Cent jours du Conseil d'Etat: Cyril Aellen face à Thomas Wenger

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Le gouvernement genevois franchira la barre des cent jours le 9 septembre. Les sept ministres, dont deux nouveaux, ont passé l’été à préparer le budget 2019 et le programme de la législature 2018-2023, que le Grand Conseil doit valider d’ici à la fin de l’année. Cent jours, l’occasion de tirer déjà un premier bilan et d’esquisser quelques perspectives. Nous avons invité les chefs des partis politiques au parlement à faire un point de situation et à exposer les trois priorités qu’ils souhaitent voir figurer dans le programme de législature, outre la réforme de l’imposition des entreprises (PF 17), la modernisation de la fonction publique et la consolidation de sa caisse de retraite. Aujourd'hui Cyril Aellen, chef du groupe PLR au Grand Conseil et Thomas Wenger, chef du groupe socialiste au Grand Conseil. Suite de notre mini-série vendredi Sandro Pistis, chef du groupe MCG, face- à-face Jocelyne Haller, cheffe de groupe Ensemble à gauche.

L’enjeu de 2018-2023: maîtriser la croissance

Cyril Aellen, chef du groupe PLR au Grand Conseil

En raison de la nouvelle Constitution genevoise, le nouveau Conseil d’État a pris ses fonctions au mois de juin. Pour la première fois, l’actuel Conseil d’État a donc effectué ses premiers pas durant la pause estivale. On pourrait penser que cela lui permettrait de débuter en douceur. Dans les faits, il n’en est rien.

À l’inverse des précédentes législatures, il doit préparer, en peu de temps, la rentrée politique de septembre, laquelle est traditionnellement chargée. Le 14 septembre aura lieu la présentation du budget 2019 avec, il faut l’espérer, la présentation du plan financier quadriennal.

La politique cantonale ne doit pas se résumer aux seuls aspects budgétaires, cependant ces derniers donnent des indications précises sur les priorités gouvernementales. Genève, ville internationale, vit assurément une période charnière: depuis deux décennies, la libre circulation et l’ouverture progressive des marchés ont dopé l’économie locale.

Un effet positif que nul ne peut contester, car les faits sont têtus. Or cette croissance, en partie conjoncturelle, n’est ni acquise ni infinie. Elle a trop souvent été mal appréhendée et a constitué un oreiller de paresse pour les gouvernants de notre canton. Le premier bénéficiaire de cette croissance a été l’État: les recettes fiscales ont crû automatiquement, incitant malheureusement le Canton à dépenser sans compter; il n’a pas pris la peine de mesurer toutes les conséquences négatives que la libre circulation faisait subir à la population. Au lieu d’une gestion prudente en cette période de vaches grasses, le Canton s’est endetté plus encore et a mis en place des mécanismes de dépenses automatiques aux graves effets pervers sur le long terme: les finances de l’État sont devenues incontrôlables.

Si les conséquences écologiques dans un canton fortement densifié commencent timidement à être prises en compte, les répercussions sociales, notamment, sont négligées; notre Canton a choisi la solution de facilité et tente, à coups de milliards d’argent public, d’atténuer, plutôt mal que bien, les conséquences négatives de cette croissance. La part de la population genevoise rendue dépendante des aides de l’État est de plus en plus grande et le nombre de fonctionnaires explose. Désormais, l’État est pris dans la spirale perverse de devoir intervenir pour tout et partout, peu importe comment. Il n’est plus possible de continuer ainsi.

L’enjeu majeur de cette législature, et probablement des suivantes, c’est la maîtrise de notre nécessaire croissance. Un développement qualitatif de notre canton est vital; il demande du courage politique qui passe parfois, à court terme, par le risque de déplaire à certains de ses électeurs. Nous devons être capables de fixer de nouvelles conditions-cadres qui permettent à la population de vivre sans l’aide permanente de l’État. La prospérité de notre canton doit profiter à ses habitants. Ces derniers ne rêvent pas tous de la perspective d’une Genève de 600 000 habitants en 2030.

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L’affaire Maudet empoisonne Genève

Thomas Wenger, chef du groupe socialiste au Grand Conseil Les Genevois-e-s ont rééquilibré les forces au sein du Conseil d’État en élisant un second socialiste. Le discours de Saint-Pierre a été l’occasion pour le gouvernement élu de dévoiler ses priorités: Léman Express, PAV, PF 17, CPEG, SCORE. Pour voir aboutir ces dossiers, il est temps que les relations entre le Grand Conseil et le Conseil d’État s’apaisent. Chercher des solutions constructives doit être le défi de cette législature afin qu’elle ne ressemble pas à la dernière, qui n’a permis à aucun dossier d’importance d’aboutir.

Alors que les premiers signes d’ouverture étaient là (Nathalie Fontanet a, sur PF17, ouvert de nouvelles négociations, notamment sur la hausse du taux, et Serge Dal Busco a consulté les milieux de la mobilité pour retrouver la sérénité), tout s’écroule jeudi dernier, 30 août. En pleine session du Grand Conseil, on apprend que le Ministère public demande la levée de l’immunité de Pierre Maudet afin de le mettre en prévention pour acceptation d’un avantage. Il a menti à la justice, aux député-e-s et à la population. Ce coup de massue laissera inévitablement des traces. En effet, le travail sur les dossiers qui nous attendent nécessite confiance et transparence. Or, les socialistes craignent qu’il soit difficile de créer le climat nécessaire pour voir aboutir les dossiers que nous considérons prioritaires.

Outre le PAV, PF 17, la CPEG et SCORE, il s’agit du plafonnement des primes d’assurance maladie à 10% du revenu d’un ménage, de la réévaluation fiscale du patrimoine immobilier (RPI), du Léman Express et de la croissance maîtrisée de l’aéroport. Les socialistes et l’Alternative ont déposé une initiative pour limiter à 10% les primes d’assurance maladie. Aujourd’hui, trop de familles n’arrivent plus à les payer, le Canton doit les aider. Estimé à plus de 200 millions, cette mesure pourrait être la contrepartie de la réforme fiscale des entreprises. Le RPI est une obligation de droit fédéral. Le Conseil d’État, à majorité de droite, a traîné les pieds autant qu’il a pu pour continuer à avantager indûment les propriétaires. Les socialistes demandent que cette réforme soit réalisée immédiatement.

Elle rapportera entre 100 et 200 millions. Enfin, deux dossiers doivent permettre de développer une mobilité plus durable et lutter contre la pollution: le Léman Express et l’aéroport. Le Léman Express, ses 230 km et plus de 40 gares. Il devra être complété par le réseau de trams qui doit s’étendre sur Bernex-Vailly, Annemasse, Saint-Julien, Saint-Genis et Ferney-Voltaire. Les socialistes voteront les budgets, espérons que les autres partis en feront de même. Quant à l’aéroport et ses 17 millions de passagers-ères, et potentiellement 25 millions en 2030, il doit diminuer ses nuisances. Aujourd’hui, des dizaines de milliers de riverain-e-s souffrent à cause de l’aéroport.

Pour réussir cette législature, le gouvernement doit prendre la mesure de la grave crise institutionnelle dans laquelle la mise en prévention de M. Maudet a placé nos institutions. Son premier défi sera de prendre ses responsabilités afin de restaurer la confiance. Les Genevois-e-s attendent des décisions et des solutions. Nous le leur devons.

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Créé: 03.09.2018, 23h38

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