Aux Allières, les coupes claires suscitent une immense colère

Eaux-VivesDénonçant un massacre, des associations veulent un moratoire sur les abattages d’arbres et les plans localisés de quartier.

L'hôtel du Noble Exercice de l'arc, aux Allières, vendredi matin. Deux associations sont venues sur place pour constater les dégâts.

L'hôtel du Noble Exercice de l'arc, aux Allières, vendredi matin. Deux associations sont venues sur place pour constater les dégâts. Image: Marc Moulin

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«C’est criminel!» L’exclamation en forme de verdict est proférée à répétition quand le groupe s’approche de l’édifice centenaire et condamné, ceint de souches fraîchement tronçonnées, de troncs empilés et de branchages épars entre les engins et barrières de chantier. Hier, des militants de la protection du patrimoine arboré et bâti se sont invités sur le site des Allières, au-dessus de la gare des Eaux-Vives, où la réalisation d’un plan localisé de quartier (PLQ) vient tout juste de débuter. On doit y bâtir quatre immeubles, atteignant jusqu’à douze niveaux et totalisant près de 400 logements. Alors que la végétation a presque disparu du pourtour immédiat de l’hôtel du Noble exercice de l’arc (un manoir de 1900 voué à la démolition), d’autres arbres du secteur sont marqués de taches fluorescentes, présage de leur mort imminente.

C’est en termes virulents que les associations Sauvegarde Genève et Contre l’enlaidissement de Genève ont condamné ces travaux face à la presse, en insistant particulièrement sur l’atteinte à la végétation. «Ce massacre des Allières, avec l’abattage d’arbres centenaires, est inexcusable en 2019, à l’heure du réchauffement climatique, proteste Jean Hertzschuch, de Sauvegarde Genève. Le public n’accepte plus cela.» Ces militants le soulignent: un arbre nouvellement planté n’équivaut pas à un spécimen âgé, puisque les plantes peuvent prendre des décennies à atteindre maturation. Des missives de spécialistes sont lues, rappelant l’importance de la végétation pour combattre les îloôts de chaleur, filtrer l’air ou plus généralement favoriser le bien-être de la population.

Vidéo: Marc Moulin

Moratoire demandé

L’autre association rappelle s’être battue en vain, par voie de pétition et de recours en justice, pour la sauvegarde du site. Elle dénonce le plan directeur cantonal de 2013, responsable à ses yeux d’un «développement anarchique et mortifère de la ville et du canton», selon les termes de l’historienne de l’art Leïla El-Wakil, et exige un moratoire immédiat «afin de revoir ces PLQ voraces qui assassinent notre territoire». L’idée d’un moratoire est reprise dans une résolution que le député MCG François Bärtschi s’apprête à déposer en urgence au Grand Conseil. L’élu est flanqué d’autres orateurs de droite: issus des Vert’libéraux ou des évangéliques. Les missiles fusent contre la gauche, accusée d’avoir pris le parti du bétonnage.

À la nécessité de juguler la pénurie de logements et le trafic pendulaire en bâtissant en ville, les responsables répliquent en pointant les surfaces d’activité vacantes (elles totalisent 337 818 mètres carrés, leur plus haut niveau depuis 1985) et la possibilité de bâtir 12 000 logements dans le secteur PAV en accélérant les déménagements d’entreprises. L’association Contre l’enlaidissement de Genève réclame par ailleurs un accès public aux nouveaux outils de modélisation en trois dimensions afin qu’un «débat démocratique sain» puisse s’emparer des enjeux urbanistiques.

Densifier vers l’intérieur

Face à la levée de boucliers, le ministre de l’Urbanisme rappelle qu’il n’était pas conseiller d’État quand le PLQ a été adopté, en novembre 2013. «Mes arbitrages auraient été différents», assure Antonio Hodgers. Se disant sensible à la protection de la végétation et du patrimoine, l’écologiste dénonce toutefois les effets d’un moratoire. «Le peuple a plébiscité la loi fédérale sur l’aménagement du territoire qui prévoit de densifier vers l’intérieur des villes, pour éviter de miter le territoire et de multiplier les déplacements pendulaires, rappelle-t-il. Renoncer à bâtir en ville, comme l’impliquerait un moratoire, reviendrait à construire encore plus en France, ce qui augmenterait la mobilité et la pollution. Mais le principe fédéral doit s’appliquer avec une délicatesse et une subtilité malheureusement absentes aux Allières.»

À la suite de la conférence de presse, le Noble Exercice de l’arc a réagi via un communiqué. La confrérie pluriséculaire, qui restera propriétaire de sa parcelle aux Allières, affirme que son déménagement à Choully, nécessaire au vu de l’urbanisation du site, permettra d’y restaurer un autre bâtiment patrimonial.

Créé: 23.08.2019, 14h40

Une rentrée des classes mouvementée

Voisine du chantier, l’école primaire des Allières, avec ses quelque 260 élèves, s’apprête à vivre au rythme des pelleteuses durant trois ans. Parmi les conséquences, un accès piéton au préau, franchissant la zone en travaux, sera barré à brève échéance, forçant les élèves à faire un détour le long de la route de Chêne, un axe parallèle au sentier mais qui s’en distingue par son intense trafic. La route est elle-même ponctuée de chantiers qui, cette semaine, obstruaient parfois ses trottoirs. Les enfants seront-ils relégués sur la route? Voisine et mère d’élève, Brigitte s’est inquiétée. «Je me suis rendu compte que l’institution scolaire n’avait pas été avertie du début du chantier et que le sujet de la protection des enfants n’avait pas été réfléchi», témoigne celle qui
a multiplié les contacts ces derniers jours.

Au Département cantonal des infrastructures, on rassure. «Les écoliers ne devront pas marcher sur la chaussée», promet Roland Godel, porte-parole. Les travaux que l’État mène sur la route de Chêne se font au pas de charge pendant ce qu’il reste de vacances. Le trottoir sera à nouveau ouvert pour la rentrée et une patrouilleuse sera provisoirement présente. La police municipale devrait elle aussi veiller.

«Je suis satisfaite que la situation ait été prise au sérieux, mais je reste anxieuse pour la suite, réagit Brigitte.
Je crains aussi que la destruction du quartier, cet îlot de calme et de verdure, soit difficile à vivre pour les enfants.»

Articles en relation

Contre l'abattage de vingt-deux arbres centenaires aux Allières

Environnement Sur les ondes de Radio Lac, le collectif «Contre l'enlaidissement de Genève» s'émeut de ces coupes prévues dans le PLQ des Allières Plus...

La maison du Jeu de l’Arc a eu droit à ses obsèques

Architecture L’association Contre l’enlaidissement de Genève a salué la vénérable bâtisse avant sa destruction. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Budget 2020: 590 mio de déficit prévus
Plus...