Chaïm Nissim, l’ultime bravade d’un jusqu’au-boutiste

Carnet noirVictime d’un Parkinson, l’ancien député Vert a choisi de partir mardi.

Atteint par la maladie de Parkinson, Chaïm Nissim a décidé de partir par euthanasie.

Atteint par la maladie de Parkinson, Chaïm Nissim a décidé de partir par euthanasie. Image: Olivier Vogelsang

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Avec son regard doux, son sourire lumineux, sa silhouette frêle, presque ascétique, le militant genevois Chaïm Nissim a quitté ce monde mardi matin. «Atteint par la maladie de Parkinson, il a décidé de partir par euthanasie ce matin, de la même façon qu’il a pris ses décisions, hors des conventions pendant toute sa vie», a annoncé dans la soirée Philippe de Rougemont, au nom de l’association Noé21 que le défunt avait fondée.

Au vu de son apparence, il était dur de croire que Chaïm Nissim avait tiré cinq roquettes contre la centrale nucléaire française de Creys-Malville, alors en construction en 1982, comme il l’a confessé en mai 2003, alors que le délit était prescrit. «Des opérations illégales mais légitimes», écrit Philippe de Rougemont. Bien que l’arsenal ait été obtenu avec l’aide de la bande à Baader, l’attentat était non violent, selon son auteur, car il s’était assuré de ne blesser personne. Intervenant quelques semaines avant le G8 d’Evian, l’aveu avait forcé le Parti écologiste à exiger la démission de son ancien député. «Sa faute, avouée, aurait pu faire du tort au parti, explique son président actuel, Nicolas Walder. Il l’a réintégré en 2006 et est resté très engagé jusqu’au bout. Nous sommes très tristes, mais soulagés qu’il ait pu partir selon sa volonté.»

Né en 1949 à Jérusalem, Chaïm Nissim a émigré durant son enfance avec sa famille à Genève, menant des études scientifiques qui lui font obtenir en 1973 un diplôme d’ingénieur à l’Ecole polytechnique de Lausanne. Durant cette même décennie, après un bref retour en Israël, il est arrêté à plusieurs reprises par la police française lors de manifestations contre le surgénérateur de Creys-Malville, Superphénix, débranché définitivement en 1998.

En 1985, il fait partie des huit premiers Verts élus au Grand Conseil. Il y siège jusqu’en 1989 puis à nouveau de 1993 à 2000. Il fonde en 2003 l’association Noé21 qui, considérant l’industrie nucléaire condamnée, se concentre sur la question climatique, l’abandon des énergies fossiles ou encore la critique de la croissance de l’aéroport de Genève.

Malgré la radicalité de son parcours, ce père de trois filles (dont Sylvia, qui a aussi siégé au parlement), se voulait ouvert. Présentant en 2015 son second livre, il écrivait: «Les gauchistes m’énervent. Et pourtant j’en suis un. Les juifs m’énervent. Et pourtant j’en suis un. Ce qui m’énerve chez les gauchistes, c’est qu’ils ont besoin de haïr l’autre pour exister.» Et d’asséner: «Moi, j’aime bien mes ennemis. Les gens de l’Autre bord. Je n’aime pas les coupures. Les inimitiés.»

(TDG)

Créé: 12.04.2017, 16h15

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