du bâtiment. Ces derniers sont très inquiets, voire furieux contre le changement de pratique opéré mercredi par le Conseil d’État et qui pourrait, selon eux, déboucher sur la remise au travail de nombreux ouvriers. Avec, à la clé, de nouveaux foyers de contamination.

«Cette décision est incompréhensible, déclare Éric Biesel, secrétaire général de la SSE, la Société suisse des entrepreneurs, section genevoise, qui regroupe les employeurs du gros œuvre. Alors que nous traversons une urgence sanitaire, que tout le monde attend avec anxiété dans notre Canton le pic de l’épidémie, on autorise à nouveau l’ouverture de grands chantiers dans lesquels il est en pratique extrêmement difficile de faire appliquer les mesures sanitaires.»»

Droit supérieur

Le Canton de Genève a décrété la fermeture de tous les chantiers le 18 mars. Mais il s’est trouvé en porte-à-faux deux jours plus tard quand le Conseil fédéral a opté pour leur maintien en activité, à condition qu’ils respectent les mesures sanitaires. Mercredi soir, le Conseil d’État a alors adapté son ordonnance au droit supérieur. En clair, les chantiers peuvent rouvrir si les maîtres d’ouvrage attestent que les entreprises prendront toutes les précautions nécessaires.

«Des maîtres d’ouvrage ont déjà commencé à mettre la pression sur les entreprises pour reprendre le travail, prédit Nicolas Rufener, de la Fédération des métiers du bâtiment (FMB). Ces dernières auront de la peine à refuser, au risque de perdre le contrat ou de devoir assumer les pénalités en cas de retard. Par ailleurs, cela démontre bien peu d’égards pour les ouvriers du bâtiment.»

Normes sanitaires

Les représentants des patrons ne croient pas qu’il soit possible de respecter les normes sanitaires sur un chantier. Comment les travailleurs pourront-ils respecter la règle qui consiste à ne pas se trouver à moins de deux mètres d’un collègue plus de quinze minutes? «C’est peut-être pertinent pour deux personnes dans un tram, mais pas pour des ouvriers qui réalisent un travail de force», note un entrepreneur. Comment aussi assurer les distances sociales dans les cabines de chantier ou sur les véhicules? se demande-t-il.

Le Conseil d’État était arrivé aux mêmes conclusions, ce qui l’avait conduit à fermer les chantiers. A-t-il changé d’avis? Non. «C’est la raison pour laquelle nous allons mettre en place des contrôles très stricts, assure Saskia Dufresne, cheffe de l’Office des autorisations de construire. Si les conditions ne sont pas respectées, nous fermerons le chantier immédiatement.»

Trente demandes

D’une certaine manière, il reviendra au Canton de faire la preuve par l’acte de la possibilité, ou non, de respecter les normes sanitaires. Mais avec peu de moyens. Pour l’heure, seuls cinq inspecteurs sont disponibles, alors que trente demandes d’ouverture de chantier ont déjà été déposées. «Nous allons veiller à ce que les contrôles soient réalisés au mieux», avertit Camille Layat, secrétaire syndicale au SIT, qui aurait préféré une fermeture totale des chantiers.

Pour Antonio Hodgers, président du Conseil d’État, Genève n’avait pas d’autre choix que de se plier à Berne. Mais il relativise la portée de cet alignement. «Notre système d’interdiction permettait des dérogations pour les petits chantiers et une centaine avaient été accordées. Avec le système fédéral, je pense que 80% des chantiers resteront fermés et nous arriverons au même résultat.»

Le Tessin a lui aussi fermé les chantiers et reste sur sa position. «La situation sanitaire n’est pas comparable, relève le magistrat. Et nous voulons laisser une chance au système fédéral.»

Créé: 27.03.2020, 09h26

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